Les autres discussions se sont déroulées à huis clos entre les délégués. Les résultats de ces échanges seront présentés aux productrices et producteurs durant les assemblées régionales cet hiver. Le calendrier de ces rencontres est d’ailleurs présenté dans la rubrique « L’actualité laitière en bref » de la présente revue.
D’entrée de jeu, Daniel Gobeil, le président des PLQ, a parlé des dossiers prioritaires de l’organisation. Il a mentionné que devant le climat politique actuel, l’organisation a fait plusieurs représentations avec ses partenaires, notamment Les Producteurs laitiers du Canada, l’Union des producteurs agricoles et les membres du Mouvement pour la gestion de l’offre, afin de rappeler l’ampleur de la contribution économique de la production laitière et l’importance de la souveraineté alimentaire.
« L’examen de l’accord de l’ACEUM en 2026 doit viser à évaluer et assurer le bon fonctionnement de l’accord. Il ne doit d’aucune manière mener à une renégociation des termes, ce qui aurait pour effet de créer des brèches supplémentaires dans le secteur laitier », a-t-il poursuivi.
« Le message qu’on porte, c’est zéro concession encore une fois, aucune d’ailmodification et aucune brèche dans notre politique laitière canadienne », a insisté M. Gobeil. À cet effet, il a rappelé que le premier ministre Carney s’est engagé à protéger la gestion de l’offre de façon intégrale.
Il est aussi revenu sur l’adoption du projet de loi C-202 (anciennement C-282) en juin dernier. « Maintenant, on a une loi qui protège la gestion de l’offre. C’est une belle victoire », a-t-il dit en assurant que l’organisation demeurera tout de même vigilante lors des prochaines discussions commerciales. M. Gobeil a profité de l’occasion pour souligner l’engagement du Bloc Québécois qui a porté ce projet de loi avec conviction, de même que les partis politiques à la Chambre des communes qui l’ont appuyé.
Daniel Gobeil a affirmé que les PLQ peuvent maintenant aussi compter sur l’appui de la Chambre de commerce du Canada pour défendre leur modèle. Il s’agit d’un revirement, historique, considérant que la Chambre canadienne a été un des lobbys les plus actifs en opposition à la gestion de l’offre par le passé.
Pour ce qui est de la scène politique québécoise, il a mentionné que l’organisation continue ses démarches pour que les producteurs de lait obtiennent du soutien financier en lien avec les exigences du Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers.
Mettant la table pour les prochaines présentations, il a brièvement parlé de la demande croissante pour les produits laitiers protéinés. « Le marché est très bon dans toutes les catégories de produits de la classe 1 jusqu’au beurre/poudre, mais la protéine, c’est le buzzword pour les consommateurs, a-t-il indiqué. Nos produits sont nutritifs. C’est un message qu’on a martelé et qui rapporte aujourd’hui. » Il a complété son exposé sur le sujet en rappelant que la politique de paiement a d’ailleurs été modifiée récemment pour être plus alignée sur les besoins du marché.
Bilan des ventes et besoins totaux
Jérôme St-Pierre, agroéconomiste aux PLQ, a présenté les données de vente pour la fabrication de produits laitiers d’octobre 2024 à septembre 2025. Il a mentionné que les ventes de lait de consommation ont continué d’augmenter (0,7 %), mais de manière moins importante que l’an dernier à la même période (1,8 %) en raison du ralentissement de la croissance de la population. L’agroéconomiste a aussi annoncé que les ventes pour le fromage, la crème et le beurre ont augmenté respectivement de 2,5 %, 4,6 % et 5,2 %. Les données pour le beurre incluent les ventes en classes régulières et en surtransformation.
Ce sont les ventes pour le yogourt qui ont retenu le plus l’attention avec leur forte hausse de 10,7 %. Jérôme St-Pierre a rappelé qu’entre octobre 2023 et septembre 2024, la croissance des ventes pour le yogourt avait atteint 4,0 %. Cette année, une quantité importante de lait a donc été dédiée à la fabrication de yogourt. Ce résultat s’explique notamment par la grande popularité des yogourts riches en protéines, comme le yogourt grec.
Insistant sur l’importance de cette demande en yogourt, il a révélé que plus de 63 millions de litres de lait additionnels ont été employés à la fabrication de yogourt en 2024-2025, comparativement à une hausse de 27 millions en 2023-2024 et de 36 millions en 2022-2023.
L’agroéconomiste a ensuite parlé des taux de matière grasse et de protéine du lait qui ont évolué rapidement ces dernières années, mais avec une croissance plus prononcée pour la matière grasse. Cet écart représente un défi étant donné le contexte de la hausse importante de la demande en protéine dans la dernière année. Cette augmentation de la demande génère une croissance limitée en matière grasse, car les produits populaires sont faibles en gras.
Il a mentionné que les besoins totaux canadiens ont augmenté de 3,3 % en 2024-2025. « Il s’agit d’une hausse plus élevée que prévu, notamment en raison de la demande en yogourt et en lait de consommation », a-t-il dit. Fait intéressant, le quota a lui aussi connu une croissance de 3,3 %. Rappelons que dans les dernières années, le quota a augmenté plus lentement que les besoins totaux, entre autres parce que les importations de produits laitiers sont venus combler une partie du marché. « La croissance des importations est moins élevée cette année que dans les années précédentes, car on arrive à la fin des augmentations par pallier des contingents des accords commerciaux », a-t-il précisé.
Prix du lait et perspectives de revenus
Florence Bouchard Santerre, directrice de la recherche économique aux PLQ, a présenté le bilan des derniers mois et les perspectives en matière de revenu à la ferme. Entre octobre 2024 et septembre 2025, le revenu a été de 99,98 $ l’hectolitre moyen, ce qui représente une augmentation de 2,18 $/hl par rapport à la période précédente.
Elle a d’abord souligné que la composition moyenne du lait livré par les producteurs a eu un impact positif d’environ 1,52 $/hl. L’augmentation du revenu est également due à la croissance des ventes de lait de consommation (0,8 %), de yogourt (10,7 %) et de fromages (2,5 %). Elle a rappelé que plusieurs produits fortement populaires contiennent une grande quantité de protéines. À titre d’exemple, elle a précisé que le fromage cottage et le skyr ont connu une augmentation des ventes de 28 % et 59 % dans les 12 derniers mois. Le lait fortifié ainsi que le yogourt nature, grec et vendu en grand format sont aussi grandement populaires.
Les ventes de crème et de beurre qui génèrent des surplus de solides non gras ont, pour leur part, eu un impact négatif sur le revenu. Les surplus sont toutefois moins importants qu’à l’habitude en raison de la forte demande en produits protéinés. Pour le beurre, elle a expliqué que l’augmentation des ventes est due à la reconstitution des stocks, mais également à une croissance de la demande au détail de 4,3 %.
Finalement, les ventes combinées de matière grasse et des ingrédients en classes spéciales ont, de leur côté, permis d’augmenter le revenu de 0,74 $/hl.
À quoi s’attendre pour la période d’octobre 2025 à septembre 2026? Mme Bouchard Santerre a présenté deux scénarios. Le plus pessimiste prévoit une baisse de prix de -0,80 $/hl et le plus optimiste, une hausse de 0,58 $/hl, malgré l’ajustement de 2,12 $/hl annoncé par la CCL qui sera en vigueur le 1er février 2026. Les prix mondiaux à la baisse sont le principal élément à surveiller pour la prochaine année suivis de la demande pour la surtransformation.
Concernant le revenu à la ferme, elle a rappelé que les offices de P5 ont annoncé des changements à la politique de paiement en lien avec la montée de la demande pour la protéine laitière. Le prix payé pour la protéine de niveau 2 a été augmenté de 3 $ en janvier 2026. L’objectif de ce changement est notamment de stabiliser le ratio SNG/G à la ferme, dont le recul a été plus rapide qu’anticipé, pour alimenter la croissance de la demande en protéine tout en limitant l’impact sur les stocks de beurre.