Quel est l’état de la situation?
L’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) est une maladie à déclaration obligatoire. Elle est donc d’une importance primordiale pour les producteurs et les médecins vétérinaires. Jusqu’à maintenant, elle n’a pas été détectée chez les bovins au Canada. Les signes cliniques des vaches infectées sont peu spécifiques et reflètent une maladie systémique qui ressemble à plusieurs atteintes fréquentes : diminution de la production laitière, perte d’appétit, léthargie, fièvre et déshydratation progressive. Dans certains cas, et c’est ce qui semblait être la signature de la maladie dans les rapports sur les premiers cas au Texas, les changements dans la forme macroscopique du lait étaient particuliers et décrits comme du lait sécrété en petite quantité, d’aspect crémeux et très épais, similaire à du colostrum. À mesure que l’IAHP s’est répandue aux États-Unis, des cas ont été diagnostiqués sans que ces changements dans l’aspect du lait soient observés. On peut donc dire qu’une proportion non négligeable de cas confirmés positifs présentent un lait normal.
Le virus en cause, l’Influenza, est complexe. En 2024, les premiers cas d’influenza aviaire détectés aux États-Unis chez les bovins étaient associés à une souche particulière d’influenza, la souche B3.13. La maladie clinique chez les bovins laitiers associés au virus B3.13 se transmet par des vaches ou encore des vecteurs indirects comme les vêtements ou les bottes de visiteurs. Cette souche n’a jamais été détectée au Canada, ni chez les oiseaux ni chez les mammifères. Toutefois, récemment, une autre souche d’influenza (la souche D1.1) a été détectée chez les bovins en Arizona et au Nevada. La souche D1.1 circule chez les faunes aviaire et mammalienne et infecte la volaille, ici même au Canada. Cette situation justifie de restreindre l’accès des animaux sauvages aux bovins et à leur milieu, y compris aux sources d’alimentation et d’eau.
Quoi faire pour être prêts?
Biosécurité – Il est crucial de mettre en place des mesures de biosécurité strictes pour éviter la propagation du virus au sein d’une ferme et entre les fermes. Limiter les mouvements des animaux et des personnes entre les zones infectées et non infectées devient primordial. Ceci implique de limiter le nombre de visiteurs et de réduire les visites dans les autres fermes. Advenant qu’un cas soit confirmé au Québec, le lait cru ne devrait pas être consommé par des humains ou des animaux, en particulier les chats, qui sont très sensibles au virus. La pasteurisation du lait (72 °C pour 30 secondes ou 63 °C pour 30 minutes) quand elle est réalisée adéquatement et avec rigueur inactive le virus. Alors, le risque associé à la consommation du lait devient négligeable. L’hygiène durant la traite est aussi très importante, car le lait est fortement chargé en virus. Les travailleurs doivent porter des équipements de protection individuelle (EPI) pour éviter la transmission du virus. Plus de détails sont disponibles sur la fiche de l’Institut national de santé publique du Québec.
Formation du personnel – La formation du personnel qui prodigue les soins aux animaux est essentielle, autant pour l’application adéquate des mesures de biosécurité que pour la détection précoce des cas suspectés et la prise en charge des animaux affectés. Pour la prise en charge thérapeutique, la démonstration des gestes techniques et l’utilisation d’un protocole de traitement comme aide à la décision sont importantes. Votre médecin vétérinaire a les outils en main pour vous aider à bâtir une procédure normalisée d’opération sur mesure pour votre ferme. De plus, il est capable d’expliquer et de démontrer les gestes techniques pour réduire le risque de complications.
Traitement – Il n’existe pas de traitement spécifique pour l’IAHP chez les bovins. Alors une fois confrontés à des cas cliniques, le médecin vétérinaire et le producteur doivent élaborer un plan qui comprend :
- Isolement et surveillance – Les vaches infectées doivent être isolées si cela peut se faire facilement et sans compromettre l’ensemble du fonctionnement de la ferme. Cela inclut de dédier des zones aux animaux malades et à ceux apparemment sains. Il est préférable d’utiliser du matériel et de l’équipement dédiés aux animaux malades. Une organisation du travail et des tâches permettant de prodiguer les soins aux animaux atteints en dernier ou encore d’avoir des personnes responsables exclusivement des animaux malades est souhaitable. Une surveillance quotidienne pour l’apparition des signes cliniques décrits plus haut et un examen vétérinaire des cas suspects peuvent aider à déceler rapidement les nouveaux cas et aussi à identifier les problèmes secondaires qui peuvent se développer (p. ex. broncho-pneumonie avec des agents comme Mycoplasma ou Mannheimia). Les co-infections et les facteurs de stress, notamment le stress thermique, peuvent aggraver la sévérité des cas et augmenter la mortalité associée à l’IAHP.
- Soins de soutien – Puisque les animaux atteints ont tendance à se déshydrater, le maintien d’une hydratation adéquate doit faire partie intégrante des soins de soutien. L’accès à l’eau en tout temps est important. De plus, dans certains cas, il faudra ajouter une méthode de réhydratation. Si le nombre de sujets à traiter est faible ou la valeur d’un animal en particulier le justifie, il est possible que votre médecin vétérinaire vous propose la voie IV avec une solution isotonique à raison de 20 à 40 litres sur 24 heures. Par contre, dans la plupart des cas, on privilégiera la voie orale. Une solution contenant environ 20 litres d’eau, d’électrolytes et même de nutriments pourra être drenchée. Advenant que le drenchage soit réalisé par une autre personne que le médecin vétérinaire ou son personnel, il faut s’assurer de bien maîtriser la technique afin de réduire les risques de complications, comme la pneumonie par aspiration.
- Nutrition – Le programme nutritionnel doit être maintenu et il faut favoriser la prise alimentaire (palatabilité), notamment en augmentant l’offre de foin d’excellente qualité. L’objectif est de maintenir l’appétit en se souvenant que l’animal souffre d’une infection virale systémique qui diminue son ardeur à s’alimenter.
- Contrôle de la fièvre – Le contrôle de la fièvre par des antipyrétiques semble aider les animaux atteints à se sentir mieux et maintenir un appétit plus « normal ». L’utilisation de produit homologué pour les bovins laitiers est à privilégier. Plusieurs antipyrétiques procurent également des effets anti-inflammatoires et analgésiques, ce qui est intéressant. Par ailleurs, il faut demeurer vigilants, car dans certains cas rapportés, le taux de complications par des agents microbiens causant des broncho-pneumonies étaient très important. Cela veut dire que pour ces cas, les antimicrobiens sont indiqués en plus des antipyrétiques.
Comment prévenir l’IAHP lors des admissions au CHUV?
Le MAPAQ a récemment mis à jour la Stratégie québécoise de surveillance, de prévention, de contrôle et de protection de la santé publique contre l’influenza aviaire hautement pathogène. Celle-ci a pour objectif de prévenir l’introduction de l’IAHP dans le cheptel québécois de bovins laitiers et, advenant un cas positif, de limiter la propagation et les conséquences de la maladie. L’hôpital des animaux de la ferme (HAF) du Centre hospitalier universitaire vétérinaire de la Faculté de médecine vétérinaire accueille des animaux d’élevage malades (principalement bovins) pour recevoir des soins médicaux avancés ou spécifiques. Pour éviter l’introduction d’IAHP à l’HAF et ainsi exposer d’autres animaux hospitalisés, l’équipe de l’HAF a élaboré un questionnaire de préadmission. Pour ce faire, une série de 5 questions sont posées systématiquement à l’éleveur ou son médecin vétérinaire au moment de la prise de rendez-vous :
- Un ou plusieurs de vos animaux du troupeau ont-ils été déplacés aux États-Unis dans les 30 derniers jours?
- Y a-t-il eu introduction d’un nouvel animal dans le troupeau dans les 30 derniers jours? Si oui, est-ce que cet animal provient des États-Unis?
- Avez-vous observé à proximité de votre élevage des animaux morts, tels que des oiseaux sauvages ou des chats (mort d’origine inconnue ou précédée de signes neurologiques)?
- Avez-vous eu à votre connaissance un contact dans les 30 derniers jours avec une ferme de volailles touchée par l’influenza aviaire?
- Votre animal ou votre troupeau est-il en quarantaine après un déplacement aux États-Unis ou en attente de résultat de test pour l’influenza aviaire?
Selon les réponses, un dépistage avec test PCR négatif pour l’IAHP pourrait être requis avant l’admission.