Le complexe respiratoire bovin (CRB), souvent désigné sous le terme de pneumonie, est une infection des voies respiratoires, qu’elle soit virale, bactérienne ou mixte. Elle peut affecter les voies respiratoires supérieures (type rhume) ou inférieures, entraînant alors une bronchopneumonie, généralement plus grave.
Dans les troupeaux laitiers, l’apparition du CRB est souvent multifactorielle. Plusieurs facteurs de risque favorisent la transmission en affaiblissant les mécanismes de défense du système respiratoire. Les facteurs se regroupent en thème et voici quelques exemples pour chacun :
- Facteurs liés au stress : transport, regroupement social, sevrage.
- Facteurs environnementaux : humidité, froid, fluctuations de température, air vicié (ammoniac), saisonnalité, mycotoxines.
- Facteurs individuels : immunité, génétique, sous-alimentation, antécédents de bronchopneumonie.
- Facteurs microbiologiques : virulence des agents présents à la ferme (ex. : Mycoplasma bovis).
Ces facteurs de risques peuvent toucher plusieurs sujets dans un troupeau, entrainant une éclosion.
Identifier les vaches malades
Détecter tôt les vaches atteintes est crucial. L’observation reste l’outil principal, avec le recensement des signes cliniques suivants : fièvre (≥ 39,5 °C), toux, jetage nasal et difficultés respiratoires.
Cependant, cette méthode dépend de l’expérience de l’observateur. De plus, certains signes cliniques ne sont pas visibles en continu. En moyenne, elle ne permet d’identifier qu’environ 1 vache infectée sur 4 1.
Pour une détection plus efficace, il est conseillé de combiner l’observation clinique avec des outils objectifs issus des nouvelles technologies, comme les données collectées par les robots de traite, les colliers de rumination, les capteurs d’oreilles ou encore les podomètres. Voici quelques indicateurs prometteurs :
- Activité : une baisse d’activité (moins de déplacements, station debout réduite) peut précéder les signes cliniques visibles de CRB de 4 à 6 jours. Pour les bovins de boucherie, elle permet de détecter plus de 80 % des cas 2.
- Rumination : pour les bovins de boucherie, une diminution de 9 % permettrait de détecter 81 % des cas, avec un délai d’apparition de 3 à 6 jours avant les signes cliniques 3. Bien que non spécifique en général, en période d’éclosion respiratoire, c’est un outil potentiellement utile.
- Appétit : difficile à évaluer précisément sans outil objectif, surtout en stabulation libre. De nouveaux capteurs placés dans la mangeoire peuvent enregistrer combien de nourriture disparait pour chaque animal4. Leur utilisation à l’avenir permettra de monitorer objectivement la consommation individuelle.
- Production laitière : bien que peu étudiée scientifiquement à ce jour, une diminution inexpliquée de la production peut suggérer une atteinte respiratoire, surtout dans un contexte d’éclosion.
- Température corporelle : mesurable manuellement ou par des moyens technologiques (bolus, température du lait…). Elle peut précéder les autres signes de plusieurs heures à plusieurs jours5. Une fièvre confirmée peut renforcer une suspicion basée sur une réduction d’activité, d’appétit ou de rumination.
- Échographie du poumon : un outil très utile qui permet d’aider le médecin vétérinaire à confirmer un cas, à diagnostiquer la localisation de la maladie (voies respiratoires supérieures vs inférieures), voire parfois suspecter l’agent étiologique (lésions caractéristiques).
Croiser plusieurs paramètres permet une détection précoce et plus fiable des cas, essentielle en phase d’éclosion. La détection peut se réaliser en deux étapes : une première étape de détection des vaches malades suspectées, et une deuxième étape de confirmation en prenant la température rectale, en observant plus attentivement les autres signes cliniques de CRB et éventuellement l’échographie effectuée par votre médecin vétérinaire (voir figure 1).
Isoler les vaches malades
Les infections respiratoires se transmettent par aérosols durant la toux, mais aussi par les surfaces contaminées (abreuvoirs, cloisons, carcan…). Pour limiter la propagation, il est recommandé d’isoler les vaches atteintes dès les premiers cas confirmés.
Idéalement, les animaux malades devraient être placés dans un bâtiment séparé (voir photo 1). Toutefois, peu de fermes disposent de telles installations. Voici quelques solutions alternatives :
- Utilisation temporaire de l’arrière du robot de traite comme zone tampon, si la configuration le permet (voir photo 2).
- Séparation physique d’un groupe dans une zone ventilée à l’écart pour les stabulations entravées.
- Mise en place d’une aire dédiée aux soins, bien identifiée.
Qu’en est-il de la durée d’isolement? En médecine humaine, elle varie selon l’agent infectieux (5 à 7 jours après disparition de la fièvre pour la grippe ou la COVID-19). En médecine vétérinaire, ce délai n’est pas connu, mais nul doute que la période est en lien avec l’agent responsable qui n’est pas identifié dans tous les cas. En l’absence de directives vétérinaires précises, on peut envisager un isolement idéal similaire de 5 à 7 jours après la fin de la fièvre chez les vaches atteintes de CRB. Ce délai permettrait à la fois de limiter la transmission et d’assurer une convalescence suffisante.
Traiter efficacement les vaches malades
Un traitement rapide et adapté est essentiel pour limiter la durée de l’éclosion et éviter les contaminations secondaires. L’intervention de votre médecin vétérinaire est quant à elle nécessaire pour déterminer l’agent étiologique en cause (virus, bactérie, les deux) et vérifier les facteurs de risque potentiellement en lien avec l’éclosion. Le meilleur traitement à mettre en place sera déterminé et les mesures correctrices pourront être discutées.
Cas d’éclosion virale : les antibiotiques ne sont pas toujours nécessaires. On privilégiera les anti-inflammatoires pour gérer la fièvre. Toutefois, le risque de surinfection bactérienne étant élevé, un suivi attentif est crucial (appétit, gravité des signes cliniques). Contrairement aux humains souvent aux prises avec un rhume purement associé à un virus sans implication bactérienne, chez les bovins, les bactéries sont plus souvent en cause.
Cas d’éclosion bactérienne : plus graves, ils nécessitent souvent un traitement ciblé et de longue durée (minimum 5 jours) d’antibiotique. Il est essentiel de :
- Déterminer la bactérie impliquée en utilisant les services laboratoires et l’expertise de votre médecin vétérinaire
- Choisir l’antibiotique approprié pour traiter les bactéries impliquées
- Réévaluer les vaches les plus sévèrement atteintes avant d’arrêter le traitement
Limiter la propagation du CRB dans un troupeau repose donc sur une réaction rapide, structurée autour de trois axes complémentaires :
- Détection précoce : combiner observation clinique et outils objectifs
- Isolement rapide : séparer les sujets malades du reste du troupeau
- Traitement adapté : administrer rapidement avec un suivi vétérinaire rigoureux
Ces mesures permettent de contenir efficacement une éclosion, de préserver la santé animale et de limiter les pertes économiques. Discutez avec votre médecin vétérinaire pour évaluer les risques dans votre élevage, instaurer des mesures préventives et déterminer un plan d’action en cas d’éclosion.
RÉFÉRENCES
1 Timsit, E., Dendukuri, N., Schiller, I. et al. (2016). Diagnostic accuracy of clinical illness for bovine respiratory disease (BRD) diagnosis in beef
cattle placed in feedlots: A systematic literature review and hierarchical Bayesian latent-class meta-analysis. Preventive veterinary medicine,
135 : 67-73.
2 White, B. J., Goehl, D. R., Amrine, D. E. et al. (2016). Bayesian evaluation of clinical diagnostic test characteristics of visual observations and remote
monitoring to diagnose bovine respiratory disease in beef calves. Preventive veterinary medicine, 126 : 74-80.
3 Marchesini, G., Mottaran, D., Contiero, B. et al. (2018). Use of rumination and activity data as health status and performance indicators in beef cattle
during the early fattening period. The Veterinary Journal, 231 : 41-47.
4 https://vytelle.com/vytelle-sense
5 Timsit, E., Assié, S., Quiniou, R. et al. (2011). Early detection of bovine respiratory disease in young bulls using reticulo-rumen temperature boluses.
The Veterinary Journal, 190 : 136-142