Des années d’engagement
Mariette arrive au conseil d’administration avec une grande fierté de représenter les productrices et producteurs de sa région et un large bagage d’implications. Au sein des Agricultrices du Québec, elle a notamment participé à l’organisation du gala Reconnaissance. Elle a aussi siégé au conseil d’administration de Holstein Québec pendant 11 ans, dont deux ans à titre de présidente. « J’y ai appris beaucoup de choses, c’est une belle école pour la gouvernance », dit elle. Puis, s’ajoutent ces implications au Conseil québécois des races laitières (CQRL), au Centre d’insémination artificielle du Québec (CIAQ) et chez SEMEX. « Ce sont ces expériences qui m’ont bâtie comme administratrice. J’ai travaillé sur des dossiers différents, autant locaux que nationaux. Je trouve ça nourrissant, j’ai beaucoup de plaisir à apprendre », précise la nouvelle administratrice.
Mariette a également toujours eu un grand intérêt pour les dossiers qui animent les Producteurs de lait du Québec. Après plus de 10 ans d’engagement dans son syndicat régional, cette année, le moment était favorable pour qu’elle pose sa candidature à la présidence. « Mon entreprise est en équilibre et ma situation familiale est plus stable parce que mes enfants sont adultes, dit-elle. J’ai aussi acquis différentes expériences qui me permettent d’arriver au conseil d’administration des PLQ confiante de pouvoir relever le défi. »
Des entreprises florissantes qui ont de la relève
Elle a choisi de devenir présidente de sa région avant tout pour contribuer à léguer un milieu attractif à ceux et celles qui choisiront la production laitière comme profession. « Aujourd’hui, observe Mariette, les jeunes ont tellement de choix de carrière, ce n’est plus une évidence pour eux de prendre la relève des fermes. Ça nous prend un environnement d’affaires attrayant et des régions dynamiques pour qu’ils choisissent de s’établir en production laitière. »
La nouvelle administratrice affirme qu’en plus d’assurer la pérennité des fermes, la relève qui se manifeste permet aux entreprises de prendre plus rapidement des décisions d’affaires adaptées à leur vision. Elle prend pour exemple l’adaptation au Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers : « C’est parfois de l’investissement. Les producteurs qui n’ont pas une relève solide se demandent si ça vaut la peine d’investir. Je les comprends de se questionner et je sais que ça peut être un élément de stress. »
Mariette souhaite également qu’on encourage plus les productrices et producteurs à s’entourer de professionnels pour les accompagner dans la gestion de leur entreprise. Elle précise : « On a besoin d’une équipe compétente pour nous aider à être plus performants et à prendre les meilleures décisions. Quand un producteur me dit “Je n’arrive pas à tout faire’’, je lui réponds “Laisse-toi aider. Allège tes journées en déléguant et en faisant ce dans quoi tu es bon.’’ En plus de produire du lait, on a les cultures, la gestion des ressources humaines, la comptabilité, les décisions d’élevage et de génétique. Si tu ne délègues pas certaines choses, tes résultats risquent d’être affectés. »
Elle poursuit : « Je veux que les producteurs se voient comme des entrepreneurs. On est dans un beau milieu qui a une importance capitale pour la société. On ne le répétera jamais assez, il faut valoriser notre agriculture. On ne mesure pas complètement la portée de notre secteur d’activité. »
Une entreprise en croissance malgré un incendie
Mariette a grandi dans une ferme laitière, mais c’est dans l’entreprise de sa belle-famille qu’elle s’est établie. « J’ai toujours aimé l’agriculture, mais ma mère me disait d’aller étudier pour voir autre chose. C’est ce que j’ai fait. J’ai été programmeuse-analyste pendant 12 ans », raconte-t-elle. Mariette a commencé à faire la comptabilité dans l’entreprise laitière de sa belle-famille et de fil en aiguille, à s’impliquer de plus en plus. « J’ai démissionné de mon poste et je me suis lancée dans la ferme à temps plein, se souvient-elle. J’ai eu des parts et j’ai été bien accueillie. J’y ai trouvé mon compte. »
Le travail à la ferme lui a amené quelque chose de précieux : l’autonomie. Elle explique : « J’avais un bon métier, mais gérer mon propre horaire a rendu ma vie plus douce que le cadre 8 à 4 h. C’était plus facile d’élever mes enfants en tant que productrice. »
« J’ai plus d’ouvrage, mais j’ai plus de latitude pour gérer mon temps », résume-t-elle en riant.
Mariette et son conjoint Simon Boulet ont quatre enfants âgés de 28 à 38 ans. Kevin est copropriétaire de la ferme, Sébastien a un vignoble avec sa conjointe, Laurence est agronome dans le secteur de la génétique laitière et Isabelle est technicienne en administration. « Kevin me permet de partir l’esprit tranquille au conseil d’administration des PLQ, dit-elle. Ça fait toute la différence de l’avoir avec nous. C’est lui qui s’occupe de la gestion du troupeau et qui coordonne les équipes de travail. » Mariette peut aussi compter sur l’aide de sa belle-fille Josianne pour prendre le relais dans les activités comptables de l’entreprise.
La Ferme Boulet est située à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud. L’entreprise est passée de 75 kilos à 244 kilos de quota en 25 ans. Le troupeau compte 450 têtes, dont 175 vaches en lactation, et les producteurs ont choisi de faire trois traites par jour. La famille possède également une érablière de 10 000 entailles sous la responsabilité de Simon. Une partie du sirop d’érable est vendue en baril et l’autre est transformée sur place.
Pour mener à bien toutes ses activités, l’entreprise embauche sept employés, dont des travailleurs étrangers. « Certains sont à temps plein, d’autres à temps partiel. On a aussi la chance d’avoir des employés de longue date, comme David à la régie du troupeau », précise-t-elle.
Mariette et Simon ont dû affronter un défi majeur en 2004 : l’incendie de leur ferme. « On venait de construire une étable de remplacement et de faire des rénovations, raconte la productrice. Heureusement, on a eu la chance de sauver le troupeau. Mon conjoint est passionné de la holstein. Ne pas avoir perdu la génétique a été salutaire. » C’est dans ce moment difficile que la solidarité du milieu agricole a fait son oeuvre. Les animaux des deux producteurs ont été répartis dans 25 troupeaux différents, une aide qui encore aujourd’hui émeut Mariette : « Ce lien communautaire a été très important pour nous. Ça nous a donné des ailes. L’incendie a eu lieu en avril, et en décembre les animaux revenaient dans les nouveaux bâtiments. » Il faut dire que l’entreprise n’a pas pu bénéficier du Règlement sur les quotas qui autorise maintenant de gérer son quota différemment pendant 24 mois en cas de force majeure. « Cette politique permet aujourd’hui de soulager les familles en laissant du temps pour réfléchir. De notre côté, comme on venait de construire, on savait comment ça marchait et on avait déjà notre réseau pour les travaux. C’était moins stressant, car on savait ce qu’on voulait », souligne Mariette. Elle reprend : « Même si on a eu des embûches et beaucoup de travail, je n’ai jamais regretté mon choix et cette liberté d’être mon propre employeur. J’ai toujours trouvé plus facile de travailler toute la famille ensemble que chacun de notre côté. »
Des rêves pour le futur
Dans les prochaines années, les producteurs aimeraient mécaniser le plus possible leurs installations en intégrant un robot de traite pour une partie du troupeau. Ils veulent aussi améliorer la rentabilité et l’efficacité de l’entreprise. « On pense déjà à la prochaine génération. On voit pousser la relève et on veut lui donner un environnement favorable », dit celle qui est neuf fois grand-mère.
« Je suis très fière de ma famille et du parcours réalisé avec mon conjoint dans l’entreprise. Je me sens privilégiée d’avoir de la relève, car certains ont fait les mêmes efforts que nous et la relève ne s’est pas pointée pour différentes raisons », poursuit-elle.
Déjà, quelques-uns de ses petits-enfants participent aux Jeunes ruraux. « Je trouve ça beau de les voir et de voir la belle participation de dizaines de jeunes à ces activités, dit-elle avec enthousiasme. Ça me dit que notre agriculture n’est pas en train de mourir, qu’elle est bien vivante. » C’est, selon elle, en participant à ce type d’activité et en visitant d’autres fermes, que les jeunes créent des liens, s’améliorent et imaginent des projets. « Il faut avoir vu meilleur que soi pour savoir à quoi rêver », conclut-elle.