Tout le monde connait le CCS. Celui-ci est utilisé fréquemment pour évaluer la présence d’inflammation de la glande mammaire d’une vache et ainsi détecter la présence d’une mammite sous-clinique. Il est aussi mesuré à chaque livraison du réservoir de lait, puisque c’est un des critères de qualité du produit livré. Le CCS est utilisé pour déterminer certaines primes ou pénalités selon différents seuils établis par les instances. Le PL (aussi appelé score linéaire) est beaucoup moins connu. Pourtant, il peut être très utile dans certaines situations. Cet article vise à démystifier le PL et à démontrer son utilité pratique dans l’analyse des performances d’un troupeau laitier.
Le pointage linéaire est simplement une transformation mathématique du CCS (transformation logarithmique en base 2). Le tableau 1 montre cette correspondance.
Le PL est utilisé principalement pour deux raisons : effectuer une analyse économique des pertes de production engendrées par la mammite et faciliter l’analyse d’un problème d’augmentation du CCS du réservoir de lait.
L’utilisation du PL a été rapportée pour la première fois au début des années 80 dans des analyses économiques pour déterminer l’impact du CCS, et donc de l’inflammation de la glande mammaire sur la production de lait d’une vache individuelle. Les chercheurs ont déterminé que les pertes économiques, en termes de diminution de production de lait, étaient associées de façon linéaire avec le PL, ce qui facilite les calculs des pertes. Il a dès lors été établi que la diminution de production de lait débutait à partir d’un PL de 3, ce qui correspond à un CCS de 100 000 c/mL. Cette diminution varie selon la parité de la vache : 90 kg pour les primipares et environ le double pour les pluripares. À chaque augmentation d’une unité du PL, on additionne environ 90 kg de perte pour les primipares et 180 kg de perte pour les pluripares. Le tableau 2 présente les pertes annuelles estimées pour les primipares et les pluripares selon leur PL et leur CCS.
Des chiffriers sont également disponibles afin de calculer l’impact économique de la mammite pour un troupeau. Les pertes associées au CCS sont calculées dans ces chiffriers à l’aide des données sur le PL. Le pointage linéaire fait donc partie intégrante des calculs utilisés pour déterminer l’impact global de la mammite sur un troupeau et l’impact sur les vaches individuelles.
La deuxième utilité du PL réside dans le fait que cette transformation mathématique permet de diminuer l’effet des valeurs extrêmes sur la moyenne. Le tableau 3 montre l’exemple d’un troupeau hypothétique de 10 vaches en lactation où 1 seule vache présente un CCS très élevé. Lorsque l’on fait la moyenne des CCS, celle-ci se situe à 685 000 c/mL. Cependant, quand on fait la moyenne des pointages linéaires, celle-ci est de 2,7. Si l’on utilise le tableau 1, un PL de 2,7 correspond à un CCS de seulement 81 000 c/mL, ce qui représente beaucoup plus fidèlement la moyenne des 10 vaches que la moyenne arithmétique de 685 000 c/mL. Cet impact des valeurs extrêmes peut être majeur, en particulier dans les plus petits troupeaux. Dans les troupeaux de plusieurs centaines de vaches, l’impact est beaucoup moins important.
Dans un troupeau laitier, le CCS du réservoir constitue en quelque sorte la moyenne du CCS des vaches individuelles qui a été pondérée par la production de lait de chaque vache. Une vache forte productrice de lait avec un CCS élevé contribuera plus fortement au CCS du réservoir qu’une vache ayant le même CCS, mais avec une production plus faible. Ainsi, lorsque le CCS du réservoir est élevé, cela peut être causé par un faible nombre de vaches fortes contributrices ou un grand nombre de vaches avec un CCS modérément élevé. Dans certaines situations, 1 seule vache peut produire plus de 50 % des CCS du réservoir! Pour savoir rapidement devant quel scénario on se trouve, il suffit de comparer le CCS du réservoir et la moyenne du PL des vaches du troupeau. Si le CCS du réservoir est élevé, mais que la moyenne du PL est basse (<2,5), cela indique qu’un faible nombre de vaches contribuent fortement au CCS élevé du troupeau. Si la moyenne du PL est élevée (≥ 2,5), alors la situation est plus inquiétante, car cela signifie qu’un grand nombre de vaches ont un CCS élevé et contribuent au problème du CCS élevé du réservoir.
Les figures 1 et 2 sont des exemples tirés du logiciel DSA. La courbe verte est le CCS du réservoir, alors que la courbe rouge représente la moyenne du PL des vaches du troupeau. Sur la figure 1, on peut voir que malgré une hausse importante du CCS entre les mois de juin et juillet 2024 (passe de 100 000 c/mL à près de 300 000 c/mL), le PL est demeuré bas (<2,5) durant la même période. Ceci indique que la hausse du CCS est liée à un faible nombre de vaches fortes contributrices. Sur la figure 2, si l’on se concentre sur les mois d’aout et septembre 2024, on voit bien que le CCS augmente (passe de 150 000 c/mL à près de 400 000 c/mL), mais aussi le PL (qui passe de 2,2 à 3,1). Ceci indique un problème plus grave qui implique un plus grand nombre de vaches.
Connaitre cette information est de la plus haute importance, car elle va dicter grandement la suite des démarches pour diminuer le CCS du réservoir.
En effet, si le PL est bas, il suffit d’identifier les vaches fortes contributrices au CCS du réservoir et cibler nos actions sur ces quelques vaches. Par exemple, une culture bactériologique du lait de chacune de ces vaches pourrait être soumise au laboratoire pour déterminer quels agents pathogènes sont impliqués. Selon la nature des agents pathogènes, le médecin vétérinaire pourra vous donner la meilleure recommandation. Cela peut être de proposer un traitement adapté, mais dans certains cas, l’agent pathogène ne peut pas être traité et la réforme ou le tarissement du quartier sera l’option à privilégier. Si la situation est critique et que des amendes ou un arrêt de collecte sont probables, le tarissement anticipé de certaines vaches peut être une solution temporaire. Après ces démarches, le CCS du réservoir va diminuer rapidement.
Cependant, si le PL est élevé, le problème est plus sérieux et touche un grand nombre de vaches. On doit donc identifier la ou les sources du problème, cibler les facteurs de risque concernés et établir un plan d’action à court, moyen et long terme pour diminuer durablement le CCS du réservoir. Retirer seulement quelques vaches fortes contributrices sans s’attaquer aux racines du problème ne contrôlera pas la situation sur le long terme dans ce cas. Votre médecin vétérinaire peut vous guider dans ces démarches parfois longues et complexes, mais beaucoup plus efficaces.