Fierté et implication : le parcours d’Hélène Champagne

Hélène Champagne cumule près de 40 ans d’implication dans le milieu agricole. Elle fait le bilan des moments forts de cette longue carrière.

Hélène Champagne n’avait pas prévu devenir productrice de lait et encore moins s’impliquer autant dans le milieu agricole. « J’ai grandi en pleine ville, à Trois-Rivières, raconte-t-elle. Mais j’ai toujours été attirée par la vie à la ferme. » C’est une visite chez sa sœur qui a influencé son parcours. « Elle habitait en face de la ferme de Guy, qui allait devenir mon mari. C’est là qu’on s’est rencontrés, il était venu aider mon beau-frère à construire un garage. »

En 1987, ils ont repris l’entreprise laitière située à Saint-Maurice, en Mauricie, et l’ont renommée Ferme Guychamps et Fils inc. Le couple a quatre enfants. L’un d’eux, Dominic, travaille à temps plein à la ferme depuis 2012, et est devenu copropriétaire en 2021. « On a aussi 8 petits-enfants, dit-elle avec fierté, Frédéric qui a 14 ans vient donner un coup de main pour la traite. »

« J’ai commencé à m’impliquer dans les comités d’école dès l’entrée en maternelle de mon plus vieux, poursuit Hélène. J’ai participé au démarrage d’une halte-garderie dans le village qui a été beaucoup utilisée par les agriculteurs durant les périodes plus occupées, comme le temps des foins. »

Elle fait aussi partie des premières membres du Syndicat des agricultrices de sa région. « C’est ici à Saint-Maurice, en 1987, que la fondation a eu lieu, se souvient-elle. Mon cœur va toujours être avec les Agricultrices de la Mauricie. Ça fait juste un an que je ne suis plus impliquée, je siégeais au conseil d’administration depuis 1994. » Hélène a d’ailleurs été récompensée pour son engagement dans cette organisation. En 2000, elle a reçu le prix Agricultrice de l’année en Mauricie et, en 2023, on l’a nommée Agricultrice d’exception, un honneur décerné au gala des Agricultrices du Québec. « Ça m’a vraiment touchée. C’est la cerise sur le sundae de recevoir des reconnaissances, mais je ne le fais pas pour ça. Je le fais parce que je suis convaincue. Ça fait partie de mes valeurs », dit-elle.

« J’aime le côté humain de l’implication. Je suis une fille d’équipe. Je veux qu’on fasse avancer des dossiers ensemble », insiste la productrice. Elle prend pour exemple un projet important qui l’a marquée : « Aux Agricultrices, on a travaillé sur la sécurité des enfants à la ferme. Il y a encore des accidents aujourd’hui dans les entreprises, mais on en évite aussi beaucoup. »

En 2014, Hélène a remporté le prix Mauricienne d’influence, dans la catégorie Environnement, Agriculture, Agroalimentaire, remis par la Table de conservation du mouvement des femmes de la Mauricie. L’environnement et la protection du territoire agricole sont des causes qu’elle affectionne d’ailleurs particulièrement. Elle fait notamment partie du comité d’administration du bassin versant de la rivière Batiscan.

Depuis 1994, elle siège au conseil d’administration de son syndicat local de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Elle en est actuellement la présidente, un poste qu’elle a occupé à plusieurs reprises au fil des ans. Hélène s’implique également aux Producteurs de bovins de la Mauricie depuis une dizaine d’années. « Au comité de mise en marché, je représente les producteurs de bovins de réforme et de veaux laitiers », souligne-t-elle. Sans oublier qu’elle est administratrice aux Producteurs de lait de la Mauricie, depuis 2000 et présidente de l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (AFEAS), depuis 3 ans. « Quand tu prends un poste, ça t’en amène d’autres », résume-t-elle.

« Comme agricultrice, c’est aussi une fierté de voir qu’il y a de plus en plus de femmes qui s’impliquent. Elles viennent dans les assemblées avec la poussette et leur bébé. Quand un enfant pleure, on dit : “Bon! il approuve la résolution”, ajoute-t-elle en riant. Il faut s’adapter à la réalité d’aujourd’hui. »

Quel projet l’a particulièrement marquée? « Il y en a plus qu’un, dit-elle, mais je vais nommer mon travail pour la révision de la norme biologique nationale. » Hélène siège à la table de développement de la production biologique de l’UPA ainsi qu’aux comités technique et de révision des normes du secteur. Elle explique : « Quand on révise des normes, tout un chacun peut donner son opinion sauf que ce ne sont pas nécessairement des gens qui ont des entreprises agricoles. Ils ne connaissent pas notre réalité. C’est beau idéaliser les vaches dans les prés, mais il y a tout un monde autour de la production laitière. »

« Je n’ai pas la langue dans ma poche, quand il y avait des demandes de modifications non applicables, mon rôle était de dire non et de donner des arguments », ajoute-t-elle.

Dans tous ses mandats, elle a apprécié découvrir les différentes personnes avec qui elle était assise autour de la table. « Chacun a ses forces et ses faiblesses, c’est ce qui fait la solidité d’un groupe », mentionne Hélène.

Des défis à la ferme

Le troupeau de la Ferme Guychamps compte une soixantaine de vaches en lactation de races holstein, jersey et suisse brune. Les producteurs livrent du lait biologique depuis le 3 février 2012. « C’est une date qu’on n’oublie pas, lance Hélène. On est fiers d’être producteurs bio. On a toujours fait attention à notre environnement et à la qualité de nos sols. Ça fait partie de nos valeurs de continuer dans ce sens. »

Les producteurs ont dû faire face à un grand défi dans les dernières années. Hélène raconte : « En 2016, on a agrandi l’étable pour faire une aire d’exercice pour les animaux. Le 14 mars 2019, le bâtiment s’est effondré. C’était supposé être un beau conte de fées, mais finalement ç’a été une histoire d’horreur. Heureusement, c’est plus rose maintenant. »

Le couple a profité de la reconstruction pour agrandir afin d’avoir 80 logettes. Aujourd’hui, la ferme est en stabulation libre avec salle de traite et les animaux vont au pâturage dès que la température le permet. « On est en voie de retrouver notre vitesse de croisière d’avant l’effondrement, dit Hélène. On devrait pouvoir acheter du quota cet été. » Les propriétaires souhaitent aussi éventuellement réaménager l’entreprise pour que l’entièreté du troupeau soit dans le même bâtiment. « En ce moment, les sujets de remplacement sont dans un bâtiment à côté », précise la productrice.

Elle poursuit : « On est fiers d’avoir une relève. On voulait que l’entreprise continue, sinon on n’aurait pas reconstruit. »

Hélène est attachée à sa région, à sa municipalité, mais aussi à son rang. Quand elle fait le bilan des dernières années, elle ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour ses voisins. « Dans notre rang, on est chanceux, il y a 10 entreprises laitières sur une distance de 4 kilomètres. En 1988, on s’est regroupés pour se louer de la grosse machinerie. Ç’a été un point culminant pour nous, parce qu’on ne pouvait pas se permettre d’acheter de la machinerie. C’est vraiment ce qui a assuré la durabilité de notre entreprise », conclut-elle.