Le marché des veaux continue d’offrir des opportunités

La hausse de la demande pour les veaux croisés boucherie et l’optimisation des pratiques d’élevage continuent d’offrir des occasions concrètes pour améliorer la rentabilité des troupeaux laitiers.

Plusieurs stratégies sont actuellement évaluées et mises en place par les producteurs afin de répondre à la demande croissante de protéine laitière. Cependant, ce n’est pas la seule force du marché qui les a récemment incités à ajuster leurs pratiques à la ferme. Depuis quelques années déjà, nombreux sont les producteurs laitiers ayant misé davantage sur la production de veaux laitiers croisés boucherie, profitant d’un prix qui continue d’augmenter et qui a maintenant dépassé 20 $ la livre.

Cette hausse de la valeur des veaux reflète la demande accrue des parcs d’engraissement nord-américains, laquelle devrait se maintenir pour au moins quelques années à cause des facteurs suivants : une demande élevée pour la viande, un nombre historiquement bas de bovins de boucherie et des exportations de bovins provenant du Mexique vers les États-Unis temporairement interrompues en raison de l’épidémie du ver à vis.

Les producteurs ont su profiter des conditions de marché de la viande pour augmenter leur revenu provenant des ventes d’animaux. En 2024, ces revenus représentaient 9 % des revenus totaux des entreprises laitières. Et on est en droit de penser que la moyenne se situera au-dessus de 10 % pour 2025 et 2026. Mais la valeur croissante du veau a aussi eu une répercussion dans le coût d’élevage. Selon l’analyse réalisée à partir des données d’Agritel-ViaPole, le coût moyen d’élevage a dépassé les 6 000 $ par taure produite en 2024, ce qui représente une augmentation de près de 45 % par rapport à 2021 (voir la figure 1).

 

 

Les estimations des coûts d’élevage provenant de la base de données d’Agritel-ViaPole incluent la valeur du veau et toutes autres dépenses (variables et fixes) encourues depuis la naissance jusqu’à la préparation au vêlage (environ 1 mois avant le vêlage). Bien que presque toutes ces dépenses aient augmenté depuis 2021, les augmentations les plus importantes ont été observées dans la valeur du veau (en hausse de 400 %, et en moyenne 850 $ par veau en 2024). L’alimentation, surtout composée de fourrages, a aussi grandement contribué à cette augmentation. Le coût de production moyen de l’ensilage d’herbe passant de 260 $/tonne en 2021 à 350 $ en 2025. Il s’agit d’une augmentation d’environ 34 % par rapport à 2021.

Face à cette réalité, entre la vente d’un veau croisé boucherie à plus de 1 500 $ ou l’investissement de plus de 4 000 $ sur deux ans pour élever une taure supplémentaire, le choix a été clair. La plupart des producteurs ont accru l’utilisation de la semence de taureaux de boucherie et réduit l’usage de semence de races laitières pour leurs vaches. Les effets ont été concrets sur le cheptel de génisses laitières en Amérique du Nord. Au Québec, le nombre de génisses laitières par rapport aux vaches a diminué de près de 20 % depuis 2010, selon la base de données de Lactanet. Comme illustré à la figure 2, alors qu’en 2010 environ 85 génisses étaient élevées pour soutenir un troupeau de 100 vaches (toutes races confondues), moins de 70 génisses étaient élevées en 2024.

En général, cette réduction du nombre de génisses relatif au nombre de vaches représente un gain d’efficacité pour le secteur laitier. Toutefois, pour certains troupeaux, elle peut devenir une contrainte pour assurer le remplacement nécessaire, à moins de mettre en place des mesures complémentaires. Dans cette optique, voici quelques secteurs clés où les producteurs devront affiner leurs pratiques de gestion afin de profiter pleinement des revenus supplémentaires liés à la vente de veaux, tout en assurant la production d’un nombre suffisant de génisses de qualité pour répondre aux besoins de leur entreprise laitière.

  • Favoriser la longévité des vaches. Bien que garder des vaches adultes à tout prix n’est pas la stratégie gagnante, conserver des vaches productives et en bonne santé plus longtemps réduira le besoin de remplacement. Évaluer les raisons de réforme du troupeau et les possibilités d’améliorer le confort et la santé des vaches.
  • Évaluer les besoins de remplacement et adapter la stratégie de reproduction dans le but de combler les besoins de sujets de remplacement, de réaliser des progrès génétique et d’optimiser la vente de veaux croisés boucherie.
  • Réduire les pertes de veaux. En tenant compte des taux de mortalité périnatale (0 à 24 h de vie) et présevrage (24 h à 2 mois de vie) moyens, il serait possible de produire de 5 à 10 % plus de veaux destinés à la vente, pourvu que les ressources et les protocoles appropriés pour la gestion du vêlage, du nouveau-né et des premières semaines de vie soient mis en place.
  • Élever moins, mais mieux. Améliorer la régie d’élevage afin de réduire les coûts tout en assurant des sujets de remplacement sains et bien développés. Avec des inventaires plus serrés, on ne peut pas se permettre de perdre des génisses en cours de route. Également, compte tenu du coût important d’élevage, on ne peut pas se permettre de produire des taures qui n’auront pas le potentiel de générer un rendement adéquat pour l’entreprise. Une sélection judicieuse des femelles à conserver, tant après les premiers mois de vie qu’après les premiers mois de lactation, constitue une stratégie essentielle à considérer.
  • Améliorer l’efficacité reproductive du troupeau. Cela contribuera à réduire les réformes involontaires, à abaisser l’âge au premier vêlage et à augmenter le nombre de porteuses destinées à la production de veaux croisés.
  • Miser sur la période de transition. Le confort et une nutrition adéquate durant cette période ne sont pas seulement essentiels pour assurer de bonnes performances laitières et reproductives chez les vaches, mais aussi pour favoriser la survie et la santé des veaux.
  • Explorer des approches collaboratives. Selon les ressources disponibles et les conditions sanitaires du troupeau, élever des génisses d’autres troupeaux, faire élever ses génisses à forfait ou acheter des taures de haute qualité pourrait constituer des stratégies rentables.

Lactanet offre différents outils et des ressources pour aider les producteurs et leurs intervenants à prendre des décisions et poser des actions pertinentes dans les divers secteurs de gestion. N’hésitez pas à les utiliser.