À quel âge faire vêler les taures?

«Vingt-deux mois demeure un objectif pertinent à condition d’avoir le gain moyen quotidien voulu. Sinon, vous allez payer pour ça pendant très longtemps. »

On a eu tendance ces dernières années à faire vêler nos taures plus jeunes. Il n’est plus rare de voir des élevages maintenir un âge moyen de 22 mois au premier vêlage. Les bénéfices potentiels de cette pratique sont évidents. En amorçant sa lactation plus tôt, l’animal génère des revenus plus vite. De plus, cela permet de réduire l’inventaire de taures. Enfin les dépenses d’alimentation des taures diminuent.

Faire vêler les taures plus tôt n’est toutefois pas sans risque. C’est la mise en garde qu’a faite le Dr Gavin Staley lors du Rendez-vous laitier de l’AQINAC en mars dernier. Ce vétérinaire américain a en effet observé que bon nombre d’éleveurs de la Californie – la région où il pratique – se sont tirés dans le pied en devançant les premiers vêlages. L’explication? « Leurs taures n’avaient pas atteint une maturité suffisante au moment de vêler, rapporte-t-il. Il y avait un décalage énorme entre l’âge au premier vêlage et le gain moyen quotidien. »

Des contrecoups

Le vétérinaire affirme que le manque de maturité au premier vêlage entraîne plusieurs conséquences négatives. La première, c’est une chute de productivité. Il cite à ce propos une recherche réalisée en 2013, où l’effet de l’immaturité des taures était bien visible. Il propose une règle du pouce intéressante : pour chaque kilo de poids manquant à une taure à son premier vêlage, il faut s’attendre à un déficit de production de lait de 7,5 kilos. Il ne faut pas s’en étonner, dit le vétérinaire en rappelant l’ordre de priorité dans lequel l’animal utilise les nutriments qu’il consomme : l’entretien, le développement des os et des muscles, la reproduction et enfin, la lactation.

On pourrait croire que la taure qui vêle sans avoir la maturité souhaitée comblera son déficit de production lors des lactations suivantes. S’appuyant sur plusieurs études scientifiques, le vétérinaire soutient que ce n’est absolument pas le cas. « La perte de productivité se poursuivra aux lactations suivantes, dit-il. Avec une taure, il n’y a pas de bouton reset qui permet de repartir à neuf. Le retard de production est irrécupérable. »

La taure immature au moment du vêlage va poursuivre son développement pendant la lactation. Sauf que celui-ci sera beaucoup plus lent qu’avant la mise bas. « Son gain moyen quotidien sera sept fois plus faible qu’avant le vêlage, indique le vétérinaire. Il faudra pratiquement une lactation supplémentaire à la taure pour se rattraper sur ce plan. Et c’est un développement qui coûte cher. »

Le Dr Staley s’attaque aussi à cette croyance selon laquelle les taures qui vêlent jeunes ont une vie productive plus longue. En réalité, si elles sont immatures, c’est l’opposé qui se produit : elles sont plus souvent réformées. Finalement, il signale que la performance de reproduction des taures immatures est moins bonne.

Adapter la régie

Le spécialiste ne voudrait surtout pas donner l’impression qu’il s’oppose au vêlage hâtif. « L’objectif doit demeurer de vêler le plus tôt possible, lance-t-il. Vingt-deux mois demeure un objectif pertinent à condition d’avoir le gain moyen quotidien voulu. Sinon, vous allez payer pour cela pendant très longtemps. »

« L’erreur de plusieurs producteurs, ajoute-t-il, a été de ne pas ajuster leur régie en fonction du vêlage hâtif. »

Sur quoi se baser pour déterminer si une taure a atteint la maturité requise à son premier vêlage? Le vétérinaire fournit deux repères : le poids au prévêlage (après 260 jours de gestation) devrait équivaloir à 95 % du poids vif moyen des vaches à maturité alors qu’après le vêlage, il devrait représenter 85 % de ce poids moyen. Le poids moyen à maturité est basé sur le poids des vaches en troisième ou quatrième lactation, 80 à 120 jours après la mise bas. À partir du poids moyen à maturité et du poids de l’animal à sa naissance, il est facile de calculer le gain moyen quotidien qui permettra de s’assurer que les taures atteignent la maturité voulue au premier vêlage.

Le Dr Staley Gain souligne qu’il est important de surveiller le développement de la stature de la taure. « C’est facile d’engraisser une taure, dit-il. Ce qu’on veut, c’est que le gain de poids résulte d’un bon développement de la charpente. » Il recommande aussi de se fixer des objectifs aux différentes étapes du développement de l’animal.

Le vétérinaire termine en donnant trois conseils aux producteurs recherchant des premiers vêlages hâtifs. Un : se focaliser sur le gain de poids plutôt que sur la santé des taures. « Dans le passé, on a plutôt eu tendance à évaluer le succès en élevage par le taux de mortalité », déplore-t-il. Deux : fournir aux taures des aliments de qualité. « Si vous leur servez de la broche, ne vous attendez pas à une performance », prévient-il. Trois : donner de l’espace aux taures. Il constate que certains ont tendance à surcharger les enclos.

Remerciements

La rédaction de cet article n’aurait pu être possible sans la collaboration de l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC) qui nous a donné accès gracieusement aux conférences offertes durant le Rendez-vous laitier. Merci!