Depuis l’automne 2025, la demande pour les produits laitiers à haute teneur en protéine explose et bouscule notre chaine de production. Ces produits sont abordables et nutritifs, ce qui leur permet d’être choisis par rapport à d’autres aliments protéinés à l’épicerie. Ce changement dans l’alimentation permet donc à l’industrie d’exploiter de plus en plus une composante du lait : la protéine. Les producteurs de lait ont là une opportunité de répondre à la demande des transformateurs et, par le fait même, à celle des consommateurs.
Comment adapter sa production pour répondre à la demande?
La production laitière d’une vache est principalement influencée par la santé, le confort, l’alimentation et la génétique. C’est cette dernière qui crée le potentiel et qui permet aux autres éléments de s’exprimer afin de maximiser le rendement de l’animal.
Génétique et alimentation : qui influence quoi?
La génétique explique 30 à 40 % de la variation des performances, notamment pour les composantes gras et protéine. L’alimentation explique 50 à 60 % de la variation, car elle permet l’expression du potentiel génétique, mais elle ne peut pas dépasser ce potentiel inné.
En effet, la génétique crée le potentiel, alors que la régie et l’alimentation lui permettent de s’exprimer. On ne peut pas « acheter » une hausse durable de la protéine à coups d’aliments.
Seule la génétique crée un potentiel permanent et transmissible de génération en génération. La génétique devient donc un levier stratégique, car elle influence directement la capacité d’une vache produire de la protéine.
Héritabilité : c’est le gras ou la protéine qui répond le plus rapidement?
Nous avons été témoins d’une augmentation marquée du gras dans les dernières années en raison d’une emphase génétique sur cette composante. La bonne nouvelle est que l’héritabilité, qui se définit comme la vitesse de réponse à la sélection d’un critère, est aussi élevée et même plus pour la protéine que pour le gras dans certaines races, comme illustré dans le tableau 1.
Définir et mettre en place un plan génétique est essentiel
Depuis plusieurs années, les producteurs laitiers, en bons gestionnaires d’entreprise, dressent des budgets financiers, un programme alimentaire, des planifications laitières et un Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) pour la culture des champs. Nul ne penserait réussir sans une bonne planification et un suivi adéquat. Parfois oublié, parmi tous les éléments qui contribuent à différencier les meilleurs, le plan génétique permet de bien cibler l’objectif à atteindre au point de vue de l’élevage ainsi que les façons et la rapidité à laquelle on veut atteindre nos buts. Tout comme dans les autres domaines de la production, des conseillers en génétique qualifiés et équipés d’outils à la fine pointe sont disponibles pour accompagner les producteurs dans l’élaboration et la réalisation de plans génétiques spécifiques pour leurs troupeaux.
Pour commencer, on doit savoir d’où on part!
Pour établir un bon plan génétique, il faut premièrement savoir :
- Quel est le potentiel génétique de votre troupeau?
- Où se situe votre troupeau laitier par rapport à la moyenne canadienne?
- Quel est le potentiel génétique en lait, en gras et surtout en protéine de la relève?
L’évaluation du potentiel permet de mieux cibler les forces et les faiblesses d’un troupeau ainsi que de sa relève. Dans l’exemple du tableau 2, le troupeau évalué se situe au-dessus de la moyenne des troupeaux canadiens de vaches laitières pour les kilogrammes de protéine (34 vs 25) et possède naturellement un meilleur potentiel avec les taures que les vaches (42 vs 28).
Déterminer ses objectifs
Deuxièmement, il faut déterminer les meilleurs objectifs propres à son troupeau. Présentement, la cible principale des entreprises laitières du Québec est d’améliorer le potentiel génétique en faveur de la protéine dans le lait. Pour y arriver, vous devez cibler un groupe restreint de mâles élites de la race dominante pour ce caractère, tout en n’oubliant pas la production totale de l’animal.
Vouloir augmenter le taux de protéine dans son ratio est un bon objectif, mais il est également important de conserver un équilibre dans les indices génétiques recherchés pour les kilogrammes de lait, de gras et de protéine, ce qui vous permettra d’être prêt pour un éventuel changement du marché. L’expérience récente nous démontre que les habitudes alimentaires des consommateurs pourraient changer au cours des prochaines années. Vous pouvez voir dans le tableau 3 la moyenne d’un groupe de taureaux présentant un fort potentiel génétique pour la protéine, de même que pour le gras et les kilogrammes de lait.
Le géniteur choisi lors d’un croisement est très important, mais il n’affecte que la moitié du potentiel génétique du veau à naître. L’autre 50 % de votre réussite proviendra du choix de la femelle. Pour sélectionner les femelles possédant le meilleur potentiel génétique en protéine, plusieurs outils sont disponibles. On n’a qu’à penser à la classification et au contrôle laitier qui permettent de comparer les vaches selon leurs performances. Toutefois, pour maximiser l’avancement génétique, on ne peut ignorer l’importance du génotypage.
En effet, le génotypage permet de préciser le potentiel d’un animal. Grâce à ce résultat, la fiabilité de l’indice génétique passe de 30 % à 70 %, et ce, dès l’âge de 2 mois. Cet outil indispensable, combiné à un plan bien établi, permet d’accélérer le progrès génétique de façon significative. Disponible depuis 2009 au Canada, le génotypage a permis de doubler le potentiel génétique pour les composantes de gras et de protéine des mâles. Pourtant, il n’est utilisé que par 20 % des fermes laitières. Il s’agit là d’un élément important d’un bon plan génétique, car il permet d’optimiser la sélection et le gain génétique du troupeau.
L’utilisation de la semence sexée femelle des taureaux élites de la race combinée aux femelles ayant le plus haut potentiel génétique du troupeau représente la solution optimale à l’avancement génétique. Avec cette stratégie, on peut s’assurer d’avoir des femelles de nos meilleures vaches et d’accoupler les femelles à bas niveau génétique avec un taureau de boucherie afin d’obtenir un revenu très appréciable par la vente du veau. Le tableau 4 présente un exemple réel de pourcentage de progrès relatif attendu par caractère pour la prochaine génération. Plus précisément, pour le gras et la protéine, on observe un gain de 56,4 % et de 66,4 % grâce à l’utilisation d’une stratégie combinant l’utilisation de semence sexée dans les meilleurs sujets et de la semence de boucherie dans les moins bons.
Passer à la vitesse rapide
Pour le producteur voulant un progrès rapide et mesurable, les embryons représentent le produit le plus puissant pour maximiser la protéine. Au lieu d’avoir une femelle par année de la meilleure vache du troupeau, la fécondation in vitro permet de quintupler ce nombre en implantant les embryons produits par cette vache dans les femelles qu’on ne souhaite pas élever. Encore une fois, le génotypage permet d’identifier plus précisément les meilleures. Une autre possibilité s’offre à vous : acheter des embryons des meilleures femelles se classant dans le 1 % supérieur de la race en ciblant directement des embryons hauts en protéine, ce qui augmentera drastiquement le potentiel génétique du troupeau en une seule génération. Les embryons sont le raccourci génétique le plus rapide et efficace vers le gain d’un ratio le plus rentable.
Le potentiel génétique de deux troupeaux que nous accompagnons est présenté dans les tableaux 5 et 6. Le tableau 5 montre le potentiel génétique d’un troupeau ayant adopté une stratégie qui inclut de la semence sexée et le tableau 6 montre les résultats obtenus par l’utilisation d’embryons à fort potentiel génétique.
Le nouveau système de paiement du lait ne récompense plus les volumes, mais la qualité du lait, particulièrement la protéine. Les producteurs qui seront favorisés sont ceux qui agissent maintenant.
Dans ce contexte, viser un ratio cible uniquement en diminuant le taux de gras générera des gains faibles et exigera souvent plus de vaches, ce qui augmente les coûts. À l’inverse, en augmentant les kilogrammes de protéine, vous obtiendrez les plus grands gains à quota égal, sans accroître le nombre d’animaux.
Le plan génétique devient donc un moyen efficace et durable d’augmenter votre revenu sans alourdir les charges financières, bien au contraire. Le plan génétique est le levier le plus rentable dans les circonstances. Le meilleur moment pour construire un troupeau optimisé en protéine, c’est maintenant. Un bon conseiller en génétique saura vous proposer les meilleures stratégies adaptées à votre troupeau.