Producteur de lait et influenceur

Alain Lemieux partage son quotidien sur les médias sociaux depuis près de sept ans. Il montre la réalité de la vie à la ferme dans la simplicité et la bonne humeur.

Communiquer pour briser l’isolement

« À la base, j’ai un besoin de communiquer, mais je trouve qu’en tant que producteurs, on est isolés chacun de notre côté à travailler tous les jours dans nos fermes », répond d’abord Alain quand on lui demande pourquoi il est devenu agri-influenceur. C’est par curiosité et pour contrer ce sentiment de solitude qu’il a commencé à s’intéresser à ce que la communauté agricole offrait sur les réseaux sociaux. « Je suivais beaucoup d’agriculteurs européens et américains qui parlaient de leur quotidien. Ça m’a permis de briser l’isolement et de voir qu’ils vivaient la même chose que moi dans ma ferme, se souvient-il. Je voyais que leur contenu intéressait les gens et permettait de démystifier le métier d’agriculteur. Je me suis dit : “Pourquoi je ferais pas ça moi aussi?’’ ».

Le producteur de lait du Bas-Saint-Laurent s’est donc lancé sur les médias sociaux pour faire découvrir aux gens ce qui se cache derrière leur verre de lait. Il a publié des photos et des vidéos et il a adoré l’expérience. « J’ai jamais été le meilleur pour faire des exposés oraux à l’école, mais quand tu parles de ta passion, la verve vient beaucoup plus facilement », dit-il.

« Je ne me sens pas obligé de le faire, j’aime ça. Quand j’aimerai plus ça, je vais arrêter, poursuit Alain. Je vois que les gens apprécient ce que je fais. Les commentaires que je reçois sont motivants et amusants, ça me donne envie de continuer. Mais je ne donne pas un spectacle, je partage mon quotidien. »

Partager du vrai avec humour

Ceux et celles qui le suivent le savent, ses publications sont souvent drôles, parfois touchantes, mais toujours empreintes d’authenticité. « J’y vais avec ce qui se passe à la ferme dans le moment présent. Par exemple, la sortie des vaches au pâturage, un nouvel équipement ou une affaire mignonne qui arrive », énumère-t-il.

« J’aime beaucoup expliquer ce que je fais et faire rire les gens, ajoute-t-il avec enthousiasme. Quand je suis sur le point de peser sur le bouton “Partager” et que je sais que ma publication est comique, ça m’amuse. J’ai hâte de voir les retours des gens. »

Alain se fait un devoir de ne pas se censurer sur les problèmes ni sur les aspects plus dramatiques du métier. « C’est un peu comme un mariage avec nos abonnés, ça fait partie du défi de parler des joies et des peines qui viennent avec la vie à la ferme », explique le producteur de lait. Il prend pour exemple la perte d’une vache qui occupait une place spéciale dans l’entreprise. « On aime toutes nos vaches, mais on a quand même un petit clan de chouchous. C’est émotif quand on en perd une et on a envie de le dire. Dans ces moments-là, les gens ont aussi envie de partager la peine qu’ils ont déjà vécue par rapport à une vache qui a été emblématique chez eux ou à un animal de compagnie », résume-t-il.

Parfois, certaines de ces interventions suscitent plus de réactions que prévu. C’est ce qui est arrivé quand il a annoncé être sur le point de perdre 175 acres de terre louées. Les trois propriétaires des dites terres avaient décidé de vendre en même temps. « J’ai publié pour dire que je quittais ces terres que je cultivais depuis que je suis tout petit avec mon père, se remémore-t-il. On y a mis du temps, et je trouvais ça triste. Les gens ont été touchés. J’ai été surpris, c’est une publication qui a obtenu beaucoup de “j’aime” et été grandement partagée. »

Alain échange aussi régulièrement avec ses abonnés, il reçoit des questions tous les jours. « Les gens me partagent leur vécu en messagerie privée, explique l’agriculteur. Je trouve ça intéressant, ça me fait grandir. J’ai appris des choses via des abonnés dont je me sers dans ma vie de tous les jours. »

Est-ce que les gens l’abordent aussi quand ils le rencontrent en personne? « Dans mon coin, beaucoup de producteurs me suivent, mais ils ne me le disent pas. D’autres me font des blagues quand ils me croisent, mais je n’ai pas eu de commentaires négatifs, dit-il. J’ai l’impression que je représente bien l’image d’un producteur laitier, tout en étant fidèle à moi-même. Les producteurs voient que je ne joue pas un rôle, je suis la même personne en vrai et sur les réseaux sociaux. Je pense que la simplicité et l’authenticité me définissent bien, ce sont des valeurs que ma femme et moi on affectionne. »

Faire comme lui, pourquoi pas?

Alain Lemieux recommande à tout agriculteur qui voudrait devenir influenceur de ne pas avoir peur de se lancer. « Si l’agriculture est ta passion et que tu as envie de la partager, vas-y! lance-t-il. Mais je comprends que c’est pas tout le monde qui peut faire ce que je fais ou qui a envie de le faire. Il faut se respecter. Mes voisins ne font pas ça, mais ils sont aussi fiers d’être producteurs laitiers que moi. » Son autre conseil est de faire attention à sa manière de parler pour que le contenu soit adéquat et puisse être écouté par tout le monde. Pour lui, avoir une bonne attitude, être ouvert d’esprit et jovial sont aussi des incontournables.

« Les réseaux sociaux, poursuit Alain, c’est une passerelle entre les producteurs et les consommateurs. Je trouve que de voir une belle brochette de producteurs qui ont l’air sympathiques sur les réseaux et qui le sont en vrai peut donner envie aux consommateurs de se dire : “On va les encourager, c’est du bon monde” ».

Selon lui, plus il y aura d’agriculteurs sur les médias sociaux, plus le secteur pourra contrer la désinformation : « Certaines personnes et certains groupes ont facilement de la visibilité, mais un message faux à partager. Je veux amener la vraie information et montrer comment ça se passe réellement dans une ferme. C’est aussi ce que les autres producteurs peuvent faire. Les gens ont besoin de savoir d’où vient leur lait. »

Les fausses croyances concernant le bien-être animal le touchent plus particulièrement. « Tous les agri-influenceurs du Québec travaillent fort pour montrer que les vaches sont bien dans nos fermes. On a un cahier de charges rigoureux à respecter avec proAction. On en parle et on montre qu’on respecte les normes pour le bien-être de nos animaux, de nos entreprises et de nos sols », dit-il.

En attendant de vous lancer, vous pouvez suivre Alain sur Instagram, Facebook et TikTok. Alain anime aussi le balado Entre deux traites. « J’ai comme projet de créer une chaine YouTube, révèle-t-il avec entrain, mais, pour le moment, le temps me manque. »

Le troupeau de la Ferme Lizière compte de 65 à 75 vaches en lactation, toutes des jerseys. Il s’agit de la race coup de coeur d’Alain et de sa conjointe Amélie. Le couple a choisi de transiter vers la régie biologique en 2015.

Garder comme priorité le travail à la ferme

Alain Lemieux est propriétaire de la Ferme Lizière située à L’Isle-Verte au Bas-Saint-Laurent avec sa conjointe Amélie St-Jean. Ils sont la cinquième génération dans l’entreprise. Leur troupeau compte de 65 à 75 vaches en lactation, toutes des jerseys, leur race coup de cœur. Alain et Amélie ont transité vers la régie biologique en 2015 et leurs vaches vont au pâturage de la mi-mai à la mi-octobre.

« Ma priorité, c’est le travail à la ferme, révèle l’agri-influenceur. Le temps que je prends pour les réseaux sociaux est variable, mais le téléphone n’est jamais très loin pour capter une photo ou une vidéo sur le vif. C’est rendu une habitude de voir des choses intéressantes à partager. Il y a des journées plus banales où j’ai moins de contenu. Le dimanche, par exemple, je partage peu, car je prends du temps pour relaxer et être en famille. »

Le couple a quatre fils âgés de 13 à 19 ans qui participent aux travaux de la ferme. « Ils préfèrent des choses différentes. C’est la symbiose de tout ça que je trouve vraiment le fun et j’aime beaucoup travailler avec mes gars sur la ferme. J’ai hâte aux fins de semaine pour faire de l’ouvrage avec eux. J’ai aussi un employé qui vient nous aider tous les matins de la semaine », précise Alain.

À la fin de l’année 2018, les deux producteurs ont amorcé la construction d’une nouvelle étable lumineuse, axée sur l’écoresponsabilité et qui reflète leurs valeurs. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’Alain a commencé ses activités sur les médias sociaux. « Je suis vraiment fier du bâtiment qu’on a construit. On a eu de l’aide, mais il y a beaucoup de ma femme et moi et de nos enfants dans ce projet. On a mis du temps et de l’acharnement, dit-il. Mais je suis encore plus fier de ma famille. L’unité qu’on a dans notre noyau familial est très forte, et on a pu le voir de nombreuses fois ces dernières années dans les moments pas faciles. On intègre beaucoup nos fils dans nos discussions pour qu’ils comprennent ce qu’on vit. En équipe, on est beaucoup plus forts. Il y a beaucoup de bienveillance au sein de notre famille. »

Pour le moment, les deux premiers fils du couple souhaitent faire carrière dans le monde agricole. « Mon plus vieux vient de sortir de l’école d’agriculture, mais je ne sais pas s’il va vouloir reprendre notre ferme. Le deuxième dit depuis qu’il a cinq ans qu’il sera notre relève. Alors, je pense qu’une sixième génération pour la Ferme Lizière est tout à fait possible », conclut Alain en souriant.

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