Agir vite en cas d’allergie

Comment reconnaître une réaction allergique et traiter efficacement une vache qui en est atteinte?

Imaginons que vous faites une tournée dans l’étable après que votre médecin vétérinaire ait opéré une vache pour un déplacement de caillette. Vous remarquez que cette vache a des plaques surélevées sur la peau et le mufle enflé. Sa respiration est difficile. Vous vous demandez ce qui se passe. Votre vache en convalescence fait probablement une réaction allergique à un produit utilisé lors de la chirurgie.

Lorsqu’un animal est exposé à un antigène (microbe ou allergène), une réponse physiologique normale face à un potentiel agresseur s’active. Cette réaction du système immunitaire, quand elle demeure bien dosée, est bénéfique et dans la plupart des cas contribue au maintien de la santé générale. Par contre, la réponse peut être exagérée et devenir incontrôlable. Dans ce cas, on parle d’hypersensibilité, communément appelée allergie. Quand la réaction allergique est cliniquement sévère, elle se nomme aussi « anaphylaxie ». Il s’agit d’une hypersensibilité immédiate. Elle se déclenche en quelques secondes ou minutes. Dans sa forme extrême, elle peut mener au choc anaphylactique et à la mort. Les réactions les plus inquiétantes sont celles qui touchent le système respiratoire avec apparition de détresse respiratoire.

Une réaction en chaîne

Dans les réactions d’hypersensibilité immédiate, les allergènes se lient avec des anticorps spécifiques (IgE) circulant ou liés à une cellule immunitaire (mastocyte). Ces anticorps sont le résultat d’une exposition antérieure au même allergène, par exemple une molécule médicamenteuse. Cette liaison allergène-anticorps déclenche une série d’événements entrainant le relâchement de médiateurs chimiques qui eux-mêmes ont des effets sur plusieurs tissus et organes. Il y aura contraction des muscles lisses (présents dans les voies respiratoires, les vaisseaux sanguins et plusieurs autres tissus et organes) et augmentation de la perméabilité capillaire (les petits vaisseaux sanguins sont plus perméables et de l’œdème s’accumule dans certains tissus cibles). Ces agents médiateurs ont des effets localement, à l’endroit de l’exposition à l’allergène ou peuvent être transportés par le sang pour produire leurs effets dans d’autres tissus du corps.

Trouver le responsable

Chez les animaux de la ferme, les réactions sévères ont souvent lieu après l’administration d’un médicament ou d’un vaccin. L’urticaire révélée par l’apparition transitoire de zones d’enflures (papules) cutanées est la manifestation la plus fréquente.

Il arrive que la réaction allergique soit le résultat de l’inhalation ou l’ingestion d’une plante. C’est le cas pour l’angio-oedème de la vulve (vulve très enflée), qui survient dans certains cas de diarrhée ou d’ingestion de mycotoxines ou plantes allergènes présentes dans l’alimentation. Malheureusement, l’agent ou l’aliment en cause demeure souvent un mystère. Dans les cas d’angio-oedème, l’enflure se trouve dans le tissu sous-cutané. De même, il arrive fréquemment que la première exposition à l’allergène ne soit pas recensée dans l’historique de l’animal.

Une réaction allergique peut survenir lors d’une deuxième transfusion sanguine d’un même donneur. Toutefois, ce genre de réaction est en pratique très rare, puisque le choix de donneurs est grand dans un troupeau de bovins. C’est donc facile de choisir des donneurs différents chaque fois.

L’urticaire peut aussi être le résultat de piqûres d’insectes ou d’arthropodes, comme les tiques ou les mites de paille. La migration de certaines larves parasitaires (Hypoderma) est aussi connue comme une cause de réaction allergique chez les bovins. Les contacts directs avec des substances allergènes, tels que certains désinfectants, peuvent aussi être mis en cause (dermatite de contact).

Certaines lignées de vaches (surtout les jerseys et les channel island cattles) ont même été identifiées comme étant allergiques aux protéines du lait, principalement à la rétention du lait au tarissement. Le même phénomène peut être observé dans des expositions agricoles, quand le pis est volontairement gardé chargé pour se préparer au jugement.

Des cas ont aussi été rapportés avec l’ingestion de certaines protéines au pâturage ou dans les parcs d’engraissement.

Reconnaître l’allergie

Lorsque la réaction allergique survient après une injection de médicament ou d’un vaccin (surtout les bactérines, comme certains vaccins contre les mammites) ou au contact d’une substance, certains signes cutanés peuvent apparaitre de façon transitoire. Les papules sont une surélévation soudaine de la peau de taille variant de 1 à 10 cm. Ce sont des lésions d’œdème cutané dans lesquelles une dépression peut être observée après une pression de la zone avec un doigt (signe de Godet). Ces papules, qui sont visibles durant un à trois jours, se retrouvent habituellement sur le cou, la face, le thorax et dans la région périnéale (vulve et anus). L’animal affecté peut aussi avoir des démangeaisons (prurit).

Pour l’éleveur ou le médecin vétérinaire, il est facile de reconnaître la réaction allergique, mais identifier la cause précise (l’antigène) demeure un défi. Des tests cutanés semblables à ceux offerts aux humains sont disponibles, mais rarement faits en pratique.

Lorsque l’animal évolue vers un état d’anaphylaxie, des signes systémiques s’ajoutent. L’œdème est souvent plus important à la face et la vulve. Il présente fréquemment des signes respiratoires soudains comme la difficulté à respirer (dyspnée), de l’emphysème, et des crépitements sont audibles à l’auscultation des poumons. L’animal devient plus inquiet et évolue vers la détresse respiratoire. Des tremblements musculaires combinés à la réaction systémique entraînent un état d’hyperthermie (jusqu’à 40,5 °C). Les autres signes d’anaphylaxie sont le ballonnement, l’hypersalivation et les larmoiements, la diarrhée et l’augmentation de la fréquence des mictions d’urine.

Traiter rapidement et efficacement

Le traitement réussi d’une réaction allergique repose sur la rapidité d’action et le choix des molécules. Les médicaments comme l’épinéphrine (adrénaline) sont efficaces grâce à leurs effets sur les vaisseaux sanguins et les tissus respiratoires. Ils augmentent la contraction des vaisseaux sanguins et maintiennent la pression artérielle tout en préservant la perméabilité de ces derniers. Les injections d’épinéphrine peuvent être répétées après une quinzaine de minutes selon les recommandations d’un médecin vétérinaire. Certains médicaments ont plus d’effets sur les bronches, provoquant leur dilatation (broncho-dilatateurs), et stimulent le cœur. Chez les bovins, les antihistaminiques apportent beaucoup moins de résultats que chez les humains allergiques, parce que l’histamine n’est pas toujours impliquée dans la cascade allergique. Les médicaments de la famille de la cortisone, comme la dexamethasone, ont plus d’effets bénéfiques de même que les anti-inflammatoires non stéroïdiens qui inhibent la synthèse des prostaglandines et réduisent donc l’inflammation.

Le décès de l’animal est le résultat d’un manque d’oxygène suite à des difficultés respiratoires et vasculaires. Un hoquet peut même être observé au début de la réaction anaphylactique chez la vache. L’anaphylaxie survient très rapidement après l’exposition à l’allergène : souvent en quelques minutes. Sans intervention, la réaction allergique menant à l’anaphylaxie peut entraîner des signes graves, notamment le collapse, le pédalage, des signes oculaires, comme le nystagmus (mouvements rapides et anormaux des yeux), le bleuissement des muqueuses, la toux et l’expulsion d’un liquide crémeux et mousseux par les narines. La mort peut survenir en moins de dix minutes sans traitement.

Si la réaction est maîtrisée avec succès, l’animal retourne à son état normal en moins de deux heures, mais avec de la fatigue et un peu d’abattement.

Dans le cas d’une vache venant d’être opérée, comme énoncé en début de texte, l’allergie à la pénicilline injectée pendant la chirurgie est la cause la plus probable. L’injection d’épinéphrine permettrait d’arrêter la réaction allergique. Tout traitement futur avec des antibiotiques de la famille des béta-lactames seraient donc à proscrire à l’avenir.

Pour réviser le protocole d’actions à suivre lors d’une réaction allergique, discutez avec votre médecin vétérinaire et soyez prêt à réagir en cas de besoin.