Retour sur les Journées de réflexion

Les Journées de réflexion des Producteurs de lait du Québec (PLQ) ont eu lieu les 13 et 14 novembre 2024. Une portion de l’assemblée a été diffusée en direct sur la page Facebook et la chaîne YouTube des PLQ. Ces journées ont été l’occasion de faire le bilan de la dernière année laitière.

Les autres discussions se sont déroulées à huis clos entre les délégués. Les résultats de ces échanges seront présentés aux producteurs lors des assemblées régionales cet hiver. Le calendrier de cette tournée des régions est d’ailleurs présenté dans la rubrique « L’actualité laitière en bref » du présent numéro.

Dans son allocution, le président des PLQ, Daniel Gobeil, a fait état des dossiers prioritaires de l’organisation. Il a rappelé que beaucoup de travail a été accompli dans les dernières années pour élaborer la planification stratégique. « Notre vision, c’est d’avoir en 2030 des fermes rentables, bien sûr, mais dans un système de gestion de l’offre fort, dans une filière dynamique, durable et innovante », a-t-il souligné.

Il a mentionné qu’un des sujets à l’ordre du jour des journées de réflexion est la révision de la politique de quota P5 : « On le sait, à la ferme, d’un point de vue individuel, le quota est toujours un sujet d’actualité très sensible. Je veux vous sensibiliser à garder en tête la collectivité et l’importance de travailler ensemble pour atteindre nos objectifs qui sont dans la planification stratégique », a-t-il dit aux délégués. M. Gobeil a rappelé que les producteurs seront consultés sur ce sujet lors des tournées régionales.

Daniel Gobeil a ensuite rappelé l’annonce faite par la Commission canadienne du lait (CCL) selon laquelle le prix du lait à la ferme recevra un ajustement négatif de 0,0237 %, ce qui représente un impact de 0,02 $/hectolitre. Ce sont notamment la diminution du coût des aliments pour animaux, la hausse des revenus liés à la vente d’animaux et une amélioration de la productivité qui expliquent ce résultat. Ces facteurs sont venus contrebalancer la hausse des taux d’intérêt et l’augmentation d’autres coûts à la ferme. « Je sais, a-t-il ajouté, que ce n’est pas la nouvelle que tous attendaient, mais la formule capte les hausses de coûts quand il y en a, elle capte aussi les baisses. C’est ce qui donne de la crédibilité à la formule. »

Il a ensuite affirmé que l’organisation poursuit ses efforts en vue d’obtenir de l’aide financière gouvernementale pour l’adaptation des fermes au Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers, notamment qu’« il faut sensibiliser le gouvernement à répondre présent. » Le président a aussi rappelé l’importance stratégique du secteur laitier dans l’économie canadienne et l’occupation du territoire : « Investir dans notre secteur, c’est prendre les moyens d’assurer la durabilité et la pérennité des fermes laitières. »

Bilan des ventes et besoins totaux

Jérôme St-Pierre, agroéconomiste aux PLQ, a présenté les données de vente pour la fabrication de produits laitiers d’octobre 2023 à septembre 2024. Il a révélé que les ventes de lait de consommation ont augmenté de 1,8 %. Cette demande accrue est attribuable à la croissance marquée de la population canadienne au cours des dernières années. On observe également une hausse des ventes de crème (+2,5 %). « Il s’agit d’une croissance un peu moins rapide que celle de l’année précédente qui était de 4,8 %, mais somme toute, c’est un produit qui a une belle progression », a-t-il précisé. Quant au fromage, la croissance des ventes atteint 2,2 % comparativement à 1,3 % pour la période précédente. De plus, les ventes combinées de beurre en classes régulières et en surtransformation ont connu une hausse de 0,6 %.

Jérôme St-Pierre a ensuite traité la question des besoins totaux canadiens. En 2023-2024, ces derniers ont augmenté de 3 %. Un résultat plus intéressant que pour les périodes 2022-2023 et 2021-2022, où la croissance avait atteint respectivement 1 % et 0,3 %. Une partie de cette croissance a été comblée par les importations sur le marché canadien. C’est notamment pour cette raison que le quota a connu une hausse de 2,6 %. M. St-Pierre a mentionné qu’il s’agit tout de même d’une hausse plus élevée que prévu provenant de la croissance plus forte des marchés et de la progression moins rapide des importations qu’anticipé. En 2025, on prévoit une variation du quota de 0,8 à 2,4 %.

Prix du lait et perspectives de revenus

Florence Bouchard Santerre, directrice de la recherche économique aux PLQ, a présenté le bilan des derniers mois et les perspectives en matière de revenu à la ferme. Entre octobre 2023 et septembre 2024, le revenu a été de 97,80 $ l’hectolitre moyen, ce qui représente une augmentation de 3,43 $/hl par rapport à la période précédente.

D’emblée, elle a souligné que la composition moyenne du lait livré par les producteurs a eu un impact positif d’environ 1,50 $/hl. L’augmentation du revenu est également due à la croissance des ventes de lait de consommation (1,8 %), de yogourt (3,2 %) et de fromages (2,2 %). « Il y a une croissance dans les ventes de lait entier, mais aussi dans le lait à valeur ajoutée qui nécessite des solides non gras », a-t-elle précisé. Mme Bouchard Santerre a ajouté que les yogourts nature, vendus en grands formats et contenant plus de protéines, comme les yogourts grecs, connaissent une popularité grandissante. Il s’agit, là encore, d’une bonne nouvelle pour la gestion du surplus de solides non gras.

Les ventes de matière grasse en classes spéciales ont, pour leur part, diminué dans la dernière année. Florence Bouchard Santerre a rappelé que les ventes de la matière grasse destinée à la transformation secondaire connaissent une décroissance depuis deux ans. Les prix mondiaux qui demeurent élevés ont toutefois eu un effet positif sur le revenu à la ferme (0,84 $/hl) pour les quantités vendues dans ces classes. On ne peut pas en dire autant des prix des solides non gras sur les marchés mondiaux. Ils ont diminué dans la dernière année, entrainant ainsi un impact négatif sur le revenu (-0,60 $/hl). « Dans les derniers mois, on observe toutefois une reprise des prix pour les solides non gras sur les différents marchés », a-t-elle dit. Les ventes de crème et de beurre qui génèrent des surplus de solides non gras ont également eu un effet négatif sur le revenu à la ferme.

À quoi s’attendre pour la période d’octobre 2024 à septembre 2025? Mme Bouchard Santerre a présenté deux scénarios. Le plus pessimiste prévoit une baisse de prix de -0,86 $ l’hectolitre et le plus optimiste, une hausse de 0,79 $ l’hectolitre. Ces prévisions tiennent compte de l’ajustement négatif de 0,02 $/hl annoncé par la CCL qui entrera en vigueur en février 2025 et d’une baisse ou d’une stabilité des ventes de lait de consommation selon le scénario. Les ventes de beurre en classes spéciales et en classes régulières seront aussi à surveiller de même que les prix mondiaux de la matière grasse et des solides non gras.