Depuis juin 2024, 14 fermes du Québec sont équipées de « renifleurs » de méthane dans les mangeoires. Un renifleur de méthane, c’est une boite blanche, accrochée au mur près du robot de traite, contenant un système de pompe et du matériel électronique. Une fine tubulure se rend jusqu’à la mangeoire du robot, là où la vache respire pendant qu’elle mange ses concentrés. Les fermes avec robot ont été sélectionnées afin de faciliter l’arrimage de la mesure individuelle du méthane avec les données de production des vaches. Au total, 24 robots de traite ont leur « renifleur ».
Comment passer d’une expiration dans le robot à une estimation du méthane émis dans la journée?
Le renifleur fonctionne comme un petit aspirateur : il capture en continu l’air par sa tubulure qui est protégée au bout par un filtre. Dans les fermes, il y a toujours un peu de méthane dans l’air ambiant et des gaz en circulation. C’est comme une ligne de base, un bruit de fond. Par contre, quand une vache entre dans le robot et que son museau est dans la mangeoire, il est possible de capter le gaz carbonique (CO2) et le méthane (CH4) qu’elle expire, qui sont tous les deux nettement plus élevés que l’air ambiant. Par différence, on obtient le CO2 et le CH4 émis par la vache.
D’autres pays travaillent également avec ces renifleurs de méthane. On sait donc qu’il y a des équations qui permettent de convertir la concentration de méthane capté pendant les traites au robot en total d’émissions quotidiennes par vache. Il faut recueillir quelques données sur la vache (poids, production et composition de lait, jours en gestation…), et ensuite utiliser un ratio entre le CO2 et le CH4, pour arriver à des grammes de méthane par jour. En calculant la somme de toutes les vaches, le taux de méthane entérique émis par le troupeau en lactation peut être estimé.
Comment estimer le taux de méthane produit par les vaches à partir d’un échantillon de lait?
Il n’y a pas de méthane dans le lait. Les émissions de méthane sont liées à la fermentation ruminale, qui, elle, est très étroitement reliée à la composition du lait. On sait tous qu’un changement de ration peut modifier le taux de gras ou de protéine du lait. Ce changement de ration va aussi affecter les composés mineurs du lait, comme l’urée et le profil d’acides gras, ainsi que de multiples autres molécules. Ces modifications de la fermentation ruminale se traduisent en petits changements dans la composition du lait. Quand tous ces changements sont intégrés dans un modèle mathématique, on produit un algorithme qui estime le taux de méthane à partir de l’ensemble des informations de l’échantillon de lait.
Une fois l’algorithme développé avec les données des 14 fermes équipées de renifleurs, il est possible de l’appliquer à l’ensemble des fermes du Québec.
Les vaches québécoises émettent-elles beaucoup de méthane?
D’après les premières données du projet, la moyenne des émissions des vaches au Québec est très similaire à ce que la littérature scientifique rapporte, soit de 500 à 600 g CH4/jour. Les vaches fortes productrices émettent naturellement plus de méthane que les faibles productrices parce qu’elles ont un métabolisme bien plus actif. En convertissant les unités pour obtenir des grammes de méthane/kg de lait corrigé pour les composants, on met les résultats sur la même base. On peut donc comparer les fermes entre elles ainsi que les vaches. Présentement, la moyenne provinciale se situe entre 14,5 et 15,5 g CH4/kg de lait corrigé.
Mon troupeau se classe où?
En 2026, tous les producteurs pourront voir les émissions de méthane de leur troupeau sur l’extranet des PLQ. D’ici là, il est toujours possible de participer au projet Méthane Québec pour contribuer à la collecte de données qui aidera à comprendre les différences entre les fermes et les variations dans le temps. En participant au projet, les producteurs auront accès à leurs données et pourront se comparer aux autres fermes québécoises. Tous les producteurs, peu importe leur système de traite, peuvent participer à cette nouvelle phase du projet. Les producteurs pourront choisir le type de participation qui leur convient :
- Questionnaire – Vous répondez à un questionnaire d’une durée de 15 à 20 minutes. Vous obtenez ensuite votre classement de méthane par rapport aux autres fermes québécoises.
- Partage d’informations et visite d’experts – Vous nous fournissez des notes sur toutes les modifications affectant l’étable durant les mois suivants (changement de ration, parage, maladies). Vous bénéficiez d’une visite d’experts pour faire un bilan carbone et une simulation économique. Ceci vous permettra d’évaluer la profitabilité des stratégies de régie pour réduire le méthane. Les stratégies sont variées. Il peut s’agir, par exemple, de diminuer la boiterie, d’utiliser plus de semence de boucherie ou d’améliorer la productivité. Pour vous inscrire, écrivez à [email protected].
Pourquoi développer un outil pour les producteurs?
Les émissions de méthane entérique constituent environ la moitié des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’empreinte carbone du lait canadien. C’est une source d’émission jugée prioritaire dans l’engagement national à réduire les GES et dans la volonté de l’ensemble de la filière laitière d’offrir aux consommateurs un lait présentant une empreinte carbone plus faible.
Toutefois, faire la collecte de données pour estimer les émissions de méthane entérique demanderait beaucoup de temps à chaque producteur. Dans un souci de ne pas alourdir la charge administrative des producteurs, tout en leur permettant de connaître le portrait de leur troupeau, la valorisation de l’échantillon de lait est l’option qui a été priorisée.
Ce projet est mené avec le soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre du Plan pour une économie verte 2030.