L’implication dans les gènes
André a grandi dans une famille où être engagé dans sa communauté est un mode de vie. « Mes parents ont un long CV d’implications. Chez nous, quand on est disponibles, on fait notre part. On choisit selon nos talents et nos intérêts, résume le nouvel administrateur. On est entourés d’organismes qui ont besoin de gens. Si on veut changer les choses, on a le choix. »
Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit lui aussi investi dans différentes organisations au cours des dernières années. « Dès que j’ai pu, j’ai essayé d’être dans l’action », dit-il. Dans sa vingtaine, il a présidé et participé à la relance d’un groupe de relève agricole. André a aussi été administrateur et président du centre d’établissement en agriculture de sa région. Il raconte : « Ça me fait penser à la gestion de l’offre, parce que notre organisme fonctionnait selon un modèle unique qu’on voulait protéger. On a dû se battre pour rester. On n’a pas eu tout ce qu’on voulait et dans les temps qu’on voulait, mais les services ont toujours été offerts. Et aujourd’hui, l’organisme existe encore. »
Il poursuit : « Cette expérience m’a appris que quand le milieu y croit, dans notre cas, c’était le MAPAQ et l’UPA, et que le personnel y croit aussi, on peut y arriver. C’est un élément fondateur de mon parcours et de qui je suis devenu comme personne impliquée. »
André est aussi secrétaire de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) de sa région et administrateur d’une coop de production de chaux. « Le prix de la chaux était très élevé, il y a 25 ans, il y avait un besoin de trouver des solutions », rappelle-t-il.
Son arrivée dans les instances des Producteurs de lait du Québec remonte à 2018 alors qu’il est devenu membre du conseil d’administration de sa région. « C’était durant l’entente avec les transformateurs sur le lait diafiltré. J’ai commencé à m’intéresser de plus près aux PLQ à ce moment-là et à notre système de mise en marché collective », explique-t-il. C’est donc la suite logique pour lui de continuer son parcours en représentant les productrices et producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent au conseil d’administration des PLQ.
Des dossiers importants à défendre
« Je suis très sensible à la vitalité régionale, donc quand on parle de préserver notre nombre de fermes, ça me touche, explique-t-il d’abord quand on lui demande quels dossiers il souhaite défendre comme administrateur. Plusieurs entreprises se sentent fragilisées face aux exigences du code de pratiques, certaines n’ont pas la capacité d’investir. Il faut trouver des solutions pour les garder avec nous. »
Les producteurs de sa région lui parlent souvent du programme proAction. Il précise : « Le programme a sa raison d’être. En le créant nous-mêmes au lieu de se le faire imposer, on se disait qu’il allait être simple et que les façons de se valider seraient conviviales pour les producteurs. Mais dans les derniers volets, il y a eu plus d’irritants. Je veux veiller à ce qu’on garde la crédibilité du programme tout en simplifiant la démarche dans les nouveaux développements. »
La protection de la gestion de l’offre l’interpelle également beaucoup. « C’est ma cause préférée, dit-il. Le système existe depuis 50 ans et nous permet d’avoir une prévisibilité et une stabilité pour toute la chaine. Chaque fois qu’il y a une crise, c’est parce que quelqu’un est allé jouer dedans ou a essayé de la détourner. » S’il s’implique, c’est notamment pour poursuivre le travail réalisé par ses prédécesseurs afin de protéger la gestion de l’offre. « Je trouve ça beau, ce qu’ils ont fait. Au cours des années, le marché a évolué et les accords commerciaux sont arrivés, mais il y a toujours eu une capacité à garder la gestion de l’offre pertinente. Aujourd’hui, il y a encore des défis et je me dis que j’ai peut-être quelques talents qui pourraient servir. Ça me tente d’aller la soutenir, la défendre et la faire évoluer. »
Il affirme d’ailleurs avoir un grand respect pour les employés, les décideurs et tous ceux et celles qui s’investissent aux PLQ. « C’est encourageant, dit-il, d’intégrer une organisation aussi solide. »
De l’aide à la ferme pour mieux s’impliquer
André est propriétaire unique de la Ferme Pierho située à Rimouski. L’entreprise compte 50 vaches en lactation et 250 acres de culture voués au maïs à ensilage, aux fourrages et au blé, utilisé autant pour l’alimentation que pour la litière du troupeau. « L’étable a été rénovée plusieurs fois pour améliorer le confort des animaux, dit-il. Les vaches taries sont en liberté dans une grange collée sur la vacherie, ce qui me permet d’être déjà conforme au code de pratiques. »
Pour l’aider dans les différents travaux de la ferme, il peut compter sur Dominique Landry, un employé en qui il a grandement confiance. « S’il n’était pas là, je ne pourrais pas m’impliquer aux PLQ, révèle André. C’est quelqu’un de fiable, il travaille dans l’entreprise depuis quatre ans et il a envie de rester. »
« Je dis souvent à la blague que je lui ai demandé la permission avant de manifester mon intérêt à prendre la présidence de ma région, ajoute-t-il en riant. Il fallait que j’aie son accord et l’assurance qu’il pourrait prendre plus de responsabilités dans l’entreprise durant mon absence pour les différentes réunions. Le défi l’intéressait, alors j’ai pu me lancer. »
André a aussi développé avec son frère et ses nièces, un verger de camerises, framboises et bleuets offerts à l’autocueillette. Le site est juste à côté de la ferme et surplombe le parc du Bic, un lieu magnifique et grandement touristique. Il en parle avec enthousiasme : « On rencontre plein de gens curieux. Ils voient les silos et les bâtiments de la ferme et nous posent toutes sortes de questions. C’est un bon moyen d’informer les gens sur la production laitière. »
Le nouvel administrateur a-t-il d’autres projets pour son entreprise? « En ce moment, je travaille sur l’optimisation et la réduction de la dette pour avoir une entreprise transférable dans le futur. Je n’ai pas d’enfants, donc si mes neveux et nièces ne sont pas intéressés à reprendre la ferme, je voudrais la transférer à une relève non apparentée », explique le producteur de 47 ans. Le confort des animaux est aussi un projet en continu qui passe par l’amélioration constante du bâtiment. Mais aucun travail majeur n’est prévu à court terme. « Je veux que la relève arrive et ait de la place pour réaliser des projets, souligne-t-il. Je ne veux pas imposer ma vision. »
Réussir malgré les imprévus
André est la deuxième génération dans l’entreprise familiale. « J’ai toujours aimé la diversité des tâches et travailler avec des animaux. Je ne me voyais pas faire autre chose, dit-il. Être producteur de lait m’amène aussi un bon équilibre entre le travail manuel et intellectuel. J’aurais été malheureux de travailler tout le temps dans un bureau ou de faire juste des tâches physiques. » André a étudié en agronomie à l’Université Laval et est revenu prendre la relève de l’entreprise ensuite. Il raconte : « Ça s’est fait plus rapidement que prévu. J’ai fini mes études en avril 2000 et mon père est devenu invalide en juillet. Il a la sclérose en plaques. Le transfert était faisable, mais ce n’était pas l’idéal. »
Vingt-cinq ans plus tard, André est fier du chemin parcouru. « Aujourd’hui, dit-il, l’entreprise va bien et le quota est passé de 27 à 72 kilos. Quand je regarde d’où je suis parti, je trouve que j’ai fait une belle job. »
« Et juste pour vous dire à quel point l’implication est ancrée dans ma culture familiale, ma mère a remporté cette année le prix Agricultrice accomplie du Bas-Saint-Laurent et, quand j’ai pris en main l’entreprise, mon père est devenu président de l’association régionale de la sclérose en plaques », conclut le nouvel administrateur.