Pour éviter les cas de rage

Les cas de rage du raton laveur ont augmenté au Québec depuis 2024. Voyons comment protéger votre troupeau, reconnaître les signes de la maladie et la marche à suivre si vous pensez qu’une de vos vaches en est atteinte.

La rage est une maladie virale qui s’attaque au système nerveux central des mammifères, y compris des humains. C’est une maladie grave, car lorsque ses signes cliniques ou symptômes se manifestent chez le patient, elle est toujours fatale. La prévention est donc primordiale.

Au Canada, les animaux sauvages vecteurs de la rage sont les chauves-souris, les renards, les moufettes et les ratons laveurs. Il existe plusieurs variants du virus pouvant affecter tous les mammifères, sans égard à l’espèce : variant de la chauve-souris, du renard arctique et du raton laveur. Le variant du virus de la rage du raton laveur, en provenance du Vermont, est de nouveau plus présent au Québec depuis 2024. Depuis janvier 2026, au moins 71 cas ont été détectés en Estrie et en Montérégie (voir tableau 1). Les cas confirmés ne représentent qu’une infime partie des animaux infectés. L’absence de cas de rage confirmé dans une région ne signifie pas que le virus n’y circule pas. Le risque de retrouver un animal infecté par le virus rabique existe partout au Québec.

Comment se transmet la rage?

Le virus de la rage se transmet par la salive d’un animal infecté lors d’une morsure ou d’une égratignure, par une plaie ouverte ou un contact avec des muqueuses, comme celles de la bouche, du nez ou de l’œil. Une fois introduit dans l’organisme, le virus se propage par les nerfs pour atteindre le système nerveux central et le cerveau où il se multiplie rapidement. Il envahit aussi les glandes salivaires et d’autres parties du corps pour causer des signes neurologiques souvent obscurs. Un animal infecté peut donc transmettre le virus rabique dès qu’il est présent dans sa salive, jusqu’à deux semaines avant l’apparition des premiers signes.

Heureusement, le virus de la rage est très fragile dans l’environnement. En effet, il est sensible à la dessiccation par la lumière solaire, les rayons ultraviolets, la chaleur, les désinfectants et les pH extrêmes. Toutefois, le froid permet sa conservation. Sa grande fragilité ne lui permet donc pas de survivre dans le milieu extérieur, ce qui rend la transmission indirecte (par un contact avec des objets contaminés par un animal infecté) très rare.

 

Quelle est la période d’incubation de la rage?

La période d’incubation (de l’exposition au virus à l’apparition de signes cliniques) peut durer de 8 jours à plusieurs mois. Sa durée dépend de nombreux facteurs, notamment la souche du virus et son site d’entrée. Pendant la période d’incubation, qui dure souvent moins de 20 jours chez le bétail, l’animal infecté ne démontre aucun signe clinique. Néanmoins, celui-ci peut commencer à transmettre la maladie (contagieux) quelques jours (maximum 10 jours) avant de montrer des signes cliniques. Dans la majorité des cas, les symptômes apparaissent 3 à 4 semaines après la contamination. Ainsi, un animal ayant l’air en santé peut tout de même transmettre la rage. Tout contact avec la salive d’un animal devrait donc être évité par mesure de précaution. Malheureusement, aucun test diagnostique ne peut détecter le virus de la rage pendant la période d’incubation ni durant la maladie du vivant de l’animal. Aucune analyse sanguine ni aucun autre test simple ne peut donc confirmer le diagnostic.

Quels sont les signes cliniques?

La rage ne se soigne pas : la mort est inévitable une fois que les signes cliniques apparaissent. Les animaux souffrant de rage peuvent présenter une variété de signes cliniques, mais le principal est un changement de comportement évoluant vers une paralysie progressive. Les signes d’une maladie infectieuse, comme la perte d’appétit, la fièvre et l’abattement, apparaissent ensuite. L’atteinte du système nerveux central explique les troubles de locomotion (perçus comme de la boiterie), la paralysie progressive ascendante et le ptyalisme (écoulements excessifs de salive). Contrairement aux croyances populaires, l’agressivité n’est pas toujours un symptôme de la rage. La maladie peut prendre deux formes : furieuse ou muette (paralytique).

La rage furieuse est la forme la plus connue et la plus facile à identifier. Les animaux atteints peuvent devenir très agités et agressifs, d’où l’expression « être enragé ». Durant l’évolution de la maladie, les périodes d’agitation alternent souvent avec des périodes de dépression et d’abattement. De plus, les animaux atteints peuvent s’attaquer à des objets inanimés et à d’autres animaux. Ils peuvent même se mordre ou s’automutiler. Les vaches en acétonémie nerveuse peuvent aussi présenter ce comportement d’automutilation ou de léchage compulsif. Il faut donc être vigilant si ces signes surviennent chez une vache non vaccinée, car il pourrait plutôt s’agir d’un cas de rage.

La rage muette (paralytique) est la forme de la maladie la plus dangereuse, car méconnue. Les animaux ainsi affectés peuvent sembler plutôt familiers et perdre leur crainte de l’humain au lieu de devenir agressifs, ce qui n’est pas rare pour une vache en santé qui côtoie régulièrement des humains. Ils peuvent s’isoler et sembler déprimés. De plus, les animaux normalement nocturnes peuvent changer leurs habitudes et sortir le jour. Il faut donc se méfier des animaux sauvages nocturnes qui se trouvent près ou dans les bâtiments durant le jour, comme les ratons laveurs et les chauves-souris.

Selon l’évolution de la maladie, les animaux enragés peuvent paralyser, surtout des muscles du cou et de la face, ce qui peut les faire baver et leur donner des expressions faciales anormales ou présenter un affaissement de la tête ou de la mâchoire. Chez les ruminants, ce signe pourrait être confondu avec ceux de la listériose, d’une infection des glandes salivaires, d’une impaction de l’œsophage ou de la gorge, d’une tumeur buccale ou d’un abcès dentaire. Il faut donc être prudent et porter des gants durant l’examen de la gueule des vaches ou l’administration de traitements oraux comme le propylène glycol, des bolus, un aimant, un pansement gastrique comme le kaolin ou des probiotiques.

Ces animaux infectés peuvent aussi paralyser plus ou moins totalement des membres postérieurs, causant de la boiterie, une démarche chancelante et même parfois une incapacité à se lever, le tout pouvant faire croire à une hypocalcémie ou une blessure aux pattes ou au dos. Certains démontrent des signes de paralysie de la vessie et de la queue, vus comme du ténesme et une difficulté à uriner ou à déféquer.

Dans les deux formes, il y a normalement changement du comportement alimentaire (intérêt pour les selles, le bois, le métal, etc.) et modification des sons émis (anomalies des beuglements ou des aboiements résultant de spasmes des cordes vocales). La rage est toujours fatale. Dans la majorité des cas, le décès par arrêt respiratoire survient 4 à 6 jours après le début des signes cliniques. Cette période peut être d’une très courte durée (24 heures) ou exceptionnellement longue (14 jours).

Que faire si on suspecte la rage?

Il faut prioritairement demeurer éloigné de tout animal à comportement anormal, par exemple un renard qui se laisse approcher en plein jour, sans méfiance, l’isoler des animaux de compagnie ou du bétail et éviter qu’il entre en contact avec des humains. Le diagnostic final de la rage doit être confirmé par des épreuves de laboratoire sur des pièces du système nerveux après la mort. Aucun test ne peut être fait sur des animaux vivants. Vous devez donc contacter votre médecin vétérinaire le plus rapidement possible pour qu’il puisse avertir le MAPAQ, puisqu’il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire au Canada.

Que faire si on a eu un contact avec un animal possiblement atteint de rage?

Si le traitement prophylactique est donné rapidement après une exposition à risque (salive) avec un animal soupçonné d’être enragé, la maladie chez l’humain peut être évitée. Ce traitement préventif postexposition comprend une vaccination et des injections d’anticorps antirabiques. Il est recommandé de laver immédiatement la blessure ou la partie de peau ayant été exposée au virus avec de l’eau et du savon désinfectant, comme de la chlorhexidine, et frotter vigoureusement pendant 10-15 minutes. Il faut également enlever tout vêtement susceptible d’avoir été contaminé. Bien sûr, il faut appeler le 811 le plus tôt possible pour une évaluation du risque.

Si un de vos animaux a été mordu par un animal possiblement atteint de rage, avertissez votre médecin vétérinaire. Il vous expliquera la marche à suivre au cas par cas. Selon l’histoire, le carnet de vaccination antirabique et l’examen physique de votre animal, le médecin vétérinaire peut proposer une quarantaine ou l’euthanasie humanitaire de l’animal mordu.

Comment peut-on limiter la propagation de la rage?

Le moyen le plus facile de limiter la propagation du virus rabique aux animaux de compagnie et au bétail est la vaccination selon les recommandations de votre médecin vétérinaire. Les éleveurs d’animaux ayant accès au pâturage dans les zones où des cas de rage ont été récemment diagnostiqués devraient considérer la vaccination. C’est le cas des fermes en Montérégie et en Estrie. Il est recommandé de vacciner les animaux gardés à l’intérieur, même si le risque apparent semble faible, car il est possible qu’un animal sauvage enragé s’introduise dans les bâtiments. Le vaccin contre la rage est très efficace sauf s’il est donné à un animal déjà en période d’incubation. Le pâturage ne devrait pas être trop éloigné des bâtiments pour réduire les risques de contact avec des animaux sauvages. De plus, tous résidus alimentaires, poubelles et rebuts pouvant attirer les ratons laveurs et les moufettes devraient être enlevés de la zone d’élevage.

Il faut se rappeler que la crainte de l’humain disparaît avec la maladie. Évidemment, il est préférable de ne pas laisser errer vos animaux de compagnie en milieu sauvage. Il faut éviter les contacts avec les animaux à comportements anormaux et rester éloignés des animaux sauvages, même s’ils ont l’air en santé. Finalement, l’éducation des enfants sur les mesures à suivre reste une priorité pour bien les sensibiliser aux risques et ainsi les protéger.

Les personnes considérées à risque comme les agents de la faune, les médecins vétérinaires et les éleveurs d’animaux peuvent recevoir un vaccin à leurs frais, offerts dans certaines pharmacies et cliniques du voyageur.

La rage est donc une maladie grave présente sur nos territoires. Il faut utiliser les moyens disponibles pour éviter sa propagation et surtout se protéger personnellement par des gestes sécuritaires. C’est notre responsabilité à tous!

 

Avis du MAPAQ à l’intention des éleveurs de ruminants

Afin de promouvoir la vaccination des animaux d’élevage, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) classifie la rage comme un problème de santé animale prioritaire dans le cadre du Programme intégré de santé animale du Québec (PISAQ). Par conséquent, les exploitations agricoles enregistrées auprès du MAPAQ qui sont situées en Montérégie et en Estrie et faisant l’élevage de bovins, de caprins et d’ovins peuvent se prévaloir d’une aide financière couvrant jusqu’à 100 % des frais relatifs à l’accompagnement et la vaccination de leurs animaux par un médecin vétérinaire. Discutez-en avec votre médecin vétérinaire afin de vérifier si vous êtes admissibles.