Une croissance inespérée pour la Ferme Larard

La Ferme Larard de Saint-Félix-de-Dalquier en Abitibi-Témiscamingue a fait du chemin depuis 10 ans. Son quota est passé de 20,9 à 70,45 kilos, les propriétaires ont construit une étable avec traite robotisée et une fromagerie a vu le jour sur le site même de la ferme. Récit d’une belle réussite familiale.

La Ferme Larard a fait l’objet d’un reportage dans la revue Le producteur de lait québécois en novembre 2015. Les frères Benoit et Louis Larochelle y racontaient comment ils avaient repris, en 2008, la ferme de leurs grands-parents avec leur mère Gisèle Girard. De 8,25 kilos de quota lors du transfert de l’entreprise, ils avaient atteint 20,9 kilos en 2015. Les trois propriétaires souhaitaient à l’époque continuer à prendre de l’expansion, mais ils étaient loin de s’imaginer que l’entreprise deviendrait ce qu’elle est aujourd’hui.

Une étable robotisée, des jerseys et plus de quota

Jusqu’ici la croissance de l’entreprise avait pu être réalisée dans le bâtiment construit par les grands-parents de Benoit et Louis. Mais, pour continuer cette belle lancée, les producteurs ont dû se rendre à l’évidence, en 2017, que des changements s’imposaient. L’étable avait atteint sa pleine capacité avec ses 40 vaches en lactation et le système de traite se faisait vieux. « Il fallait faire un saut et moderniser l’entreprise, raconte Benoit. Tant qu’à construire, on s’est dit qu’on allait aller en traite robotisée avec des animaux libres. C’est un choix qui allait me permettre aussi d’avoir plus de temps pour les travaux aux champs et les autres tâches à la ferme. »

Sans trop d’attentes, les producteurs ont déposé, en 2018, le projet de construction d’un nouveau complexe laitier au Programme d’investissement pour les fermes laitières (PIFL) offert par le gouvernement fédéral. « À notre plus grande surprise, on a été acceptés, dit Louis. C’est là que le projet a décollé. On s’est assis pour évaluer les coûts de construction et on a travaillé avec des professionnels pour mieux s’enligner. Benoit a aussi visité les fermes de plusieurs de ses anciens collègues de l’ITAQ pour choisir le bon type d’infrastructure. »

Parallèlement, la fromagerie Boréalait prenait son envol. Ce projet imaginé et réalisé par Évelyne Rancourt, la conjointe de Benoit, allait permettre de transformer le lait de la Ferme Larard (voir encadré). « En février 2019, on a ouvert la fromagerie et en mai de la même année, on a commencé la construction de la nouvelle étable », précise Benoit. C’est finalement le 5 mars 2020 que les animaux ont pu entrer dans le nouveau bâtiment. « La transition a vraiment bien été, dit-il, même les plus vieilles vaches se sont adaptées rapidement au robot. Elles sont intelligentes, elles ont vite compris comment ça fonctionnait. » Le producteur voit d’ailleurs beaucoup de bénéfices à la robotisation. Il affirme entre autres que la longévité des vaches s’est améliorée de même que la productivité du troupeau.

Au fil des ans, les entrepreneurs se sont aussi procuré du quota en continu dans le but d’utiliser le plein potentiel du robot et du bâtiment. Pour les aider à atteindre les 70,45 kilos qu’ils possèdent actuellement, ils ont pu profiter des nouvelles règles de négociabilité et de transferts des quotas par le Système centralisé de vente de quota (SCVQ). Cette politique a été modifiée dans le but de favoriser la rétention du quota dans deux régions où on observe une diminution marquée du nombre d’entreprises laitières, dont l’Abitibi-Témiscamingue. « Une chance qu’on a eu cette priorité régionale, souligne Benoît, sinon on ne serait pas où on est aujourd’hui. »

Le troupeau de la Ferme Larard compte 125 têtes, dont 68 vaches en lactation, toutes de race jersey. Le bâtiment muni de 70 logettes est donc utilisé à sa pleine capacité. « On est arrivés à maximiser l’infrastructure, il y a deux ans environ », dit Louis. Les producteurs ont aussi conservé l’ancienne étable construite par leurs grands-parents pour loger les vaches taries, la relève et la pouponnière.

Le passage de la holstein vers la jersey s’est fait entre 2008 et 2015. Louis explique : « C’est la meilleure décision d’affaires qu’on a prise. C’est une vache qui est beaucoup plus docile et facilitante, autant pour la gestion du troupeau que la nouvelle étable. Et pour Boréalait, le rendement fromager de la jersey est beaucoup plus intéressant, évidemment. »

La nouvelle étable robotisée loge 68 vaches en lactation, toutes de race jersey.

Un employé pour soutenir l’expansion

La robotisation a-t-elle finalement permis à Benoit d’alléger son horaire? « J’ai gagné du temps, mais je l’ai vite rempli », répond-il en riant. L’expansion de la ferme lui a toutefois permis en 2019 d’embaucher Gelber Francisco, un travailleur étranger temporaire guatémaltèque qui est présent chaque année de mai à janvier. Grâce à cet employé de confiance, Benoit peut consacrer plus de temps à ses champs et ses terres. L’entreprise possède 2000 acres de terres, dont 700 en culture, majoritairement destinés à la production fourragère. De 150 à 200 acres sont également utilisés pour les céréales.

Une partie de ces terres a été acquise en 2022 lors de l’achat d’une ferme bovine à proximité. L’acquisition comprend cinq terres, une résidence et une étable froide. C’était une belle opportunité qu’ils ne pouvaient pas laisser passer pour augmenter leurs superficies en céréales et diversifier leurs revenus.

L’optimisation des terres est d’ailleurs l’une de leurs priorités. Benoit précise : « On essaie d’améliorer les champs pour nourrir notre troupeau de mieux en mieux. On fait principalement du drainage, du nivelage et on a la chance d’avoir de la cendre comme élément chaulant. Ça me demande beaucoup de temps, mais c’est quelque chose que j’aime faire. »

« À court et moyen terme, on veut aussi maximiser la productivité et la rentabilité de l’entreprise », ajoute Louis. Pour les projets à plus long terme, les deux frères attendront de voir si la ferme aura de la relève. « J’ai quatre gars et une fille, âgés de 3 à 15 ans, dit Benoit. Les garçons m’aident beaucoup l’été durant les foins. Éloi, le plus vieux, parle d’aller à l’école d’agriculture, donc peut-être qu’il serait intéressé. Mais je les pousse pas. Ils vont choisir ce qu’ils veulent faire. »

La famille avant tout

Si les Larochelle réussissent bien, c’est, selon eux, surtout grâce à leur équipe de travail. « On se complète bien. Avoir les bonnes personnes aux bonnes places, c’est vraiment la clé du succès », affirme Louis.

Benoit travaille à temps plein dans l’entreprise et s’occupe de la gestion du troupeau, des champs et de la mécanique. « C’est un entrepreneur, il voit les affaires d’avance, dit son frère. C’est lui qui a amené l’idée des jerseys et de la robotisation. Même chose pour l’acquisition des terres dans le fond du rang. Il a beaucoup de travail à faire sur ces terres, mais ça le dérange pas, parce qu’il voit le potentiel. »

« Moi, je suis plus cartésien. Je m’occupe du volet administratif de l’entreprise », poursuit-il. Louis fait la tenue de livres et l’analyse de la rentabilité et la faisabilité des projets, tout en occupant un emploi à temps plein à l’extérieur.

Gisèle et son conjoint Jacques sont aussi très impliqués dans l’entreprise. « Notre père est là tous les jours. C’est notre grand mécano. Il est très polyvalent et il s’occupe de tout dans la ferme, autant de la machinerie que des animaux, dit Louis. C’est probablement lui qui connait le plus tous les racoins de la ferme. »

Benoit et Louis ont deux frères et une soeur qui viennent également aider de temps à autre et faire un tour à la ferme. Leur frère Alain est notamment entrepreneur en excavation et se rend disponible quand des travaux de la sorte sont nécessaires à la ferme. « Notre entreprise fonctionne bien à cause de notre famille, résume Benoit. C’est notre grand atout. Je suis fier qu’on ait pu maintenir nos liens et continuer la ferme. »

Louis renchérit : « On n’aurait jamais pensé avoir une entreprise laitière d’une aussi grande envergure. Notre projet de robotisation a amené de belles réalisations qui font que l’entreprise se positionne bien aujourd’hui. Mais assurer la pérennité de l’entreprise tout le monde ensemble, c’est notre plus grande fierté. »

Pour Gisèle qui a grandi sur la terre familiale, le scénario actuel est inespéré : « Mon père a acheté ce lopin de terre en 1949, c’était du bois à la grandeur et il a travaillé très dur avec ma mère pour l’arranger. Dans les dernières années de sa vie, il avait de grands espoirs que la ferme continue, mais je pense qu’il serait surpris de voir comment elle s’est agrandie. »

« Je suis fière de tout ce que l’entreprise est devenue, de tout ce que mes enfants ont réalisé, de mes belles-filles et de mes petits-enfants, poursuit-elle. Quand je pense à tout le travail que Benoit fait pendant une journée ou une année avec Louis qui l’épaule ou avec un autre de ses frères, je trouve que c’est plus qu’une fierté, c’est un grand respect pour ce que mon père a fait pendant des années. Oui, c’est plus qu’une fierté, c’est un rêve. »

Boréalait : Le rêve d’Évelyne

Évelyne Rancourt est la conjointe de Benoit Larochelle, un des copropriétaires de la Ferme Larard. Elle a grandi dans une ferme laitière et est diplômée en agronomie. Elle affirme avec enthousiasme : « J’ai la production laitière tatouée sur le coeur. Je n’ai pas pu reprendre la ferme familiale, mais je voulais être entrepreneure. J’ai eu beaucoup d’idées, mais rien ne correspondait vraiment à mon parcours. » C’est à 25 ans, durant un voyage en Europe qu’elle a trouvé une piste! « Boréalait, c’est parti d’un petit pot de yogourt! Quand j’ai goûté au yogourt en France, je l’ai trouvé vraiment bon et je trouvais qu’on n’avait pas l’équivalent ici, raconte-t-elle. J’ai ramené le pot de grès à Benoit et je lui ai dit que ce serait le fun qu’on fasse du yogourt comme ça chez nous. »

Les années suivantes ont été bien occupées. Le couple a eu des enfants, la ferme a commencé à prendre de l’expansion et le changement de troupeau vers la jersey a été fait. Le projet continuait de germer dans la tête d’Évelyne. « Au départ, je voulais me différencier avec le yogourt. C’était ma prétention de faire le meilleur au Québec, rien de moins », poursuit-elle en souriant.

C’est toutefois le fromage en grains qui a été le premier produit phare de Boréalait. « Je vais toujours m’en souvenir. On a ouvert le 7 février 2019 à 16 h en pleine tempête de neige, raconte Évelyne. Il y avait un line-up dehors et on a écoulé tous nos stocks. Je capotais ma vie. La réponse des gens a été géniale. »

Le lait, le lait au chocolat et le yogourt se sont ensuite ajoutés à l’offre de Boréalait. « C’est une belle histoire d’amour avec la région depuis le début. Les gens reviennent chercher leurs produits », dit-elle. L’entreprise ne pourrait toutefois être viable uniquement avec la boutique. « On a 60 points de vente dans la région, de Matagami au nord jusqu’à Lorrainville au sud, et on fait nous-mêmes la distribution », précise Évelyne. Depuis quelques semaines, le yogourt Boréalait est même vendu dans des commerces montréalais, un souhait que chérissait Évelyne depuis longtemps.

Benoit et elle sont les copropriétaires de Boréalait. Ils embauchent actuellement six employés, la moitié à temps plein et l’autre à temps partiel. Durant l’été, Boréalait transforme de 75 à 80 % du lait de la Ferme Larard et durant l’hiver, environ 60 %. « Quand je vois une personne choisir un de nos produits à l’épicerie ou que j’entends les gens parler de Boréalait, ça me touche au coeur. Je suis fière de faire partie de notre territoire gourmand et de représenter l’Abitibi-Témiscamingue sur le plan culinaire », conclut Évelyne.

Boréalait est située sur le site même de la Ferme Larard. L’été, ils y transforment de 75 à 80 % du lait de la ferme et l’hiver, 60 %. Sur la photo : Évelyne et Benoit avec leur fille, Léonie.