Les Québécoises et les Québécois ont choisi de se doter d’un gouvernement du Parti Québécois, minoritaire, en choisissant cette formation politique dans presque toutes les régions du Québec. Les libéraux de Charles Milliard ont progressé, notamment avec un retour dans certaines régions. Le Parti conservateur du Québec, nouveau venu à l’Assemblée nationale, réussit une percée dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, une importante région laitière. Québec Solidaire maintient nombre d’acquis, dont la circonscription de Sherbrooke, où l’on trouve également des producteurs laitiers.
Il importe d’abord de féliciter tous les élus et de souhaiter la bienvenue au nouveau gouvernement de Paul St-Pierre Plamondon. Notre organisation a toujours su collaborer avec les gouvernements, dont les précédents du Parti Québécois, et nous continuerons avec le prochain. Un mot également pour les députés sortants, notamment ceux de la Coalition Avenir Québec : cela a été un privilège de travailler à vos côtés et nous n’avons que des souhaits favorables pour la suite de vos parcours.
À la visite des chefs des différents partis politiques à l’UPA, chacun s’est engagé à reconnaître l’agriculture comme un secteur stratégique pour l’économie du Québec. Le secteur laitier à lui seul contribue à la hauteur de 6,12 milliards de dollars au PIB québécois et l’ensemble du secteur emploie 65 998 personnes. Plus de 50 % des fermes laitières du Canada se trouvent au Québec, dont les revenus laitiers représentent 25 % de toutes les recettes agricoles québécoises. Nous sommes également un leader canadien de la transformation laitière, avec 50 % des fromages et 80 % des yogourts fabriqués ici. Présents dans 3 municipalités sur 5 et 9 MRC sur 10, nous sommes plus que les producteurs d’un aliment sain, nutritif, local et bon au goût, nous sommes un secteur économique vital pour toutes les régions. La présence de nos fermes laitières partout sur le territoire québécois contribue non seulement à la souveraineté alimentaire du Québec, elle permet de faire travailler et prospérer des centaines d’entreprises, des milliers de travailleurs.
Évidemment, notre secteur fait également face à des défis : adaptation aux changements climatiques, mise à jour des fermes laitières pour se conformer au nouveau code de pratiques des bovins laitiers, lourdeur administrative ou simplement la nécessité de composer avec les aléas de la météo et du vivant. À cela s’ajoutent des pressions externes, notamment en lien avec les demandes des États-Unis qui attaquent notre modèle de mise en marché collective et de gestion de l’offre.
C’est pourquoi nous demandons au gouvernement nouvellement élu de poser des gestes significatifs pour manifester son appui à notre secteur.
Nous souhaitons que le gouvernement du Québec maintienne son engagement clair et sans compromis par rapport à la défense intégrale de notre modèle de mise en marché et la gestion de l’offre. Il faudra continuer de répéter que la gestion de l’offre est non négociable. Que c’est une ligne rouge pour le Québec et qu’il prendra les moyens nécessaires pour éviter qu’Ottawa concède. Nous savons que, tôt ou tard, les discussions entre les États-Unis et le Canada reprendront et nous espérons que Québec pourra continuer d’être le partenaire infaillible qu’il a été dans les dernières années.
Ensuite, il doit respecter son engagement de doter le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation des moyens nécessaires en tendant vers 2 % du budget de l’État. Avec ces sommes, les producteurs laitiers, comme tous les agriculteurs, pourraient avoir accès à des programmes leur permettant de répondre aux attentes sociétales. Il faut notamment mettre en place un programme pour permettre aux productions animales de se conformer aux nouvelles exigences de bien-être animal. Cet appui du gouvernement contribuerait à limiter la hausse de l’endettement des fermes laitières, favorisant ainsi une croissance moins élevée des coûts de production et, conséquemment, à maintenir l’accessibilité des produits laitiers pour les consommateurs.
Paul St-Pierre Plamondon a promis de s’attaquer à la lourdeur administrative. Il trouvera en nous un allié à cet effet, puisqu’il y a de nombreuses années que nous plaidons pour un allégement bureaucratique, tout en protégeant les règles nécessaires à la mise en marché ordonnée des produits agricoles et en respectant les normes sanitaires et d’étiquetage absolument nécessaires à la confiance des consommateurs envers notre industrie. À ce chapitre, il y aurait intérêt à revoir le règlement découlant de la loi 112 sur le commerce entre les provinces pour en exclure les produits laitiers.
Ces demandes avaient déjà été formulées pendant la campagne électorale et nous avions trouvé une réception attentive. Il faudra continuer d’en parler avec le nouveau gouvernement, bien entendu, mais également avec les partis d’opposition. Les prochaines semaines, les prochains mois seront riches en actualité politique. Nos enjeux sont importants pour le futur de la production laitière québécoise et pour nos régions, ils ne peuvent être balayés sous le tapis.
Maintenant que la campagne électorale est derrière nous, il est temps d’agir. Nous sommes conscients qu’un gouvernement minoritaire détient une marge de manœuvre moindre qu’un gouvernement majoritaire. Or ce que nous demandons, c’est plus de soutien, financier et administratif, pour ceux qui nourrissent le Québec et qui font vivre son économie partout sur le territoire. Nous sommes d’avis que tous les partis à l’Assemblée nationale peuvent faire consensus sur l’importance de protéger notre garde-manger, d’améliorer l’occupation du territoire, de créer de la prospérité dans toutes les régions et de progresser vers notre souveraineté alimentaire. Il ne tient qu’aux députés nouvellement élus de l’Assemblée nationale de poser les gestes nécessaires en ce sens.