Tarir une vache n’est pas toujours facile!

Une forte production et une excellente persistance sont des caractéristiques recherchées durant la lactation, mais bien des maux de tête peuvent survenir lorsqu’il faut tarir une vache qui donne encore 40 L de lait par jour. Quelles sont les stratégies à adopter pour s’assurer que le tarissement soit sans histoire et jette les bases d’une prochaine lactation prometteuse?

Certains principes généraux sont, bien sûr, toujours de mise. Fournir un environnement propre, sec et confortable est une évidence. Une alimentation appropriée tout au long de la lactation, mais aussi durant les différentes phases du tarissement l’est tout autant. Des pis propres et rasés vont aussi limiter la contamination de la glande mammaire. Et l’observation quotidienne des vaches taries est une excellente habitude.

Selon les données de Lactanet, environ 80 % des vaches produisent plus de 15 L de lait au contrôle laitier dans la semaine précédant le tarissement. Le seuil de 15 L est suggéré dans la plupart des études, car au-delà de ce seuil, les risques de mammite clinique dans la lactation suivante, de perte de lait après le tarissement (vache qui dégoutte) et d’inconfort et de stress de la vache augmentent significativement. Il est donc important de réduire la production de lait au moins une semaine avant le tarissement pour atteindre 15 L ou moins le jour du tarissement. Plusieurs options s’offrent à vous pour y arriver : changer l’animal d’endroit, réduire la fréquence de traite, modifier l’alimentation ou utiliser un bolus acidogène.

Il n’est pas nécessaire d’appliquer toutes les options pour diminuer de manière satisfaisante la production laitière. Par exemple, dans certains troupeaux, un changement alimentaire suffit.

Déménager l’animal dans un nouvel environnement peut créer un certain stress entraînant la réduction de la consommation pour quelques jours et aider à diminuer la production laitière. Pendant longtemps, le tarissement abrupt, soit la cessation complète de la traite qui est soudainement interrompue le jour du tarissement, était recommandé pour toutes les vaches. Cependant, avec l’augmentation de la production laitière des vaches et de nouvelles études, le tarissement graduel est maintenant reconnu comme étant une option intéressante, en particulier pour les vaches fortes productrices. La figure 1 montre deux exemples de tarissement graduel sur 5 ou 7 jours. D’autres options sont également possibles. Ce type de protocole peut permettre de réduire la production de lait d’environ 40 %.

Concernant les modifications alimentaires, il est possible d’utiliser une ration beaucoup moins énergétique, de diminuer les quantités offertes ou de passer à une alimentation très fibreuse essentiellement composée de foin et/ou de paille en cessant tous les suppléments énergétiques et l’ensilage. Ces approches peuvent permettre de diminuer la production laitière d’un autre 30 à 40 %. Il est important de ne pas créer une sensation de faim chez les vaches en processus de tarissement et il est formellement interdit de leur restreindre l’accès à l’eau.

Notez qu’il est possible de programmer des ajustements de la fréquence de traite et de la quantité de moulée offerte au robot dans les troupeaux où la traite est automatisée.

Finalement, un nouvel outil est disponible pour aider au tarissement. Il s’agit de bolus acidogènes modifiant transitoirement à la baisse le pH sanguin de la vache et donnés à la dernière traite ou dans les 12 h précédant le tarissement. Après l’administration de deux bolus, la consommation ainsi que la pression dans le pis baissent pendant 3 jours. La production laitière diminue d’environ 3 kg par jour. Cette diminution est beaucoup moins marquée comparativement aux autres méthodes décrites plus haut. Mais des effets positifs sont notés au début de la lactation suivante, comme un CCS plus faible au premier contrôle, une réduction de l’incidence de mammite clinique et du taux de réforme. Parlez-en avec votre médecin vétérinaire pour savoir si cet outil serait utile dans votre situation.

Maintenant que la production de lait a diminué sous le seuil de 15 L, il est temps de tarir la vache et d’appliquer les traitements au tarissement. Les scellants internes à trayon sont très efficaces pour prévenir les nouvelles infections intramammaires durant le tarissement. Il a été démontré qu’ils réduisent le risque de nouvelles infections de plus de 50 % en moyenne et la prévalence d’infection au vêlage de plus de 30 %. Les scellants sont plus efficaces pour la prévention des infections durant le tarissement que les antibiotiques utilisés durant cette période. Les scellants n’ont aucune activité antibactérienne, alors il est essentiel de les appliquer d’une manière la plus stérile possible. Une fiche explicative est disponible sur le site reseaumammite.org, exposant le protocole recommandé pour l’application au tarissement et le retrait après le vêlage.

Une technique adéquate élimine ou du moins minimise les risques lors de l’application et limite la persistance de résidus de scellants dans les premiers jours après le vêlage.

Les traitements antibiotiques universels (traitement antibiotique de tous les quartiers de toutes les vaches) au tarissement étaient recommandés depuis plus de 50 ans. Cependant, au cours de la dernière décennie, de nombreuses études ont démontré que le traitement sélectif au tarissement est une option sans conséquence négative sur la production laitière ou la santé mammaire dans la lactation suivante si les vaches auxquelles on ne donne pas d’antibiotiques reçoivent un scellant interne. En effet, la santé mammaire des troupeaux s’est nettement améliorée depuis les années 60 où le traitement universel avait été instauré. De nos jours, la majorité des vaches et des quartiers sont sains au moment du tarissement. Il n’est donc pas nécessaire de donner un antibiotique pour guérir une infection chez les vaches saines, puisqu’aucune infection n’est présente. Il est tout de même nécessaire de prévenir les nouvelles infections, mais les scellants devraient être privilégiés, car ils sont plus efficaces que les antibiotiques pour atteindre cet objectif.

De plus, le traitement sélectif au tarissement permet de diminuer l’utilisation des antibiotiques et, par le fait même, de réduire le risque de développement d’antibiorésistance. Le point critique est de bien identifier les vaches ou les quartiers infectés au tarissement et qui ont réellement besoin d’un traitement antibiotique. Plusieurs critères basés sur l’historique de CCS et de mammite clinique ou sur la culture bactériologique peuvent être utilisés pour cette identification. Votre médecin vétérinaire saura vous guider afin de déterminer si votre troupeau est un bon candidat pour mettre en place un traitement sélectif au tarissement et quels critères et protocole sont les mieux adaptés à votre situation et vos objectifs.

En résumé, quelques éléments de base doivent être respectés pour réussir le tarissement d’une vache. Elle doit être maintenue dans un environnement propre, sec et confortable. Son alimentation doit être adaptée aux différents stades de la période de tarissement. Une observation quotidienne des vaches taries est essentielle. Finalement, il est important de viser une production laitière de 15 L ou moins au tarissement afin de diminuer les risques sur la santé mammaire. En suivant ces recommandations, vous mettez toutes les chances de votre côté pour vous assurer une prochaine lactation remplie de promesses!