Dans son allocution, le président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil, a souligné l’arrivée de la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette. « Je tiens à féliciter Christine Fréchette et je lui souhaite bon succès. Mme Fréchette a réitéré, pendant la course à la direction, qu’elle allait maintenir la position de M. Legault selon laquelle la gestion de l’offre est placée à l’intérieur d’une ligne rouge infranchissable, conformément à l’engagement du premier ministre Carney. Elle disait d’ailleurs qu’elle serait prête à aller jusqu’à Washington pour défendre les intérêts du Québec. Nous allons compter sur elle! », a déclaré M. Gobeil.
De plus, le président des PLQ a rappelé que la nouvelle première ministre a promis, notamment, de rembourser les entreprises agricoles en matière de tarification du carbone, de renforcer la présence des aliments québécois dans les établissements publics et d’alléger le fardeau administratif et réglementaire des productrices et producteurs. Des engagements qui vont dans le sens des demandes des producteurs de lait.
Une version abrégée, mais plus détaillée, de l’allocution du président est présentée en guise d’éditorial de la présente revue.
Mise en marché du lait et perspectives de revenu
Florence Bouchard Santerre, directrice de la recherche économique aux PLQ, a présenté le bilan des ventes de produits laitiers dans le marché canadien pour la période qui s’échelonne de mars 2025 à février 2026. D’emblée, elle a parlé de la croissance de la demande en solides non gras qui provient de l’engouement des consommateurs pour les produits laitiers riches en protéines. Les yogourts, les laits fortifiés et les fromages faibles en gras et à haute teneur en protéines, comme le cottage, connaissent une popularité qui bouscule le marché.
Cette demande accrue entraine notamment une diminution des solides non gras disponibles pour les classes d’ingrédients laitiers et une augmentation de la matière grasse qui doit être dirigée vers la transformation en beurre. Florence Bouchard Santerre a mentionné que les stocks de beurre sont très élevés, avoisinant les 42 000 tonnes, ce qui entraîne une situation de hors quota pour la mise en commun nationale (P10). Globalement, la matière grasse commercialisée a augmenté de 2,9 % et les solides non gras, de 2,1 %.
La directrice a rappelé que la croissance de la population dans les dernières années a aussi eu un impact sur la demande en produits laitiers. Lorsqu’on observe la consommation par personne de yogourt, fromage et beurre, on note des augmentations respectives de 5,4 %, 2 %, 6,4 % entre 2024 et 2025. Il faudra compter sur cette tendance pour soutenir la demande en 2026, car la croissance de la population est à l’arrêt.
À quoi s’attendre alors concernant la variation des besoins totaux et du quota pour les prochains mois? Florence Bouchard Santerre a mentionné que la Commission canadienne du lait prévoit une augmentation de 1,5 % des besoins totaux et de 1,3 % du quota de P10 en 2026. Les importations de produits laitiers combleront l’écart de la croissance entre les besoins totaux et le quota.
Dans ce contexte, le défi pour les prochains mois sera d’arrimer la production de matière grasse au quota alloué pour diminuer les stocks de beurre. Il faudra aussi ajuster la composition du lait aux besoins du marché pour répondre à la demande en protéine, qui reste très forte. Florence Bouchard Santerre a rappelé qu’à cet effet, la politique de paiement des composants a été modifiée en avril dernier. Un webinaire sur le sujet est d’ailleurs disponible pour réécoute.
Concernant les perspectives de revenu pour la période d’octobre 2025 à septembre 2026, la directrice a rappelé que les deux scénarios qu’elle a présentés lors des Journées de réflexion en novembre dernier sont toujours d’actualité. Le plus pessimiste prévoit une baisse de prix de – 0,80 $/hl et le plus optimiste, une hausse de 0,58 $/hl. Les tendances de production et de marché sont similaires ailleurs dans le monde, ce qui entraîne une baisse des prix de la matière grasse pour la surtransformation et une augmentation des prix pour les ingrédients laitiers. Ces changements sont à surveiller et ont des impacts sur le revenu.
Feu vert au mécanisme d’échange de crédits
Durant l’assemblée, les délégués ont adopté 8 résolutions qui sont présentées dans un cahier ensaché dans l’actuel numéro du Producteur de lait québécois. La résolution sur la mise en place d’un mécanisme d’échange de crédits de production a suscité beaucoup de discussions avant d’être acceptée à majorité. Rappelons que l’instauration de ce système a pour but d’offrir plus de flexibilité aux producteurs qui ne peuvent pas produire temporairement tout leur quota ou qui veulent produire plus de lait. Les paramètres et les impacts attendus de ce système ont été présentés aux producteurs durant les tournées de secteur et les assemblées générales régionales en début d’année.
Au départ, la résolution prévoyait que tous les crédits seraient échangés au prix de 5 $/kg de matière grasse. Il a toutefois été décidé d’amender la résolution. Les producteurs ont décidé que les crédits qui ne proviennent pas d’un cas de force majeure seront offerts à une valeur fixe de 3 $/kg de matière grasse. Les crédits liés au quota non produit provenant des cas de force majeure seront offerts au coût de 5 $/kg de matière grasse, comme le prévoit le programme. Les crédits seront donc obtenus à un prix moyen variable selon la quantité de crédits de chaque type offerte chaque mois.
Le mécanisme d’échange entrera en vigueur au cours des prochaines années, à la suite notamment du processus d’approbation à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec et des travaux informatiques nécessaires à sa création. Des détails sur l’avancement du projet seront communiqués aux producteurs.
Panel : situation commerciale et priorités économiques
Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec, et Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog, ont discuté de la situation commerciale actuelle et de leurs priorités économiques durant un panel animé par Geneviève Rainville, directrice générale des PLQ. Ils ont tous les deux affirmé que la gestion de l’offre favorise la vitalité des régions et qu’il est donc essentiel de la préserver dans le cadre de l’examen de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).