Protection de la gestion de l’offre
Dans son allocution, le président des PLQ, Daniel Gobeil, a rappelé que le maintien et la défense de la gestion de l’offre demeurent des priorités pour l’organisation. Il a mentionné que le message porté par les PLQ dans les dernières années semble trouver écho dans la population et chez nos gouvernements. Un sondage réalisé en mars dernier auprès de la population a révélé que 83 % des Québécois et des Québécoises sont en faveur des efforts gouvernementaux pour protéger la gestion de l’offre et les producteurs laitiers dans le cadre de futures négociations. « Des compromis sur la protection des producteurs laitiers pourraient affecter négativement la perception favorable du gouvernement de 63 % des Québécois. C’est énorme! Particulièrement dans le contexte actuel, les gens réalisent qu’on a tout intérêt à défendre notre sécurité alimentaire, à ne pas dépendre des États-Unis pour un produit aussi essentiel que le lait, à avoir des prix stables à l’abri des tarifs », a-t-il déclaré.
Daniel Gobeil a aussi mentionné que pour le premier ministre François Legault, il n’est pas question de toucher à la gestion de l’offre ni à la culture, deux éléments « non négociables » pour le Québec. Du côté fédéral, Daniel Gobeil a rappelé que durant la campagne électorale, les libéraux ont promis de protéger l’engagement du Canada à l’égard de la gestion de l’offre et de défendre les secteurs canadiens qui y sont soumis : « M. Carney a dit à quelques reprises que la gestion de l’offre ne serait carrément pas sur la table de négociations. »
« Pour nous, ces engagements veulent dire qu’une éventuelle négociation avec les Américains va exclure tous les éléments laitiers de la table de négociation. Nous serons plus vigilants que jamais quant au respect de ces engagements. On nous a fait le coup trop souvent », a poursuivi le président des PLQ.
Daniel Gobeil a également souligné l’incroyable sympathie des consommateurs envers les produits locaux dans les dernières semaines. « Alors que l’incertitude continue de planer sur nos relations avec nos voisins du Sud, la gestion de l’offre demeure un modèle de stabilité qu’il faut protéger, intégralement, a-t-il insisté. Encourageons l’achat local et partageons le logo de la vache bleue, un gage d’excellence et de fierté des producteurs laitiers québécois et canadiens. »
Une version abrégée, mais plus détaillée, de l’allocution du président est présentée en guise d’éditorial de la présente revue.
Durant l’AGA, des conférences sur les relations avec les États-Unis, la gestion de l’offre et le commerce international ont été présentées. Il est possible de les visionner sur la page Facebook et la chaîne YouTube des PLQ.
Changement à la politique de quota
C’est dans une salle bondée et après plus d’une heure de débats que la résolution sur le changement dans le mode d’attribution du quota sur le Système centralisé de vente de quota (SCVQ) a été adoptée par la majorité des délégués. Rappelons que cette proposition avait été discutée lors des journées de réflexion des PLQ en novembre 2024 et présentée à l’ensemble des producteurs durant la tournée des secteurs cet hiver et les assemblées générales régionales.
La résolution adoptée prévoit que le quota disponible sur le SCVQ après avoir comblé les priorités sera attribué en parts égales entre tous les acheteurs, peu importe la taille de leur ferme, jusqu’à concurrence de la quantité indiquée dans leur offre d’achat. C’est ce qu’on appelle aussi « l’itération complète ». En d’autres mots, l’accès au quota sur le SCVQ sera uniquement basé sur la présence d’une offre d’achat. Les quantités offertes à la vente seront réparties par tranche de 0,01 kg de MG par jour. Actuellement, la moitié du quota est vendue de cette façon sur le SCVQ (itération à 50 %). L’autre moitié est plutôt attribuée au prorata de l’offre d’achat déposée par les entreprises, qui peut atteindre le plus élevé de 7 kg ou 10 % du quota de la ferme. Le quota émis lors de la croissance du marché est attribué à 100 % au prorata du quota des fermes et la résolution adoptée ne vient pas changer cette politique.
Dans une présentation, en marge du vote, Florence Bouchard Santerre, directrice de la recherche économique aux PLQ est revenue sur les raisons derrière cette proposition de changement réglementaire. Elle a d’abord rappelé que dans leur planification stratégique, les PLQ se sont fixé l’objectif d’avoir des fermes laitières durables et rentables dans toutes les régions du Québec. Or si la tendance historique se maintient, on prévoit qu’il restera moins de 3 600 fermes en 2030 et qu’un écart se creusera entre la taille des petites et des grandes fermes.
Elle a également mentionné que les fermes qui bénéficieront de ce changement sont celles qui auront le plus d’investissements à faire pour se conformer au Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers. « 80 % des fermes qui ont des changements à faire ont 100 vaches ou moins », a-t-elle dit. Selon les calculs effectués par les PLQ, le changement à la politique de quota permettra aux 2/3 des fermes d’obtenir plus de quota. Les plus favorisées seront justement celles qui possèdent un quota de 140 kg ou moins, c’est-à-dire un troupeau de moins de 100 vaches. En contrepartie, les plus grandes fermes obtiendront moins de quota.
Le changement réglementaire entrera en vigueur au cours des prochains mois, à la suite du processus d’approbation par la Régie des marchés agricoles et agroalimentaires du Québec.
Mise en marché du lait et perspectives
Florence Bouchard Santerre, directrice de la recherche économique des PLQ, a présenté le bilan des ventes de produits laitiers dans le marché canadien pour la période qui s’échelonne de mars 2024 à février 2025. Elle a parlé des effets du ralentissement de la croissance démographique canadienne, qui devrait plus précisément être nulle en 2025 et 2026, selon les dernières prévisions. Elle a notamment dit que le volume des ventes de lait de consommation a continué d’augmenter, mais s’est stabilisé ces derniers mois pour atteindre 0,8 % de croissance sur 12 mois. « Il y a un recul des ventes de laits réguliers faibles en gras et une hausse de la demande pour les laits entiers et les laits à valeur ajoutée. Les boissons alternatives sont aussi de moins en moins populaires », a-t-elle ajouté.
L’année a aussi été marquée par une hausse (+ 4,9 %) de la fabrication de fromage. Il s’agit d’une bonne nouvelle, car ce produit nécessite l’utilisation de solides non gras. Pour le yogourt, Florence Bouchard Santerre a parlé d’une croissance très intéressante de 5,4 %. « Les gens achètent des yogourts nature, plus protéinés et de plus grands formats, ce qui contribue à l’utilisation de tous les composants laitiers », a-t-elle dit. Les hausses pour le yogourt et le fromage ont donc permis une meilleure valorisation des solides non gras dans la dernière année.
Pour ce qui est de la crème, on note une augmentation de 3,1 %. Pour le beurre, on remarque plutôt une légère baisse de la fabrication de – 0,1 %. « Il y a eu un ralentissement de la fabrication de beurre, a-t-elle ajouté, mais on observe une reprise de la vente au détail pour ce produit. » La directrice de la recherche économique a aussi soulevé le fait qu’il y a eu une reprise des ventes de beurre pour la surtransformation. Toutefois, les stocks de beurre sont élevés, particulièrement pour la période de l’année, une situation qui nécessite une attention particulière.
Elle a ensuite traité la question des besoins totaux canadiens. En 2024, ces derniers ont augmenté de 2,2 %, tandis que le quota alloué aux 10 provinces par la Commission canadienne du lait (CCL) a augmenté de 2,7 %. Habituellement, le quota augmente moins rapidement que les besoins totaux, car une partie est comblée par les importations. Exceptionnellement, l’an dernier, les importations ont été moins élevées qu’anticipées, ce qui explique le résultat de 2,7 %. Florence Bouchard Santerre a spécifié que les importations prévues arriveront tout de même sur le marché au courant de l’année laitière. Elles auront donc un impact sur le quota de 2025. Pour l’année en cours, on prévoit justement une augmentation de 1,3 à 3 % des besoins totaux et une variation du quota allant de 0,4 à 2,3 %.
La progression attendue de la production canadienne en 2025 est plus forte que celle prévue pour le quota, alors que l’augmentation de la teneur en matière grasse dans le lait a aussi été plus rapide qu’anticipée. Florence Bouchard Santerre a indiqué que les 10 provinces étaient maintenant en situation de hors quota selon la politique du quota continu de la CCL qui gère le quota alloué. Ce déséquilibre demandera une attention particulière au cours des prochains mois.
En matière de revenu, le marché offre des perspectives intéressantes en termes de structure des ventes, mais les prix mondiaux et la surtransformation sont à surveiller. L’évolution du taux de gras du lait, en plus d’une meilleure valorisation des solides non gras en surplus sur le marché canadien, a motivé les ajustements aux prix des SNG de niveau 2 dans la politique de paiement de P5 effective à partir du 1er aout 2025.
Concernant l’adéquation de l’offre et la demande de matière grasse et de solides non gras, Idriss Ettabaâ, directeur du développement des affaires des PLQ, a indiqué que certains impacts se faisaient sentir à l’échelle de P5. En effet, les demandes d’approvisionnement, exprimées en volume, ne sont pas comblées actuellement. Dans ce contexte et celui de la situation du quota continu, la CCL travaille à établir un plan d’action sur plusieurs points. Idriss Ettabaâ a porté à l’attention notamment l’ajustement des politiques de paiement des composants, comme annoncé par P5, les réflexions sur la production hors quota et les pénalités qu’elle entraîne alors que la demande en lait n’est pas comblée ainsi que la mise à jour des prévisions de surplus de SNG en fonction des changements constatés.
Finalement, l’alignement des signaux de production avec les besoins du marché et la valorisation de l’ensemble des composants resteront des dossiers d’actualité dans les prochains mois.