Et si la santé des veaux commençait avant la naissance?

On dit souvent que le facteur le plus important pour la santé du veau est l’ingestion de colostrum. C’est tout à fait vrai. On peut cependant se poser une question : que peut-on faire avant la naissance du veau pour favoriser sa santé? Voici quelques facteurs à prendre en considération.

Tarissement de la vache

Le tarissement est un stress important pour la vache et une période à risque pour le développement de la mammite. La mammite, si elle est sévère, peut avoir un effet direct sur la gestation en la terminant de façon prématurée (avortement dû à la présence d’endotoxines). Elle peut également affecter la santé de la glande mammaire, compromettant la synthèse du colostrum à venir. Il faut donc s’assurer d’une fermeture complète et rapide des sphincters et favoriser la formation d’un bouchon de kératine. L’utilisation d’un scellant interne à trayon est fortement recommandée.

Il vaut mieux aussi s’assurer que l’état de chair est optimal au moment du tarissement (2,75-3,25). D’un côté, une vache trop grasse risque d’avoir plus de problèmes au vêlage, ce qui augmente le risque d’avoir un veau faible à la naissance avec un réflexe de tétée diminué et plus lent à s’adapter à la vie extra-utérine. D’un autre côté, une vache trop maigre manque de réserve énergétique pour démarrer sa production laitière (inévitablement, moins de colostrum) et son système immunitaire peut être compromis. Par contre, la période de tarissement n’est pas le moment pour faire maigrir une vache trop grasse, l’objectif est de maintenir un état de chair optimal pendant tout le tarissement.

On recommande d’éviter les tarissements trop courts qui pourraient affecter la qualité et la quantité du colostrum. Il faut compter un minimum de 35 jours de tarissement. Une période plus courte laisse trop peu de temps aux tissus mammaires pour se réorganiser et guérir. De plus, elle augmente le risque que la période de tarissement soit encore plus courte si la vache vêle prématurément.

Vaccination en période prépartum

La quantité d’IgG produite dépend de la race et de la parité de la vache. Les races de boucherie produisent un colostrum plus concentré en anticorps, et plus une vache avance en âge, plus il y a de risque qu’elle ait été exposée à différents agents pathogènes.

Une façon de favoriser la production d’IgG spécifiques aux agents de la diarrhée néonatale (E coli, rotavirus, coronavirus, clostridium) est de vacciner la mère en période prépartum. C’est la vaccination la plus courante pendant le tarissement, mais un rappel vaccinal contre les agents de pneumonie est aussi une mesure préventive qui peut s’avérer intéressante dans certains troupeaux. On s’assure ainsi qu’au moment de la synthèse du colostrum (environ 3 à 5 semaines avant le vêlage), la vache a un maximum d’anticorps en circulation.

Alimentation de la vache en tarissement

Pendant la période de tarissement, on veut une ration riche en fibre pour stimuler la rumination et aider la vache à conserver son appétit en préparation du vêlage (transition plus facile). Il faut assurément éviter une ration trop énergétique qui aurait pour effet de faire prendre du poids à la vache et causer les problèmes mentionnés plus haut. Il est recommandé de commencer l’alimentation de transition suffisamment tôt (3 à 4 semaines avant le vêlage pour les vaches et 4 à 5 semaines pour les taures) et de contrôler les minéraux comme le calcium, le potassium, le sodium et le chlore pour diminuer le risque de fièvre vitulaire.

Confort des vaches taries et des parcs de vêlage

Une façon de s’assurer d’avoir des vêlages plus faciles est de maximiser le confort des vaches dans la période de tarissement et de vêlage. Il faut leur fournir un espace suffisant (150 pi2 de couchage en parc multiple ou 160 pi2 en parc individuel), un bon accès aux aliments et à l’eau et un endroit calme pour minimiser le stress.

On veut une bonne épaisseur de litière pour s’assurer que le veau naîtra dans un environnement propre. Une surface non glissante permettra à la vache de se coucher et se lever sans risquer de se blesser ou de blesser le veau.

Le stress thermique est aussi un facteur important à contrôler. Il n’affecte pas seulement la vache, mais aussi le veau. Une période de stress thermique peut avoir un effet sur la durée de gestation, les veaux naissent alors plus petits, ils absorbent moins bien les anticorps du colostrum et les taux de morbidité et de mortalité sont plus élevés. Des expériences ont démontré que le stress thermique de la mère dans les 6 dernières semaines de gestation pouvait avoir un effet négatif sur la croissance et la production à la première lactation des filles. Il est donc payant de mettre en place des systèmes pour aider au contrôle de la température et ainsi diminuer ses effets néfastes.

Supplémentation en sélénium

Au Québec, les sols sont déficients en sélénium. Il faut donc s’assurer de supplémenter les vaches. Il est possible de le faire par l’alimentation en s’assurant d’utiliser du sélénium organique pour favoriser son absorption. Cependant, la méthode la plus efficace est l’utilisation du sélénium injectable environ 1 mois avant le vêlage. Dans certains cas, il est également recommandé de donner une dose de sélénium au veau au moment de la naissance.

Le sélénium agit en protégeant les cellules mammaires contre le stress oxydatif, ce qui permet un meilleur transfert d’IgG vers le colostrum. De plus, il optimise l’efficacité du transfert des anticorps au veau. Il permet aussi une meilleure thermorégulation chez le veau et aide au développement de son système immunitaire.

Surveillance des vêlages

Même si tout est fait dans les règles de l’art, il peut arriver que des difficultés surviennent. Il est donc important de surveiller les vêlages pour intervenir au bon moment. On s’assure ainsi que les veaux sont plus vigoureux et peuvent boire leur colostrum rapidement. Les caméras de surveillance dans les parcs de vêlage sont parfaitement indiquées : on peut surveiller les vaches en tout temps sans les stresser ou perturber la mise-bas.

La surveillance permet aussi de réduire le délai entre la naissance et l’ingestion du premier colostrum. Elle permet également de s’assurer que le veau ne boira pas à même des trayons qui pourraient être souillés.

On comprend aujourd’hui que le tarissement n’est pas seulement une période où la vache ne produit pas de lait. C’est aussi là que se jouent les premières heures de vie du veau et même son développement à plus long terme. Si vous avez des questions ou avez besoin de mettre en place certaines mesures pour améliorer votre gestion des animaux lors de cette période, votre vétérinaire est toujours là pour vous.