Parlons hygiène, parlons santé des veaux

Contrairement à une croyance populaire, la présence d’agents pathogènes dans l’environnement des veaux ne leur permet pas de développer une bonne immunité. Mieux vaut miser sur un milieu de vie propre et sec pour favoriser leur santé.

Parler d’hygiène est souvent source de malaise autant pour celui qui aborde ce sujet délicat que pour la personne concernée qui se sent jugée. Pourtant, le mot « hygiène » est dérivé du nom « Hygie » qui était la déesse de la santé et de la propreté. L’étymologie vient du grec hugienós, signifiant « qui contribue à la santé ». Parler d’hygiène, c’est parler de santé, il n’y a donc pas de gêne à y avoir!

Un milieu de vie santé

Dès que le veau se pointe le bout du museau, déjà il faut penser santé. Pourquoi? Comme on le sait, le veau naissant dépend entièrement du colostrum pour se protéger. Avant sa première buvée, les agents pathogènes du milieu ont le champ libre, c’est une course à savoir qui va coloniser en premier le système digestif du veau. Notre responsabilité, c’est d’offrir au veau un endroit de naissance propre et sec. Comment peut-on juger si le milieu est adéquat? Si vous pouvez vous mettre à genou ou encore mieux vous allonger sans vous salir, vous êtes sur la bonne voie. La contamination du milieu peut être évaluée en prenant des échantillons de litière de l’enclos de vêlage. Pour vérifier l’efficacité des protocoles de lavage utilisés pour le logement, il faut écouvillonner les surfaces (sol, murs) une fois nettoyées. Un résultat rapide à la ferme est possible en utilisant le luminomètre.

Le luminomètre, c’est quoi exactement?

C’est un appareil portatif qui a d’abord été utilisé par la NASA pour déceler la présence de vie extra-terrestre dans l’univers et par les biologistes pour découvrir s’il y a des organismes vivants dans les fonds marins. Au début des années 1990, les industries alimentaires se sont intéressées au luminomètre et ont commencé à l’utiliser pour vérifier la propreté des surfaces de travail. Par la suite, les milieux hospitaliers ont adopté l’appareil pour valider leurs protocoles de désinfection. Depuis quelques années, les médecins vétérinaires des industries de la volaille et du porc utilisent le luminomètre pour évaluer la propreté des milieux agricoles et tout récemment, les praticiens bovins l’ont ajouté à leur coffre d’outils.

Le luminomètre nécessite des écouvillons spécifiquement conçus pour son fonctionnement. À l’intérieur de l’écouvillon se trouvent un réactif lysant, un enzyme appelé luciférase et une molécule, la luciférine. En frottant l’écouvillon sur une surface, on recueille de la matière organique dans laquelle il peut y avoir des bactéries et des virus. Le réactif lysant dans l’écouvillon brise cette matière afin de libérer l’énergie présente dans les cellules vivantes. La luciférase utilise ensuite cette énergie pour oxyder la luciférine. Cette réaction d’oxydation produit de la lumière. Pour mesurer l’intensité de la lumière, l’écouvillon est introduit dans le luminomètre. En 15 secondes, un résultat est indiqué en RLU (relative light unit). Plus le chiffre est élevé, plus il y a présence de matière organique et plus la surface est jugée contaminée.

À part l’environnement, on peut tester quoi? 

Tout le matériel utilisé pour l’alimentation peut être une source de contamination pour l’animal. Si le lavage notamment des chaudières, biberons et tétines est sous-optimal, un résidu graisseux se dépose sur les surfaces. Dans le jargon scientifique, on l’appelle le biofilm. C’est un amas de bactéries collées à la paroi entouré d’une capsule protectrice difficilement délogeable. Un bon protocole de lavage peut régler la situation.

Les étapes sont simples :

  1. Rincer à l’eau tiède pour enlever les résidus de lait.
  2. Laver à l’eau chaude et brosser les surfaces avec un savon dégraisseur alcalin (ex. : Biosolve).
  3. Rincer pour enlever le savon.
  4. Pulvériser un désinfectant sur toutes les surfaces.
  5. Laisser sécher le matériel à l’envers sur un support. Avant d’utiliser à nouveau le matériel, il faut s’assurer de bien le rincer pour enlever le désinfectant et ainsi éviter que l’animal ingère le produit chimique.

Même si tout a l’air propre, il est important de vérifier si les protocoles sont efficaces, car le biofilm n’est pas toujours visible à l’œil nu. On peut échantillonner directement la surface interne du contenant à vérifier ou rincer l’intérieur avec de l’eau stérile, récupérer ce liquide et l’analyser. Les échantillons peuvent être envoyés au laboratoire pour réaliser un comptage bactérien ou analysés directement à la ferme avec le luminomètre.

Quand faire l’évaluation des protocoles de lavage?

Quand tout va bien, l’évaluation peut être effectuée de façon saisonnière. Toutefois, si les produits utilisés changent ou que de nouvelles personnes sont attitrées au lavage du matériel ou du logement, il faut vérifier que les protocoles sont efficaces. Si les veaux sont malades, l’évaluation des protocoles de lavage doit faire partie de l’investigation vétérinaire. Un boom de vêlage est prévu? Validez les protocoles pour bien vous préparer et prévenir les problèmes de santé.

Brisons le mythe

En tant que médecin vétérinaire, aborder le sujet de l’hygiène provoque souvent une certaine réticence et même de la résistance. Le mythe principalement évoqué par les gens du milieu est que les veaux doivent évoluer dans un environnement contaminé pour développer une bonne immunité. Au contraire! Cette pression d’infection supplémentaire est néfaste pour le veau. Il est vrai que son système immunitaire sera sollicité. Cependant, toute l’énergie déployée pour contrer les microbes de son milieu ne sera plus disponible pour ses besoins de base et sa croissance. Servir le lait dans des contenants sales contribue à contaminer le microbiote intestinal avec de mauvaises bactéries. Il en résulte des problèmes digestifs, de la diarrhée et un inconfort chez le veau.

« Mon horaire est déjà chargé, je manque de temps »

Voilà un commentaire qui revient souvent concernant les protocoles de lavage. Il est bon de prendre du recul et de se poser la question : cette tâche doit-elle absolument être faite par moi? Probablement pas. Il suffit de trouver la bonne personne : un employé de ferme, un parent, bref, quelqu’un de disponible et consciencieux qui a à cœur de bien effectuer le travail.

Votre responsabilité est d’ expliquer les protocoles, d’assurer un suivi et de confirmer auprès du vétérinaire l’efficacité de ceux mis en place. Pour rendre la tâche plus agréable et maximiser les résultats, il faut être bien installé. De l’eau froide et chaude, un évier, des brosses, des produits nettoyants efficaces et un support ou une étagère pour sécher le matériel. Et le tour est joué!