L’inquiétante maladie qui touche le bétail français

Les éleveurs français vivent une situation dramatique, une maladie exotique affecte le bétail. Les autorités appliquent un plan d’éradication qui exige la dépopulation complète pour les troupeaux où un animal a été déclaré positif. La colère gronde dans les campagnes et des images crève-cœurs sont rendues disponibles sur les réseaux sociaux. Leur visionnement soulève beaucoup d’inquiétude et d’incompréhension, même ici au Québec. Mais qu’en est-il de cette mystérieuse maladie, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC)?

La DNC, provenant de l’Afrique subsaharienne, est causée par un virus de la famille des Poxvirus. C’est une maladie dite vectorielle, c’est-à-dire qu’elle peut être transmise par les insectes piqueurs. Toutefois, elle peut aussi être transmise de manière directe lors de contacts entre deux animaux ou avec des fluides contaminés comme la salive, des écoulements vaginaux ou le sperme de taureau. De plus, elle se transmet de manière indirecte par contact avec du matériel, de la litière ou des aliments infectés. Il faut comprendre que ces nombreux modes de transmission, et plus particulièrement les insectes piqueurs, compliquent son contrôle. Avec les maladies vectorielles, on fait face à deux réservoirs, soit les animaux et les insectes. De fait, ces deux derniers propagent la maladie de manière exponentielle comme dans un cercle vicieux. Plus on a de bovins infectés, plus on peut avoir d’insectes qui s’infectent en piquant un bovin porteur. Et plus on aura d’insectes infectés, plus on risque d’avoir de nouveaux bovins qui s’infectent… et ainsi de suite.

Les animaux qui développent la maladie présentent des nodules cutanés (0,5 à 5,0 cm) et des lésions nécrotiques sur la peau, les muqueuses (intérieur de gueule, par exemple) et les membranes recouvrant les organes internes. Ils présentent parfois de la fièvre modérée à sévère, du jetage nasal, des larmoiements et de la salivation. Ils perdent l’appétit et les vaches laitières subissent une diminution importante de leur production. La maladie peut évoluer de trois façons : vers une guérison en quelques mois, vers une forme chronique où les animaux sont peu performants et en mauvaise santé ou vers la mort. Son taux de morbidité est de 45 %. Ainsi, dans un troupeau de 100 vaches, 45 vaches pourraient être affectées par la maladie. Le taux de mortalité est quant à lui de 10 % (10 cas de mortalité dans un troupeau de 100 vaches). Malheureusement, il n’existe pas de traitement à ce jour. Des traitements de support comme des antiinflammatoires ou des fluides peuvent aider l’animal à éliminer le virus, mais c’est son système immunitaire qui doit faire le travail.

Heureusement, la DNC est non transmissible à l’humain. Par contre, elle a des conséquences économiques importantes en raison de son effet sur la production, la diminution de la valeur des peaux et son incidence sur les échanges internationaux. Comme c’est une maladie exotique indésirable dans de nombreux pays, les frontières se ferment aux importations en provenance des pays touchés (un peu comme la maladie de la vache folle).

Face à cette maladie, dont la transmission est difficilement contrôlable et pour laquelle les impacts peuvent être dévastateurs, l’Union européenne et plusieurs autres pays ont mis en place un plan sévère de gestion. Ce plan comporte trois grands axes : le dépeuplement (abattage des troupeaux et pulvérisation d’insecticide), l’interdiction de déplacement d’animaux des régions affectées vers les régions indemnes et la vaccination. Plusieurs questions ont été soulevées.

Pourquoi choisir l’abattage entier des troupeaux alors qu’on pourrait abattre seulement les animaux malades?

Malheureusement, cela n’est pas aussi simple. C’est la période d’incubation de la maladie qui pose problème. En effet, la période entre l’infection de l’animal (piqure d’insecte par exemple) et le développement des signes cliniques est de 4 à 14 jours, voire parfois jusqu’à 35 jours. Ainsi, une vache tout à fait normale et en santé pendant la période d’incubation peut servir de réservoir de la maladie pour les insectes piqueurs. Garder ces vaches en vie favorise la transmission de la maladie.

Pourquoi choisir l’abattage entier des troupeaux alors qu’on pourrait abattre seulement les animaux déclarés comme porteurs du virus?

Cela serait sans doute l’approche préconisée s’il avait existé un test fiable pour détecter les porteurs. Comme le passage du virus dans le sang (virémie) est transitoire, il est fréquent de trouver des animaux faussement négatifs lors de l’échantillonnage. Un faux négatif serait maintenu en vie dans le troupeau et persisterait comme réservoir d’infection.

Pourquoi ne pas simplement vacciner tous les bovins des troupeaux où un animal a été trouvé positif et les troupeaux avoisinants?

Il existe effectivement une vaccination efficace contre le virus de la DNC. Par contre, l’immunité prend 21 jours à se développer postvaccination. Ainsi, même en vaccinant tous les animaux d’un troupeau où un animal positif a été détecté, les nouvelles infections seraient possibles pendant 3 semaines postvaccination. Un animal piqué par un moustique quelques jours avant le vaccin développera la maladie. De la même manière, un animal ayant été vacciné une semaine avant d’être infecté deviendra également malade.

Pourquoi ne pas mettre les troupeaux touchés en quarantaine?

Pour que cette approche soit efficace, il faudrait contrôler les vecteurs parfaitement pour éliminer toute entrée et sortie de moustiques. Du point de vue pratique, c’est difficile à réaliser.

C’est entre autres pour ces raisons que le dépeuplement a été choisi comme méthode la plus efficace pour limiter le plus rapidement possible la transmission de la maladie à travers le pays.

En France, le premier cas de DNC a été déclaré le 29 juin 2025 en Savoie. Au total, 117 foyers d’infection ont été détectés dans le pays. Un foyer constitue un groupe d’animaux dont fait partie un animal positif. On peut compter plus d’un foyer d’infection à l’intérieur d’un même troupeau si, par exemple, les vaches adultes et les animaux de remplacement sont logés dans deux bâtiments séparés. Le dernier foyer a été détecté le 2 janvier 2026. Au total, 82 troupeaux ont été dépeuplés et un peu plus de 3 500 animaux abattus. La situation est maintenant maîtrisée dans le pays. Le 27 février dernier, on a autorisé la levée de la totalité des zones réglementées et plusieurs des régions touchées peuvent désormais recommencer les déplacements d’animaux vers les zones non touchées.

Au Canada, la DNC fait aussi partie d’un groupe de maladies à déclaration obligatoire pour lesquelles l’abattage de tous les animaux infectés et exposés est exigé. La fièvre aphteuse, la tuberculose bovine, l’encéphalopathie spongiforme bovine (vache folle) et la brucellose font également partie de ce groupe.

Sans aucun doute, la situation est dramatique. Les pertes animales, la détresse psychologique des éleveurs touchés, le stress des propriétaires de troupeaux voisins, la détresse des médecins vétérinaires chargés des euthanasies et les impacts économiques sont des conséquences importantes associées à cette maladie. Toutefois, une meilleure connaissance des tenants et aboutissants de cette infection permet de faire la part des choses et de contextualiser les décisions prises par les autorités. Fait intéressant : il a été montré dans les derniers mois que de nombreuses images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux à ce sujet avaient été générées par l’intelligence artificielle. Les responsables de ces fausses publications ne sont pas du monde agricole. Ces images et vidéos avaient pour but de soulever l’indignation dans la population et étaient très efficaces. Cette situation démontre encore une fois qu’il faut être très prudent dans le choix de nos sources d’informations, parce que même en tant que scientifique ou acteur important du milieu, on peut se laisser berner.