Les veaux naissent avec un système immunitaire immature et dépendent des composantes du colostrum pour se protéger contre les maladies au cours de leurs premières semaines de vie. Le transfert de l’immunité passive mesure l’absorption des immunoglobulines (IgG), les principaux anticorps présents dans le colostrum, du tube digestif vers la circulation sanguine. Sans surprise, une immunité passive élevée est associée à des risques plus faibles de maladies et de mortalité durant la période présevrage.
Les avantages d’un TIP adéquat vont bien au-delà de la protection contre les maladies à court terme. Des recherches ont démontré qu’un niveau plus élevé d’immunité passive est également associé à une meilleure croissance et à de meilleures performances en reproduction et en lactation (Figure 1).
Ces avantages à long terme seraient attribuables non seulement aux immunoglobulines, mais aussi à d’autres composantes bioactives présentes dans le colostrum. On pense notamment à des nutriments fonctionnels, des hormones et des facteurs de croissance. Ces composantes favorisent le développement du système digestif, soutiennent le métabolisme et encouragent l’établissement d’une flore intestinale bénéfique.
Bien que le TIP reflète principalement l’ingestion et l’absorption des immunoglobulines par le veau, il sert également d’indicateur indirect de la réussite du transfert de ces autres composantes bioactives précieuses présentes dans le colostrum. Par conséquent, le TIP représente l’un des rares prédicteurs fiables des performances futures de la génisse sur lesquels il est possible d’agir directement grâce aux pratiques de gestion, contrairement à des facteurs tels que la saison, la facilité de vêlage ou l’âge de la mère.
Malgré son importance, le TIP demeure un aspect sur lequel de nombreuses fermes laitières peuvent encore s’améliorer. Une étude récente menée auprès de plus de 800 veaux provenant de 61 fermes laitières du Québec a révélé que seulement 68 % des veaux avaient atteint un TIP adéquat, avec des résultats variant de 24 % à 100 % selon les troupeaux. Des études similaires réalisées en Ontario ont rapporté qu’un TIP adéquat n’était atteint que chez 63 % à 79 % des veaux.
Ces résultats sont inférieurs à l’objectif recommandé, selon lequel plus de 90 % des veaux devraient atteindre un niveau adéquat d’immunité passive. Récemment, les lignes directrices concernant le TIP ont été révisées et encouragent les producteurs à aller au-delà de la simple prévention de l’échec du transfert de l’immunité passive et à viser une immunité plus élevée afin d’optimiser la santé des veaux.
Pourquoi surveiller régulièrement le TIP?
De nombreuses fermes évaluent le TIP uniquement lorsque des problèmes de santé surviennent chez les veaux. Pourtant, un suivi régulier apporte une valeur beaucoup plus intéressante, puisqu’il permet aux producteurs de surveiller la performance de leur programme de gestion du colostrum en continu et d’intervenir avant l’apparition de problèmes de santé majeurs.
Même lorsque les protocoles d’alimentation semblent demeurer équivalents, des variations dans la qualité du colostrum, sa manipulation ou les méthodes d’administration peuvent réduire la qualité du TIP. Le suivi du TIP devrait être considéré de la même façon que l’évaluation régulière des composantes du lait ou du comptage des cellules somatiques au réservoir. C’est un outil de gestion essentiel qui permet de confirmer que les principaux objectifs de performance sont atteints.
Les producteurs laitiers peuvent consulter leur médecin vétérinaire afin d’établir une stratégie d’échantillonnage adaptée à leur exploitation. Bien que la mesure directe de la concentration d’IgG dans le sérum demeure la méthode de référence, des analyses alternatives, comme le Brix sérique ou la concentration en protéines totales sériques, peuvent être réalisées à la ferme ou par l’intermédiaire d’une clinique vétérinaire.
Il est important de souligner que les lignes directrices actuelles concernant l’interprétation de ces tests indirects s’appliquent uniquement aux veaux ayant reçu du colostrum de la vache. Les fermes qui utilisent du colostrum en poudre comme remplacement ou pour enrichir le colostrum de la mère devraient consulter le fabricant du produit afin de connaître les méthodes d’évaluation appropriées ainsi que les valeurs cibles recommandées.
Que faire lorsque les résultats de TIP sont inférieurs aux objectifs?
Même les fermes qui disposent d’un bon programme de gestion du colostrum peuvent observer une diminution du TIP au fil du temps. Les principaux facteurs de gestion qui influencent le TIP comprennent les éléments suivants.
Qualité du colostrum
La concentration en IgG du colostrum varie considérablement selon la saison, le nombre de lactations de la vache et le moment de la collecte du colostrum après le vêlage. Pour s’assurer que les veaux reçoivent au moins 300 g d’IgG au cours de leurs 12 premières heures de vie, la qualité du colostrum devrait être évaluée de façon systématique.
Comme ligne directrice, le colostrum de la vache devrait présenter une valeur minimale de Brix de :
- 25 % lors du premier repas de colostrum
- 22 % lors du deuxième repas
Une étude réalisée au Québec a démontré que les veaux recevant, lors de leur premier repas, un colostrum affichant une valeur supérieure à 24,5 % Brix étaient 2,4 fois plus susceptibles d’atteindre un niveau adéquat de TIP que les veaux ayant reçu un colostrum de qualité inférieure.
Bien que de nombreuses fermes possèdent un réfractomètre, l’évaluation régulière de la qualité du colostrum demeure peu fréquente. Dans un sondage mené au Québec, environ 70 % des fermes laitières ont indiqué ne pas évaluer systématiquement la qualité du colostrum. Gérer l’alimentation des veaux sans mesurer la qualité du colostrum est comparable à formuler les rations des vaches laitières sans analyser la qualité des fourrages. Le colostrum est le repas le plus important qu’un veau recevra au cours de sa vie, sa qualité devrait donc toujours être vérifiée.
Lorsque le colostrum de la vache ne répond pas aux critères de qualité établis, il peut être enrichi à l’aide d’un colostrum en poudre, remplacé par du colostrum de meilleure qualité préalablement conservé ou encore être utilisé pour un autre usage.
Volume adéquat de colostrum
Une fois la qualité du colostrum confirmée, les veaux doivent recevoir un volume suffisant pour maximiser leur ingestion et leur absorption d’IgG.
Les volumes recommandés sont les suivants :
- Premier repas : de 8,5 à 10 % du poids à la naissance (environ 3 à 4 L)
- Deuxième repas : 5 % du poids à la naissance (environ 1,5 à 2 L)
Des recherches ont démontré que les veaux recevant plus de 2,5 L de colostrum lors du premier repas étaient 2,6 fois plus susceptibles d’atteindre un niveau adéquat de TIP que les veaux ayant reçu un volume inférieur.
Administration rapide du colostrum
La capacité de l’intestin du veau à absorber les immunoglobulines diminue rapidement après la naissance. Afin de maximiser l’absorption des IgG et de favoriser l’établissement précoce d’une flore intestinale bénéfique :
- Premier repas de colostrum : administrer dans les 4 heures suivant la naissance
- Deuxième repas : administrer dans les 12 heures suivant la naissance
Les veaux qui reçoivent leur premier repas de colostrum dans les 3 heures suivant la naissance sont 1,6 fois plus susceptibles d’atteindre un niveau adéquat de TIP que ceux qui reçoivent leur colostrum plus tardivement.
Propreté du colostrum
La contamination bactérienne peut nuire à l’absorption des immunoglobulines et réduire le succès du TIP. Des études ont montré que 64 % des troupeaux du Québec distribuaient, lors du premier repas, un colostrum dont la charge bactérienne totale respectait le seuil recommandé (<100 000 UFC/mL), tandis que 88 % des troupeaux respectaient le seuil recommandé pour le nombre total de coliformes (<10 000 UFC/mL).
Lorsque les résultats de TIP sont inférieurs aux attentes malgré une quantité suffisante de colostrum de haute qualité administrée dans la période optimale, l’analyse du comptage bactérien du colostrum peut aider à mettre en évidence des problèmes liés à la collecte, à l’entreposage, à la manipulation ou au nettoyage des équipements utilisés dans ces processus.
Le TIP est bien plus qu’une simple mesure de l’absorption des immunoglobulines. Il constitue un indicateur clé de la santé future des veaux, de leur productivité et de la performance globale du troupeau. Un suivi régulier du TIP permet aux fermes laitières de vérifier l’efficacité de leur programme de gestion du colostrum, de détecter rapidement les problèmes émergents et de s’assurer que les veaux reçoivent de façon constante la base nécessaire pour atteindre leur plein potentiel.