Entrevue avec Michel Robert : « On a tous un rôle à jouer »

Michel Robert veut être un président rassembleur. « Les PLQ, c’est pas l’affaire d’une seule personne, tient-il à rappeler. Tout le monde a un rôle à jouer, que ce soit les productrices, les producteurs ou les employés. Quand tout le monde fait un pas en avant, on devient une organisation plus forte. »

Michel Robert a été élu président des Producteurs de lait du Québec (PLQ) le 26 aout dernier par le conseil d’administration de l’organisation qui regroupe les présidents de chacune des régions. Michel a joint le conseil d’administration des PLQ en 2022, en tant que président des Producteurs de lait de l’Abitibi-Témiscamingue. Il fait partie du conseil exécutif de l’organisation depuis 2024.

« Quand j’ai été nommé président de ma région, je pensais pas devenir président provincial un jour, affirme Michel Robert. J’ai un beau sentiment de fierté. J’aspire à être à la hauteur pour répondre aux attentes des 4 000 productrices et producteurs de lait. »

Le nouveau président dit prendre ses prédécesseurs, notamment Daniel Gobeil et Marcel Groleau, comme modèles. « Claude Rivard m’inspire aussi beaucoup, poursuit-il. J’ai appris à connaître l’organisation quand il était président. J’ai toujours trouvé qu’il dégageait beaucoup de rigueur et de leadership. Pendant la guerre des deux laits, son message était rassembleur. »

Rappelons que Claude Rivard a dirigé l’organisation de 1988 à 1998. Il a remporté le prix Laurent-Barré de l’Union des producteurs agricoles pour son implication, notamment dans la mise en commun des revenus de tous les laits.

Poursuivre sa lancée

Quand on lui demande pourquoi il a levé la main pour devenir président des PLQ, Michel répond humblement que le chemin qu’il a parcouru jusqu’à maintenant l’a amené vers ce poste.

Son passage au sein de Holstein Québec, notamment comme président de 1999 à 2001, l’a particulièrement marqué. « On a fait de grandes choses en peu de temps, souligne-t-il. J’ai réalisé que j’avais la capacité de placer les bonnes personnes aux bonnes places. Quand quelqu’un s’épanouit dans ce qu’il fait, les projets avancent. »

« J’avais juste 33 ans, ajoute-t-il, j’étais content que le conseil d’administration [de Holstein Québec] me fasse confiance. »

Après ce mandat, le producteur de lait de Saint-Eugène-de-Guigues au Témiscamingue s’est concentré sur le développement de son entreprise avec sa conjointe Lorraine Mondou. La ferme nommée Mondou et Robert a un troupeau de 400 têtes, dont 210 vaches en lactation. Quand Michel l’a reprise de ses parents, le quota était de 40 kilos de matière grasse. Aujourd’hui, il s’élève à 304 kilos. Michel est la quatrième génération établie sur les terres familiales.

Le couple a aussi démarré Services Agritem en 2015, une entreprise qui se spécialise dans la vente d’intrants, dont des semences, des engrais et des fertilisants, et le commerce de grains. L’entreprise produit et distribue du soya, du canola, de la caméline, du blé de consommation humaine, de l’orge de brasserie et de l’avoine.

Michel et Lorraine ont cinq enfants, Marie-Christine, Amélie, Cédric, Yannick et Michaël. « On a aussi 12 petits-enfants », précise l’agriculteur avec enthousiasme.

Si Michel a pu prendre la tête des PLQ, c’est parce que la relève est bien installée autant à la ferme que chez Services Agritem. « On a accueilli dernièrement trois nouveaux actionnaires dans l’entreprise laitière, Michaël, Amélie et son conjoint Michaël Courtemanche. Ils ont chacun 20 % des parts maintenant », annonce-t-il fièrement.

« Depuis les débuts, notre gendre, Danik Sarrazin, est actionnaire dans Services Agritem, dit-il. Notre fils Michaël devrait s’ajouter prochainement. »

Michel a fait une place à la relève dans les entreprises selon le même modèle qu’il avait appliqué comme président chez Holstein Québec, et il sait déléguer. Il explique : « J’ai placé chaque personne au bon endroit selon ses intérêts. J’ai pas besoin d’être partout et c’est naturel pour moi de travailler en équipe. Je trouve important que chacun sente qu’il contribue à quelque chose. »

Aujourd’hui, il peut donc accomplir son rôle de président des PLQ l’esprit tranquille. « Avant de proposer ma candidature, j’ai organisé un conseil de famille. Je voulais que tout le monde soit d’accord et je voulais l’appui inconditionnel de ma conjointe », dit-il.

 

Assurer une continuité

Quelles sont les priorités du nouveau président des PLQ? « La planification stratégique, c’est la base sur laquelle je m’appuie pour avancer, répond Michel. Je porte une attention particulière à la durabilité des fermes. On doit mettre en place les conditions qui assurent la pérennité de nos entreprises laitières. »

Rappelons que la planification stratégique 2023-2030 des PLQ comprend cinq principaux objectifs : maintenir l’appui à la gestion de l’offre et à la mise en marché collective, contribuer à la durabilité des fermes laitières dans toutes les régions, obtenir une croissance durable des marchés de plus de 15 % d’ici 2030, assurer la production d’un lait qui répond aux attentes sociétales et assurer un leadership dans l’industrie laitière au Canada.

Michel a d’ailleurs fait partie du comité responsable de l’élaboration de cette feuille de route. Il raconte : « Quand je suis arrivé au conseil d’administration des PLQ, je voulais vraiment être sur le comité de la planification stratégique. Travailler sur le développement d’une vision et des objectifs pour le futur, c’est dans mes cordes. »

« Maintenant, poursuit le nouveau président, c’est notre carte routière. C’est important pour moi d’être cohérent avec ce qui a été fait dans le passé et de continuer le travail pour qu’on atteigne les objectifs. »

Les relations tendues entre le Canada et les États-Unis et les menaces à la gestion de l’offre pourraient-elles venir brouiller les cartes? « Il y a beaucoup d’incertitude et d’insécurité en ce moment. C’est difficile de planifier, on sait pas ce qui va passer, répond-il. Quelqu’un m’a déjà dit : “Il n’y a jamais de mauvais vent. On doit ajuster les voiles en prenant les bonnes décisions”, poursuit Michel confiant. C’est pas notre première tempête, on a de l’expérience et on est bien entourés autant aux PLQ qu’aux PLC pour trouver le bon chemin. »

Voir le verre à moitié plein

En tant que producteur de lait du Témiscamingue, Michel se dit particulièrement sensible à la pérennité des fermes de toute taille sur tout le territoire. « Ça prend entre autres un maintien des services. Le manque de vétérinaires a été critique dans ma région ces dernières années. Ça s’est heureusement amélioré », donne-t-il en exemple.

Michel tient à rappeler qu’entretenir un discours plus positif peut aussi avoir un impact. « Quand j’ai commencé à m’impliquer comme administrateur dans ma région, le climat était morose. Beaucoup quittaient la production, il n’y avait pas de relève ni d’innovation, se souvient-il. Ça m’a toujours dérangé de voir ça. Comme administrateur, j’ai voulu amener un message plus positif aux producteurs. »

Aujourd’hui, la situation semble avoir changé pour le mieux. Michel a vu apparaître une nouvelle vision et des projets dans les entreprises laitières. Il est notamment surpris de voir à quel point les producteurs trouvent des solutions innovantes pour se conformer aux nouvelles normes de bien-être animal.

« Je dis pas que c’est grâce à moi, insiste-t-il, mais une phrase ou un message encourageant peut parfois changer les choses. L’idée, c’est pas de se mettre des lunettes roses, prévient le président. Il faut être réaliste, il y a une décroissance du nombre de fermes et ça ne s’arrêtera pas, mais quand on se concentre sur le positif et qu’on voit le verre à moitié plein, les solutions arrivent plus vite. »

Avoir une vision collective

Michel veut exercer un leadership collaboratif. C’est essentiel pour lui de donner la parole au plus grand nombre, d’écouter et de favoriser le consensus. « J’ai pas la prétention de tout savoir, mais j’aime apprendre et aller chercher l’opinion des autres, explique-t-il. J’aime quand les opinions sont différentes, parce qu’il faut analyser tous les angles d’une question pour avoir une position finale plus solide. »

Il invite d’ailleurs les productrices et producteurs à être solidaires et à contribuer au développement de leur organisation : « Qu’on soit président, administrateur, un peu impliqué, pas du tout impliqué, qu’on ait une petite ou une grande ferme, on a tous un rôle à jouer, entre autres dans les messages qu’on transmet et dans notre posture. Ça veut pas dire qu’on est tous d’accord, mais il faut avoir une vision commune et aller dans le même sens pour défendre notre modèle d’affaires. »

« On a la responsabilité collective d’être respectueux des autres producteurs », conclut le nouveau président sur ce sujet qui lui tient visiblement à cœur.