Ne soyez pas renversé à la vue d’un prolapsus utérin

Qu’est-ce que le prolapsus utérin et comment intervenir si une vache en est atteinte?

Le prolapsus utérin ou l’éversion de la corne utérine gravide est observé dans les quelques heures suivant la parturition. Qu’on la nomme renversement ou retournement de matrice, bonnet complet ou vache virée à l’envers, cette condition survient dans moins de 0,5 % des vêlages. Elle peut survenir chez les races de boucherie, mais elle est plus fréquente chez la vache laitière (surtout chez les plus âgées). Bien que cette condition soit rare, elle exige une attention immédiate. Comme toute situation d’urgence, la rapidité et la façon d’intervenir ont un impact important sur le pronostic de la condition.

Les premiers soins

Le producteur a un travail important à faire : constater la condition (expulsion de l’utérus par la vache) et appeler le médecin vétérinaire. Les premiers soins donnés durant cette période influenceront les chances de succès. Quels que soient l’endroit (à l’intérieur ou à l’extérieur de l’étable), la position de la vache (debout ou couchée) ou le type de stabulation (libre ou attachée), il faut immédiatement protéger et préserver l’intégrité du tissu utérin.

Quand et comment intervenir?

Une fois que l’utérus est éversé (sorti), plusieurs circonstances peuvent changer et compliquer la situation déjà critique. Lors d’un prolapsus utérin, la circulation sanguine est perturbée à cause de la pression et la traction sur les vaisseaux sanguins, et les tissus deviennent congestionnés (enflure), fragiles et friables. L’utérus peut alors facilement se déchirer et/ou les vaisseaux sanguins se rompre et occasionner des hémorragies importantes pouvant causer la mort de l’animal. Ces hémorragies, parfois internes, se produisent seulement après le retour en place de l’utérus alors que les vaisseaux ne sont plus étirés ou écrasés. Autres problèmes, le contact de l’air avec le tissu utérin assèche sa muqueuse, causant des lésions, sans oublier les risques d’infection, et l’impact négatif sur la fertilité future.

Que faire en attendant votre médecin vétérinaire?

Immédiatement après avoir appelé d’urgence votre médecin vétérinaire, il faut réduire la congestion et l’œdème de l’utérus pour préserver l’intégrité de ses tissus. Gardez la muqueuse utérine humide et propre en l’arrosant d’un jet d’eau froide sans pression. Vous pouvez également le recouvrir ou l’emballer dans une grande serviette humide ou dans un grand sac de plastique. De cette façon, le tissu utérin est protégé.

Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de traction excessive sur l’utérus pour éviter les déchirures. Si la vache est couchée et que l’utérus repose sur le sol, les tractions sur les ligaments de l’utérus sont moindres. En stabulation attachée, il est important de couvrir le dalot et de mettre beaucoup de paille ou un plaqué de bois ou de plastique. On peut faire de même en stabulation libre si la litière est très volatile et colle à l’utérus exposé à l’air. Lorsque l’animal est debout, la situation est plus compliquée. L’utérus devrait être maintenu à la hauteur de la vulve par une ou deux personnes en attendant l’arrivée du médecin vétérinaire, ce qui est très difficile et pas toujours réalisable. Une planche prévue à cet effet, une bâche en plastique ou un drap peuvent vous aider dans cette tâche épuisante. Le fait de supporter partiellement l’utérus extériorisé réduit la douleur de l’animal. Il ne faut pas oublier de déplacer les animaux qui sont près de la vache atteinte pour prévenir les accidents. On veut éviter qu’une voisine marche sur l’utérus sorti. Ce serait une catastrophe! Il est suggéré d’attacher les chiens et éloigner les chats qui pourraient être tentés de grignoter une partie des tissus sortis, réduisant énormément le pronostic.

Dans l’attente de l’arrivée du médecin vétérinaire, il est souhaitable de rassembler ce qui facilitera le travail. Un licou, des câbles, des balles de paille ou de foin ou de ripe, un banc pour être à la hauteur de la situation (vache debout), une planche de plaqué ou de plastique, un boyau d’arrosage ou des seaux d’eau froide et même de la neige, du sucre ou bien du dextrose et un éclairage supplémentaire seront très utiles.

Pourquoi ce problème survient-il à cette vache?

La cause réelle du prolapsus utérin n’est pas bien connue, mais certains facteurs favorisants ont été associés à la condition :

  • Dystocie (gros veau, multiples fœtus)
  • Hypocalcémie causant une inertie utérine (utérus flasque)
  • Relâchement du ligament sacrosciatique
  • Rétention placentaire (jusqu’à 20 % des cas de prolapsus utérin)

Quel traitement envisager?

Aussitôt que le médecin vétérinaire se présentera, il voudra en apprendre plus sur l’histoire de l’animal et fera un examen rapide avant de réduire le prolapsus, c’est-à-dire remettre en place l’utérus après l’avoir lavé. Une anesthésie par épidurale peut être faite pour faciliter les manipulations. Le point le plus crucial des manœuvres de remise en place de l’utérus est le déploiement complet de la corne à l’endroit dans la cavité pelvienne. Une bouteille vide est parfois utilisée pour prolonger le bras du médecin vétérinaire et ainsi s’assurer que l’utérus est bien déplié. Dans la majorité des cas, celui-ci réduit rapidement le prolapsus et fait des points de rétention à la vulve pour réduire les risques de récidives. Ces points seront enlevés quelques jours plus tard lorsque l’involution de l’utérus sera bien établie. La vache doit être capable d’uriner sans contrainte avec ces sutures. L’examen physique sera complété après la réduction du prolapsus et le médecin vétérinaire pourra alors vous conseiller dans le choix de traitement complémentaire (antibiotiques, analgésique, anti-inflammatoire, etc.).

Et le pronostic?

Le pronostic des prolapsus utérins est variable et dépend du délai d’intervention, de la condition de la vache et de l’étendue des lésions utérines. Les causes de mortalité sont le choc hémorragique à la suite de la rupture de vaisseaux utérins, parfois non visible de l’extérieur (saignement interne), le choc associé à la remise en place d’un utérus en mauvais état (absorption de toxines) et le choc toxique secondaire à une infection utérine sévère. Les complications utérines qui pourraient affecter la fertilité future de la vache sont en revanche fréquentes : métrite, endométrite et péritonite localisée (infection de l’abdomen).

Une bonne préparation au vêlage et une surveillance régulière sont essentielles. Il est également important que les instructions soient inscrites dans votre livre de protocoles et qu’elles soient connues par toutes les personnes susceptibles d’avoir à gérer la situation. Si par malchance un prolapsus utérin survient, tous les intervenants de la ferme pourront agir rapidement et efficacement.

À garder en tête

  1. Le prolapsus utérin est relativement rare.
  2. Un prolapsus utérin est rarement associé à un prolapsus vaginal (celui-ci survient lorsque seulement le vagin jusqu’au col utérin, plus ou moins, est sorti de la vulve).
  3. Le risque est difficile à estimer même si quelques fois il peut faire suite à un vêlage laborieux.
  4. Le mieux, dans un cas de prolapsus utérin, est de savoir détecter rapidement la condition et pouvoir intervenir : maintenir le tissu utérin humide en l’arrosant avec de l’eau froide, prévenir les traumas à l’utérus et communiquer avec votre médecin vétérinaire.