Qui est MADO? (la suite)

MADO est l’acronyme pour désigner une maladie à déclaration obligatoire. Les propriétaires d’animaux, les médecins vétérinaires et les laboratoires de diagnostic doivent immédiatement signaler la présence d’un animal qui est atteint ou qui est soupçonné d’être atteint de l’une de ces maladies à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Un article publié dans le numéro d’avril 2024 de la présente revue présentait les principales MADO, comme la fièvre aphteuse, la fièvre catarrhale du mouton, la fièvre de la vallée du Rift, la peste des petits ruminants et la stomatite vésiculeuse. Voici d’autres MADO qui peuvent affecter les ruminants et que toute personne œuvrant dans les filières bovines devrait connaître pour être en mesure de les identifier.

Brucellose

La brucellose, causée par la bactérie Brucella, est une maladie chronique et contagieuse du système reproducteur qui touche plusieurs espèces de mammifères incluant les bovins, les porcs, les chevaux, les moutons et les chèvres. Il s’agit d’une zoonose, c’est-à-dire qu’elle peut être transmise d’un animal aux humains. Bien que la bactérie puisse se retrouver dans les bisons sauvages, les caribous et les rennes dans certaines régions canadiennes, le Canada est considéré comme exempt de brucellose bovine. Un programme d’éradication efficace a permis d’atteindre cet objectif.

Après l’infection par contact avec des liquides corporels, la bactérie se propage dans le sang. Elle entraîne des avortements, des nouveau-nés faibles et de l’infertilité. Les animaux demeurent porteurs à vie en excrétant de façon épisodique surtout dans les liquides génitaux et le lait. Les mâles souffrent parfois d’infections aux articulations.

Le traitement disponible est réservé aux humains. Des vaccins existent, mais ne sont pas autorisés au Canada.

Fièvre charbonneuse ou anthrax

La fièvre charbonneuse (anthrax) est causée par une bactérie qui fait des spores dans l’environnement (Bacillus anthracis). Elle peut être dévastatrice mondialement chez les bovins, les petits ruminants, les chevaux et les bisons. Le Canada déclare des cas sporadiquement. Les humains sont également vulnérables : portez attention aux manipulations et déplacements des carcasses et animaux touchés.

Une forme cutanée caractérisée par de petites papules indolores, mais souvent prurigineuses et ulcératives formant des escarres noires typiques peut en résulter. Des atteintes respiratoires foudroyantes et des problèmes gastro-intestinaux peuvent s’ensuivre avec septicémie et risque de mort. Chez les animaux de rente, la fièvre charbonneuse cause des morts subites, souvent quelques heures après la perte d’appétit et la baisse de production laitière. Ceux qui survivent à la maladie aigüe sont fréquemment en détresse respiratoire, perdent l’appétit et développent une enflure sous la mâchoire et à l’abdomen. Après leur mort, les animaux perdent du sang de leurs orifices (rectum, narines, bouche, vulve, etc.) et leur carcasse gonfle rapidement, sans rigidité cadavérique ni coagulation. Les animaux sensibles s’infectent de la même façon que l’humain, en inhalant des spores ou par contact de la bactérie avec des lésions cutanées et aux muqueuses. L’ingestion de spores au pâturage, sur le sol ou dans des aliments contaminés, est le mode d’infection le plus courant. Si on suspecte cette maladie, il faut éviter de faire une nécropsie sur place, au risque de contaminer davantage l’environnement et de répandre des spores. Les examens doivent être faits d’une façon particulière au laboratoire.

La fièvre charbonneuse peut se traiter avec des antibiotiques pour briser le cycle de transmission. Un vaccin est homologué au Canada et représente la meilleure protection contre la maladie. Les éleveurs peuvent aussi éviter de donner du foin coupé près du sol ou des aliments qui ont été en contact avec le sol, nettoyer et désinfecter le matériel et les chaussures souillés de terre. Les carcasses affectées devraient être éliminées en suivant un protocole prescrit afin d’éviter la contamination des nappes phréatiques et du sol environnant. Cette information se trouve sur le site de l’ACIA. L’équarrissage est contre-indiqué pour les cas de fièvre charbonneuse.

Il ne faut pas confondre la fièvre charbonneuse avec le charbon symptomatique qui est causé par une bactérie de la famille des clostridies. Le charbon occasionne typiquement une forte fièvre accompagnée d’enflures chaudes et douloureuses avec présence de gaz, causant des crépitements. Les zones affectées deviennent ensuite froides et insensibles. Un vaccin est recommandé pour le bétail. L’homme n’est pas affecté par le charbon.

Pseudorage ou maladie d’Aujeszky

La pseudorage (maladie d’Aujeszky) est une maladie virale de type herpès causant une atteinte respiratoire et neurologique chez les porcs, hautement fatale pour les porcelets allaités. Des cas sporadiques de la maladie ont été identifiés entre autres chez des bovins, des moutons, des chèvres et des animaux de compagnie. Les signes cliniques d’allures neurologiques sont presque toujours fatals chez les autres espèces atteintes et ressemblent à ceux de la rage avec démangeaisons intenses menant à de l’automutilation. Il n’y a heureusement aucun risque pour les humains. Fait intéressant, la pseudorage a été signalée dans la plupart des pays sauf le Canada, le Groenland, l’Australie et certains pays africains.

Rage

La rage est une maladie virale incurable hautement fatale affectant le système nerveux des mammifères, incluant les humains. La mort survient rapidement après le début des signes neurologiques. Annuellement, la rage canine tue 59 000 personnes à l’échelle mondiale. Au Canada, les principaux vecteurs sont les chauves-souris, les moufettes, les ratons laveurs et les renards.

La maladie se manifeste sous deux formes : la rage muette (paralytique) et la rage furieuse. Les animaux atteints de la forme muette démontrent des signes de dépression et cherchent à se cacher dans des endroits isolés. Les animaux sauvages peuvent cesser de craindre les humains et s’approcher de nos milieux de vie. Les animaux nocturnes peuvent se mettre à sortir le jour. Certains sont atteints de paralysie, surtout aux pattes arrière ou à la tête et au cou, changeant leurs expressions faciales et les faisant baver. La rage furieuse est plus connue et rend les animaux atteints très agressifs et agités, présentant en alternance des périodes de dépression et de léthargie. Ils peuvent s’attaquer à des objets ou d’autres animaux et même mâchouiller ou mordre leurs propres membres.

Le virus de la rage se transmet par la salive, surtout lors de morsure ou au contact de la salive infectée avec une plaie/égratignure ou une muqueuse (yeux, nez, bouche). Le virus se propage ensuite par les nerfs vers le cerveau pour s’y multiplier et se propager aux glandes salivaires. L’incubation dure souvent moins de 20 jours. Les animaux de bétail atteints démontrent souvent de l’hypersalivation, des vocalisations excessives (beuglements causés par des spasmes aux cordes vocales), une démarche anormale et une faiblesse des membres postérieurs (boiterie). Malheureusement, il est impossible de mettre en évidence le virus chez un animal (ou un humain) vivant, puisqu’il faut un examen de zones précises dans le cerveau après le décès. Il n’existe aucun traitement pour cette terrible maladie après le début des signes cliniques. La vaccination des animaux est la meilleure approche pour limiter ses dégâts et pour réduire les risques d’exposition aux humains.

Depuis le 1er juillet 2022, en Ontario, tout propriétaire de chevaux, de bovins ou d’ovins est tenu de faire immuniser ses animaux contre la rage s’ils entrent en contact avec d’autres personnes que celles qui en sont habituellement responsables, comme lors d’une foire. Les vaccins homologués pour le bétail au Canada offrent une protection qui dure un an. Les humains qui auraient eu des contacts risqués avec des animaux potentiellement infectés peuvent recevoir un traitement de prophylaxie immédiatement après l’exposition. Il est recommandé de laver immédiatement toute blessure ou partie de peau ayant été exposée au virus avec de l’eau et du savon et d’enlever tout vêtement contaminé, puis de consulter un médecin. Les personnes travaillant dans un domaine où les risques d’exposition à la rage sont élevés devraient se faire vacciner. Dans les statistiques canadiennes, chez une chèvre, un lama et deux bovins (au Manitoba en 2021) et chez deux chevaux (en Saskatchewan en 2022) on a diagnostiqué la rage. Il faut donc rester vigilant pour tout changement de comportement des animaux de la ferme.

Encéphalopathie spongiforme bovine

L’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) est une atteinte neurologique causée par un prion, souvent nommée « maladie de la vache folle ». La maladie est associée à celle de Creutzfeldt-Jakob chez l’humain. L’ESB est une maladie à déclaration obligatoire au Canada depuis 1990. En 1993, l’ESB a été découverte chez une vache de boucherie qui avait été importée du Royaume-Uni en 1987. Le premier cas d’ESB classique d’origine canadienne a été découvert en 2003 et le dernier a été signalé en 2015. La faible présence de la maladie a permis au Canada d’obtenir le statut de risque négligeable face à l’ESB auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) en 2021, ce qui lui assure des échanges commerciaux de produits bovins de grande valeur financière avec de nombreux pays acheteurs. Pour prévenir l’apparition de nouvelles infections, le programme de contrôle de l’ESB du Canada prévoit de nombreuses mesures préventives : l’exclusion des protéines animales de mammifères de l’alimentation des ruminants ainsi que des matières à risque spécifiées (MRS), comme le système nerveux et les yeux, de la production d’engrais et d’aliments pour consommation animale et humaine.

Influenza aviaire hautement pathogène

L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) est causée par un virus de la famille de la grippe. Cette maladie sous haute surveillance fera l’objet d’un article prochainement.

Comment empêcher l’introduction d’une MADO?

Les producteurs et les intervenants agricoles peuvent faire la différence pour empêcher l’introduction d’une MADO au Canada ainsi que sa propagation sur le territoire.

À l’échelle nationale, des mesures de contrôle sont utilisées pour réduire les risques d’introduction de MADO au Canada. Les voyageurs sont questionnés sur leur provenance à l’arrivée au pays. Si le pays d’origine ou de vacances fait partie de la liste des pays touchés par des MADO, des recommandations sont transmises par les douaniers. Dans un souci d’épidémiosurveillance, il est important de déclarer si une exploitation agricole sera visitée au retour du voyage.

La mise en place d’un plan de biosécurité rigoureux et appliqué est une bonne barrière à l’échelle de la ferme. Les nouveaux animaux devraient être isolés avant leur entrée dans l’exploitation (quarantaine). Les vêtements et souliers devraient être nettoyés ou changés au retour d’une visite de ferme, d’exposition agricole ou d’un encan d’animaux. Tout soupçon de maladies devrait être déclaré à un médecin vétérinaire, lequel pourra établir un diagnostic précis.