Vous le savez, la quantité de fèves de soya qu’on peut donner aux vaches est limitée, entre autres parce que ça met à risque le test de gras. L’une des raisons derrière ça, c’est le 19 % de gras brut contenu dans la fève de soya. Celui-ci est principalement constitué d’acides gras polyinsaturés, soit ≈52 % des acides gras sous forme de 18:2, et ≈7 % sous forme de 18:3. Ces acides gras peuvent avoir un effet néfaste sur la santé ruminale.
Il y a quelques années, des variétés de soya ont été développées pour l’alimentation humaine afin d’avoir une plus grande proportion d’acide oléique (18:1). Étant donné que cet acide gras est moins néfaste pour le rumen, ces variétés ont aussi attiré l’attention du monde de l’alimentation des ruminants. Les soyas à haute teneur en acide oléique contiennent beaucoup moins de polyinsaturés (≈7 % des acides gras sous forme de 18:2, et ≈2 % sous forme de 18:3).
Ces nouvelles variétés permettent donc, en théorie, de donner plus de fèves de soya aux vaches avant d’entrainer un effet négatif sur le test de gras. Ça permet d’apporter une source de protéine et de gras à faible coût dans la ration. Mais que disent les principales intéressées, c’est-à-dire les vaches?
Des fèves de soya adaptées pour l’alimentation des vaches
Dans une étude publiée en 2018, les chercheurs ont voulu comparer le soya oléique au soya conventionnel, donné entier ou moulu. Peu d’effets ont été observés pour les soyas entiers, alors voici uniquement les résultats associés aux soyas moulus (Tableau 1). Le niveau de protéines était similaire dans toutes les rations.
Comparativement au soya conventionnel, le soya oléique a permis d’augmenter le test de gras ainsi que les kg de gras livrés par jour. Il est intéressant de constater qu’avec le soya moulu conventionnel, la règle du pouce d’avoir un maximum de 400 g 18:2/j a été dépassée, ce qui explique probablement le faible test de gras comparativement aux deux autres rations. Ces résultats indiquent que les soyas oléiques sont beaucoup moins néfastes pour le rumen que les soyas conventionnels.
Une réponse positive même avec de grandes quantités
Quel serait l’impact d’augmenter progressivement le taux d’inclusion de ce type de soya? Une étude récente a tenté de répondre à cette question. Dans une ration à base d’ensilage de maïs et de luzerne, les chercheurs ont comparé différents niveaux d’inclusion de soya oléique moulu et traité à la chaleur (Tableau 2).
On peut constater une baisse de la consommation lorsque le taux d’inclusion du soya a augmenté. Ceci est probablement dû à une densité énergétique plus élevée dans la ration, qui a causé une plus grande sensation de satiété pour les vaches. Malgré cette légère baisse de la consommation, les animaux ont augmenté leur productivité, même avec un niveau d’inclusion de 24 % de la MS. Quant au test de gras, on peut constater une légère augmentation. Conclusion de cette étude? Les soyas oléiques peuvent engendrer une réponse positive de la part des animaux, et ce, même à un niveau d’inclusion de 24 % de la matière sèche. Pour vous donner une idée, on parle de 7,4 kg MS de fèves de soya par jour!
Est-ce obligatoire de moudre et de traiter à la chaleur?
La plupart des experts s’entendent pour dire qu’un certain niveau de mouture est nécessaire pour voir un effet positif sur la performance des animaux. Pour le traitement à la chaleur, ce n’est toutefois pas obligatoire. Cette autre étude récente a évalué l’impact de la torréfaction des fèves de soya sur la performance des animaux à un taux d’inclusion d’environ 17 % de la ration (Tableau 3).
On peut constater dans un premier temps que l’utilisation de soya oléique moulu et cru a augmenté la production de gras des animaux comparativement au traitement témoin, qui contenait du tourteau et des écales de soya. L’ajout de protéines non dégradables au soya moulu et cru a permis d’augmenter la production de protéines des animaux comparativement au soya moulu et cru. C’est toutefois avec le soya oléique moulu et torréfié qu’on a observé les meilleures performances, tant pour le gras que pour les protéines. Donc, on peut en conclure que la torréfaction du soya oléique permet d’aller chercher le plein potentiel de cet aliment, mais on a quand même une amélioration des performances lorsqu’on utilise le soya oléique cru comparativement à des rations standards faibles en gras.
Ces soyas sont disponibles aux États-Unis depuis quelques années, et le rythme d’adoption par les producteurs est impressionnant. Les résultats semblent positifs du point de vue économique.
Au Québec, les soyas oléiques commencent tout juste à faire leur apparition sur le marché. Pour l’instant, seules les compagnies Sevita International et Prograin offrent des variétés de soya oléique à UTM élevés (2800-2900). Mais il faudra aussi surveiller d’autres entreprises comme Pioneer et Bayer, qui pourraient faire le lancement de nouvelles variétés prochainement. Des variétés plus hâtives pourraient arriver sur le marché dans les prochaines années.
En conclusion, les soyas oléiques ouvrent maintenant la possibilité aux producteurs de produire leur propre source de protéines et de gras à la ferme. Les recherches et l’expérience des producteurs au sud de la frontière démontrent que ce type de soya peut être inclus en grande quantité dans la ration, tout en ayant potentiellement un effet positif sur la performance des animaux. Surtout lorsque ces soyas sont moulus et torréfiés.
Si ce type de technologie vous intéresse, des investissements pourraient être nécessaires, mais l’option de servir des fèves moulues crues permet de débuter à moindre coût.
Chose certaine, on risque d’en entendre beaucoup parler dans les prochaines années!