La formulation de rations est essentielle pour atteindre les objectifs de production, qu’il s’agisse de maximiser la production de lait ou d’améliorer le rendement en composantes. L’échantillonnage et l’analyse des aliments sont des étapes essentielles de ce processus, en particulier pendant les périodes de nouvelles coupes d’ensilage de foin et de récolte d’ensilage de maïs.
Cependant, il est important de considérer la question suivante : comment pouvons-nous être sûrs que ces analyses représentent réellement la composition de la ration? Étant donné que les silos contiennent des tonnes d’aliments, comment un échantillon de quelques grammes peut-il fidèlement en refléter leur contenu total?
Comprendre les variations de résultats et la composition des aliments peut aider à maintenir une ration plus constante, réduisant ainsi les fluctuations d’apport en nutriments qui pourraient affecter le rendement et la composition du lait.
Un même aliment peut-il donner des résultats d’analyse différents?
Le processus est simple : prélever un échantillon, l’envoyer au laboratoire, obtenir les résultats et mettre à jour la ration en fonction des nouveaux résultats, si nécessaire. Cependant, si nous prélevons 10 fois un échantillon dans le silo et que nous envoyons ces 10 échantillons au laboratoire, nous obtiendrons sûrement 10 résultats similaires, mais probablement pas 10 résultats identiques. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette variation : nous testons une nouvelle coupe de fourrage, l’échantillon provient d’une partie différente du champ avec une maturité différente, la variation dans le temps, la variation de l’échantillonnage, ou encore des erreurs aléatoires au laboratoire.
Des chercheurs ont testé des ensilages de maïs et de foin quotidiennement pendant 14 jours afin d’estimer le pourcentage de la variation totale, expliqué par la variation journalière, l’échantillonnage et l’analyse de laboratoire. Le tableau 1 présente leurs résultats. Les laboratoires suivent normalement des protocoles standardisés afin que la variation attribuée à leurs procédures soit faible et moins problématique lors de la formulation des rations. Il faut toutefois éviter d’envoyer des échantillons à différents laboratoires. Trouvez un laboratoire en qui vous avez confiance et tenez-vous-en à lui.
En revanche, la variation due à l’échantillonnage est critique et peut mener à des erreurs de formulation des rations. La qualité d’un test dépend de celle de l’échantillon prélevé. La variation attribuée à l’échantillonnage peut être due à l’expertise de l’échantillonneur, à la technique d’échantillonnage et aux ingrédients échantillonnés. L’ensilage de maïs, par exemple, peut présenter une plus grande variation d’échantillonnage en raison de son mélange de particules qui diffèrent en forme, en taille, en densité et en composition en nutriments. Un échantillon contenant davantage de grains peut aussi mener à des résultats qui indiquent une plus grande teneur en amidon que la composition réelle du silo.
Quelle variation de nutriments les vaches peuvent-elles supporter?
Bien qu’elle soit inévitable, il est essentiel de comprendre quelle quantité de variation les vaches peuvent tolérer sans que leurs performances soient négativement affectées. Les vaches aiment la constance : elles reçoivent chaque jour le même régime alimentaire, au même moment. Les chercheurs démontrent qu’avec les mêmes teneurs moyennes en nutriments, une alimentation irrégulière peut réduire la consommation et la production de lait. Par exemple, une ration qui contient 4,8 % de gras pendant 4 jours, suivie d’une ration contenant 7 % de gras pendant 4 jours, puis d’un retour à 4,8 % de gras et de la répétition de ce cycle pendant 3 semaines entraîne une réduction de l’ingestion de matière sèche et de la production de lait de 1 kg/jour par rapport à une concentration de gras stable à 5,8 % pendant la même période. Même si les deux groupes reçoivent en moyenne la même concentration de gras au cours de cette période, la variation de la concentration a une influence sur les animaux.
La variation de la matière sèche, souvent influencée par les conditions météorologiques telles que la pluie et la neige, peut également avoir un impact sur les vaches. Les chercheurs ont ajouté de l’eau à l’ensilage de maïs pendant quelques jours sur une période de 21 jours. L’ensilage plus humide contenait 1,5 unité de pourcentage de moins de NDF, 2 unités de pourcentage de plus d’amidon et 0,1 unité de pourcentage de plus de protéines brutes. Au début, les vaches ont réduit leur consommation lorsqu’elles ont reçu le régime plus humide, et il leur a fallu quelques jours pour récupérer leur production. Lorsqu’elles sont revenues à la ration normale (sans eau), la consommation des vaches a augmenté, entraînant une hausse de la production laitière. L’augmentation de la consommation peut mener à une mangeoire vide plus rapidement, laissant les vaches sans nourriture si la consommation n’est pas surveillée de près. Par conséquent, la gestion de la mangeoire est essentielle pour garantir aux vaches un accès constant aux aliments et pour éviter les fluctuations de la production dues aux changements de composition des aliments liés aux conditions météorologiques.
Stratégies de réduction de la variabilité dans la composition des aliments
1 – Instaurer de bonnes pratiques d’échantillonnage
Les procédures d’échantillonnage doivent éviter la séparation des différentes particules, ce qui pourrait faire augmenter la variation de l’échantillonnage si les différentes particules ont des compositions nutritives différentes. Par exemple, lorsque l’échantillon est prélevé avec la paume tournée vers le bas, les plus petites particules s’échappent entre les doigts, ce qui peut réduire la concentration d’amidon mesurée, et donc augmenter la concentration de NDF dans l’analyse, mais il ne représente pas ce qui se trouve réellement dans le silo. N’oubliez pas qu’en raison de leur taille et de leur densité, les particules les plus grosses ont tendance à se retrouver au haut de la pile et les plus petites au bas.
Pour que l’échantillonnage soit efficace, il faut mélanger les aliments avant de prélever l’échantillon. Le fait de prélever des échantillons dans différentes parties du silo et de les mélanger permet d’obtenir une meilleure représentation du contenu global de celui-ci. Si nous prélevons seulement des échantillons sur la face du silo, l’échantillon représentera seulement cet endroit spécifique.
Les meilleures procédures d’échantillonnage dépendent du type de silo. Pour les silos-tours, il est recommandé de prendre des poignées d’ensilage sur le convoyeur de sortie du silo ou sur le chariot d’alimentation, ou de faire tomber l’ensilage dans un contenant, de le mélanger et de prélever l’échantillon. Concernant les silos-couloirs, il est recommandé d’utiliser le tracteur pour nettoyer la face du silo, puis de prélever 5 à 8 poignées sur le tas d’ensilage au sol, de les placer dans un récipient propre, de bien les mélanger et de prélever l’échantillon à partir du récipient. En revanche, pour l’ensilage en balles, il est recommandé d’utiliser une sonde d’un diamètre de 30 mm et d’une longueur de 30 à 60 cm. Après avoir coupé la pellicule plastique, insérez la sonde à un angle de 90 degrés et prélevez l’échantillon. Répétez de 5 à 10 fois, mélangez et prélevez l’échantillon. Si vous utilisez une RTM, il est recommandé de prélever des échantillons dans le godet de la chargeuse durant la préparation de la RTM, ce qui représente généralement mieux la composition de l’ensilage.
2 – Augmenter la fréquence d’échantillonnage
L’un des moyens les plus efficaces de réduire la variabilité de l’alimentation est d’augmenter la fréquence d’échantillonnage. La fréquence idéale d’échantillonnage dépend de la taille du troupeau : pour les troupeaux de 50 vaches, il est recommandé d’échantillonner une fois par mois, pour les troupeaux de 100 vaches, toutes les deux semaines, et pour les troupeaux de 200 vaches, toutes les semaines. En augmentant la fréquence des échantillons, les producteurs peuvent réduire la variabilité des données, ce qui permet d’identifier plus facilement la véritable valeur nutritionnelle de l’aliment. Cette approche permet également de minimiser l’impact de la variation qui peut conduire à des conclusions erronées sur la qualité des aliments.
3 – Gérer les variations de la taille des particules des aliments
Les aliments qui présentent plus de variation dans la taille des particules sont plus enclins aux erreurs d’échantillonnage. Un échantillonnage plus fréquent est donc nécessaire pour obtenir un échantillon qui reflète fidèlement la qualité globale de l’aliment.
4 – Utiliser des références fiables en matière d’alimentation animale
Lorsqu’il s’agit d’aliments dont la variabilité est plus faible, comme le maïs sec, la farine de soja et les écales de soja, il est souvent plus rentable et plus fiable d’utiliser des valeurs de référence établies plutôt que de procéder à des analyses approfondies. Ces valeurs de référence, que l’on trouve dans les livres et les bases de données sur la nutrition, constituent une base cohérente pour la formulation des aliments sans qu’il soit nécessaire de procéder à des échantillonnages fréquents.
En revanche, pour les aliments présentant plus de variabilité, comme les fourrages, il est essentiel de procéder à des échantillonnages fréquents. Cette approche permet de garantir que la ration formulée pour les vaches est aussi adéquate que possible.