Quelle est la proportion d’hypocalcémie subclinique dans les troupeaux au Québec?

Aux États-Unis et en Allemagne, la prévalence de l’hypocalcémie subclinique a été estimée à un taux de 25 à 50 % par troupeau, mais qu’en est-il au Québec? Connaissons-nous les facteurs de risque et les mesures nécessaires pour prévenir cette maladie?

L’hypocalcémie subclinique est définie comme une situation où le calcium sérique d’une vache est inférieur aux valeurs normales définies, mais sans qu’elle présente de signes cliniques. C’est la mesure du calcium au 4e jour suivant le vêlage qui est utile pour évaluer la présence de ce problème dans un troupeau. En effet, il est maintenant connu que les vaches de 2e lactation et plus qui présentent des valeurs de calcium inférieures à la normale au 4e jour après le vêlage peuvent développer des maladies (métrite, déplacement de caillette) ou obtenir des performances inférieures (en reproduction ou en production laitière). On comprend donc que l’hypocalcémie subclinique peut avoir un effet négatif important sur le plan économique et sur le troupeau. Alors, si vous voulez situer le taux d’hypocalcémie subclinique de votre troupeau par rapport à la moyenne acceptable, il faut d’abord connaître la proportion d’hypocalcémie subclinique des autres troupeaux.

La prévalence au Québec

Entre octobre 2023 et juillet 2025, une étude a été réalisée dans 20 fermes clientes de la clinique ambulatoire bovine de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal pour estimer la proportion d’hypocalcémie subclinique dans le troupeau. Le calcium sérique a été mesuré chez 20 vaches de 2e lactation et plus par troupeau. Le prélèvement était fait 4 jours après le vêlage (le vêlage = le jour 0). Les troupeaux de l’étude étaient en stabulation libre ou entravée, comprenant au moins 50 vaches en lactation.

Les résultats montrent que les fermes affichaient en moyenne 35 % d’hypocalcémie subclinique – « en moyenne » représentant de 30 % à 40 %.

Un autre moyen de savoir si un troupeau présente trop d’hypocalcémie est de regarder les quartiles. Les quartiles divisent les résultats de l’étude en 4 groupes allant de ceux comprenant les proportions les plus faibles en hypocalcémie subclinique (les « meilleurs » troupeaux) à ceux présentant les proportions les plus élevées (les troupeaux « problématiques »). Les quartiles permettent de mieux situer l’hypocalcémie subclinique d’un troupeau par rapport aux autres troupeaux. Voici les quartiles en détail :

  • 1er quartile : moins de 19 % d’hypocalcémie subclinique (correspond à 25 % des troupeaux de l’étude, c’est-à-dire ceux ayant la plus faible proportion d’hypocalcémie subclinique)
  • 2e quartile : moins de 35 % (la médiane, c’est-à-dire la moitié des troupeaux)
  • 3e quartile moins de 41 % (les trois quarts des troupeaux)

L’hypocalcémie subclinique est donc présente dans les troupeaux du Québec, en proportion assez similaire aux études faites dans d’autres pays. Connaître la prévalence de cette maladie métabolique pourrait révéler un problème sous-estimé. En étudiant le problème, les performances et la santé pourraient s’améliorer.

Les mesures de prévention

Les mesures à prendre pour prévenir l’hypocalcémie subclinique sont malheureusement encore exploratoires. Actuellement, les causes exactes d’une hypocalcémie persistante ou retardée ne sont pas tout à fait claires. Parmi les facteurs possibles : diminution de la consommation de la ration, inflammation importante (maladies autres affectant le troupeau, p. ex. mammites), problème avec l’homéostasie calcique (dérèglement du calcium) ou combinaison de ces facteurs, ce qui n’est pas simple à détecter et analyser.

L’option à privilégier présentement est de donner un bolus de calcium après vêlage pour les 2es lactations et plus. En attendant de nouvelles informations sur les mesures préventives à adopter, retenons qu’il n’est pas utile de donner des bolus de calcium au vêlage des vaches primipares. Aussi, administrer du calcium intraveineux à toutes les vaches en prévention de l’hypocalcémie subclinique n’est pas recommandé.

Vous pouvez maintenant comparer la proportion d’hypocalcémie subclinique de votre troupeau aux troupeaux participants de cette étude. Si la proportion dans votre troupeau est trop élevée, des améliorations sont possibles pour limiter les problèmes de santé en début de lactation. N’hésitez pas à consulter votre vétérinaire pour en discuter.

Ce projet réalisé à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal a permis d’obtenir une proportion de référence pour l’hypocalcémie subclinique dans les troupeaux participants. Cette étude pourrait servir de référence pour une étude à plus grande échelle, avec plus de troupeaux et en suivant les vaches au cours de leur lactation. Continuer à suivre les vaches permettrait de mesurer plus précisément les impacts de cette maladie, de mieux comprendre les facteurs de risque et les mesures de prévention adéquates pour limiter l’hypocalcémie subclinique.

Cet article fait suite à celui publié en juillet/aout 2025 sur les impacts et moyens de détection de l’hypocalcémie subclinique.