AGA 2025 – extrait du discours du président

L’éditorial du mois de juin est un extrait du discours du président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil, prononcé dans le cadre de notre assemblée générale annuelle qui s’est tenue en avril dernier.

Les travaux pour la mise en œuvre de la Planification stratégique 2023-2030 se sont poursuivis en 2024. Nos actions sont alignées sur la vision adoptée par les producteurs. Un des objectifs importants est d’assurer la durabilité de nos fermes, d’avoir des entreprises rentables dans toutes les régions du Québec en 2030. Cela passe par un processus de questionnement sur ce qu’on peut améliorer. Nous nous sommes d’abord attardés à notre politique de quota.

Comment peut-elle évoluer pour favoriser la durabilité de nos entreprises tout en respectant les valeurs d’accessibilité, de transparence et de crédibilité qui la gouvernent? Les producteurs ont pu donner leurs commentaires et débattre dans leurs assemblées régionales. Les délégués pourront se prononcer sur deux résolutions à ce sujet.

En matière de bien-être animal, le nouveau Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers (Code) entre progressivement en vigueur depuis avril dernier. C’est l’exigence de liberté de mouvement au 1er avril 2027 qui crée le plus de pression financière sur nos fermes laitières au Québec. Les nouvelles exigences seront validées par proAction, mais aussi par le MAPAQ. Le Code est donc obligatoire, et le poids des investissements, évalué à 600 millions de $, ne devrait pas uniquement reposer sur les producteurs ou une perspective de hausse du prix du lait.

Au cours de l’année, nous avons déposé au gouvernement une étude de retombées économiques, rencontré les députés de l’Assemblée nationale pour présenter les impacts sur nos fermes et nos attentes et fait des démarches auprès du ministère des Finances dans les consultations prébudgétaires. Mais lors du dépôt du budget, on a été déçus de constater qu’il n’y avait pas de fonds spécifiques pour nous appuyer dans la mise en œuvre du Code.

Nos investissements sont la source de retombées économiques importantes dans les régions : plus de 3,2 milliards $ en 5 ans pour améliorer les équipements et bâtiments, le confort des animaux, la productivité et ultimement, la durabilité de nos fermes. Les investissements pour se conformer aux nouvelles exigences du Code ne serviront pas uniquement aux producteurs, ils sont aussi avantageux pour le gouvernement et les régions.

Nos demandes sont compatibles avec la vision de la Politique bioalimentaire d’avoir un secteur prospère, durable et ancré sur le territoire. L’investissement en production agricole est la première cible identifiée pour la prochaine politique. Nos investissements seront entièrement dépensés ici, dans nos régions. Nos fermes ne se délocalisent pas. Avec le contexte économique et les tensions commerciales, notre gouvernement doit soutenir adéquatement notre secteur, afin qu’il réponde à ces attentes sociétales sans compromettre sa pérennité et ses retombées économiques.

D’ailleurs, un sondage Léger réalisé en mars démontre que 94 % des Québécois et Québécoises considèrent que le secteur agricole contribue de manière importante à l’économie et la vitalité des régions. Les citoyens appuient les producteurs.

Malgré tous ces arguments, le gouvernement n’a pas prévu de programme spécifique pour nous. Nous avons donc une résolution qui lui demande de soutenir le maintien et la croissance de l’activité économique dans les différentes régions du Québec, en réservant à l’agriculture une part des sommes budgétaires allouées à la réalisation de projet d’entreprises.

Le maintien et la défense de la gestion de l’offre ont aussi été au cœur de nos dossiers tout au long de l’année. Le projet de loi C-282, présenté par le Bloc Québécois, visant à interdire au gouvernement du Canada de signer des accords commerciaux qui mettent en péril le système de gestion de l’offre, a été étudié par le Sénat, mais la prorogation du Parlement a mis fin aux travaux.

C’est très certainement une vive déception pour nous tous et on voit que ça nous serait utile en ce moment que la loi ait été adoptée. Mais tous nos efforts n’ont pas été vains, ils ont permis de renforcer le consensus politique autour de la gestion de l’offre et de l’importance de ne plus faire de concessions dans notre secteur. Tous les chefs de partis politiques l’ont soutenue à la Chambre des communes et se sont donc clairement engagés à ce qu’il n’y ait plus de concessions dans notre secteur.

Dans l’opinion publique aussi, ce message est bien passé. Selon un sondage Léger, 83 % des Québécois et des Québécoises sont en faveur des efforts gouvernementaux pour protéger la gestion de l’offre et les producteurs laitiers dans le cadre des négociations qui s’amorcent. Dans le contexte actuel, les gens réalisent qu’on a tout intérêt à défendre notre sécurité alimentaire, à ne pas dépendre des États-Unis pour un produit aussi essentiel que le lait, à avoir des prix stables à l’abri des tarifs.

Du côté canadien, plusieurs engagements ont été pris dans la campagne électorale par les chefs de partis pour protéger la gestion de l’offre, mais nous ne demandons rien de moins qu’un engagement clair et sans compromis pour protéger la gestion de l’offre et l’ensemble de la politique laitière.

M. Carney dit que la gestion de l’offre ne sera pas sur la table. Pour nous, cet engagement veut dire qu’une éventuelle négociation avec les Américains va exclure tous les éléments laitiers de la table de négociation. Nous serons plus vigilants que jamais quant au respect de ces engagements.

On ne doit pas laisser les griefs des Américains dicter les futures négociations. Les producteurs de lait canadiens se sont entièrement conformés aux dispositions de l’ACEUM, même si n’a pas été facile. Depuis son entrée en vigueur, les importations de produits laitiers en provenance des États-Unis ont crû de 90 %. La balance commerciale a pour sa part doublé : le Canada a maintenant un déficit de 500 M$ avec les États-Unis.

En plus des accès de marché, l’accord nous impose un plafonnement des exportations de solides non gras sur l’ensemble des marchés mondiaux et une obligation de soumettre à l’examen des Américains tous changements à la classification et aux prix de vente du lait. Il n’y a aucune exigence réciproque imposée aux Américains ou aux Mexicains. Alors, on la cherche l’injustice à laquelle fait référence Donald Trump et, vraiment… on ne la trouve pas!

La gestion de l’offre est un modèle qui fonctionne depuis les années 60-70 et qui permet de soutenir l’économie locale. Elle assure la sécurité alimentaire du pays et rencontre nos valeurs canadiennes. Aux États-Unis, ils utilisent les subventions et pratiquent le dumping sur d’autres marchés. Aujourd’hui encore, l’administration américaine critique notre politique plutôt que d’adopter un modèle équitable et durable.

Alors que l’incertitude continue de planer sur nos relations avec nos voisins du Sud, la gestion de l’offre demeure un modèle de stabilité qu’il faut protéger, intégralement. Encourageons l’achat local et partageons le logo de la vache bleue, un gage d’excellence et de fierté des producteurs laitiers québécois et canadiens.

Les Producteurs de lait du Québec, les Producteurs laitiers du Canada, l’Union des producteurs agricoles et l’ensemble de la filière laitière québécoise et canadienne continuent de suivre la situation de près. Nous sommes également présents aux instances stratégiques auxquelles sont conviés les représentants de l’agroalimentaire québécois et canadien.

J’en profite pour m’adresser à mes collègues des autres provinces. Vous le savez, la gestion de l’offre est importante partout au Canada. C’est vrai que la taille de notre secteur au Québec le place parmi les principaux secteurs économiques et lui confère une visibilité médiatique et une attention politique qui est conséquente. Par contre, la gestion de l’offre a la même importance pour chaque producteur au Canada, peu importe sa province. Nous partageons tous la même part de responsabilité pour assurer sa pérennité.

Dans un contexte d’incertitude et de pression, c’est primordial de travailler ensemble pour nous assurer que le gouvernent fédéral respecte ses engagements de ne pas faire de concessions. La voix du Québec est forte, mais si on additionne la voix de chaque producteur de lait au Canada, on sera deux fois plus forts. C’est dans notre intérêt de partager les risques et que tous les producteurs soient traités équitablement face aux défis, aux menaces et aux opportunités.

Dans les prochains mois, nous continuerons de travailler ensemble à bâtir des valeurs solides pour avoir en 2030 des fermes rentables, bien sûr, mais aussi de progresser dans un système de gestion de l’offre fort, dans une filière dynamique, durable et innovante. Le travail entourant notre planification stratégique nous permettra de conserver un rôle important dans notre société et sur l’ensemble du territoire québécois.

Notre solidarité, notre capacité à travailler en équipe et notre grand souci du collectif nous permettront de nous serrer les coudes et de traverser ces épreuves, ensemble.