Nourrir bien plus que nos ambitions

Nous avons besoin d’une vision forte et structurante pour l’agriculture, tant au Québec qu’à l’échelle canadienne. Nous l’oublions trop souvent : l’agriculture est un pilier de notre prospérité collective. Elle fait vivre nos régions, façonne nos territoires et alimente bien plus que nos concitoyens : elle nourrit notre économie, notre identité et notre autonomie.

À la fin aout, le gouvernement du Québec a dévoilé sa nouvelle Politique bioalimentaire 2025-2035, nommée Nourrir nos ambitions. Par cette initiative, le gouvernement affirme sa volonté de prioriser le développement, l’innovation et la croissance du secteur agricole – ce que nous saluons.

Nous sommes également en accord avec les trois ambitions de la Politique, soit « accroître l’autonomie alimentaire, développer un secteur prospère et durable, accélérer l’innovation dans le secteur bioalimentaire ».

Des plans de mise en œuvre seront déployés prochainement afin de concrétiser ces trois grandes ambitions d’ici 2035. Le gouvernement doit se rappeler que la réussite des plans passe par une vision à long terme et des financements adéquats.

Nous l’avons mentionné à plusieurs reprises : nos fermes ont besoin de l’appui du gouvernement, entre autres pour s’adapter au nouveau Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers, dont certaines exigences entreront en vigueur dès 2027. Nous estimons que 50 % des fermes auront des investissements à réaliser pour s’y conformer.

Disons-le clairement : ces investissements sont rentables pour tous, car chaque dollar engagé dans nos fermes entraine des retombées économiques sur l’ensemble des régions. Selon une étude, les investissements nécessaires pour que les producteurs laitiers se conforment généreront des dépenses de plus de 617 M$. De ce montant, plus de 260 M$ seront alloués à la rémunération de près de 3 000 travailleurs (en équivalent temps plein) impliqués dans la mise aux normes des bâtiments. Ces investissements ajouteront plus de 380 M$ au PIB du Québec. Pour le gouvernement, les dépenses généreront des recettes fiscales de plus de 28,9 M$.

Bien au-delà de leurs retombées financières, ces mises aux normes s’inscrivent pleinement dans les orientations de plusieurs pistes d’actions de la nouvelle mouture de la politique bioalimentaire, notamment l’amélioration de la performance des entreprises et le renforcement de la santé et du bien-être des animaux.

Nous avons fait part de nos défis et nos besoins au gouvernement et à l’ancien ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. En septembre, le gouvernement de François Legault a procédé à un remaniement ministériel, et c’est Donald Martel qui a été nommé à ce poste. Je suis convaincu que nous pourrons collaborer sur les dossiers des producteurs.

À l’échelle canadienne, alors que les consultations en vue du prochain budget fédéral sont en cours, nous estimons que le gouvernement doit reconnaître le secteur agricole comme une priorité nationale et une force économique en augmentant significativement les enveloppes, les soutiens, les mesures d’accompagnement et les programmes destinés aux producteurs.

Nous saluons de nouveau l’engagement clair du premier ministre Carney d’exclure la gestion de l’offre des futures négociations commerciales. Mais il serait naïf d’ignorer les pressions exercées par l’administration Trump, particulièrement à l’égard des producteurs laitiers. Cette hostilité persistante demeure une source de préoccupation. Le Canada doit maintenir le cap : aucune concession supplémentaire ne doit être accordée, ni dans la renégociation éventuelle de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ni dans le cadre d’autres négociations commerciales internationales. La loi C-202, qui vise à protéger la gestion de l’offre dans les futures négociations commerciales, est maintenant en vigueur et nous devons nous assurer qu’elle soit respectée dans l’esprit et la lettre.

Autant à Québec qu’à Ottawa, nous attendons des engagements réels des gouvernements. Il est temps qu’on reconnaisse pleinement le rôle stratégique de l’agriculture et de la production laitière en nous offrant des leviers pour nous développer de manière durable, innovante et résiliente. L’agriculture ne se résume pas à produire des aliments : elle fait vivre nos communautés, façonne nos paysages, soutient notre économie locale et incarne une part importante de notre identité collective. Pour que nous puissions continuer à jouer notre rôle essentiel, les gouvernements doivent faire de l’agriculture une pièce maîtresse de leur stratégie économique pour les prochaines années, les prochaines décennies. Parce que soutenir notre agriculture, réellement la soutenir, va bien plus loin que de soutenir nos ambitions, c’est un geste concret pour soutenir notre économie, nos régions et toutes les personnes qui y œuvrent avec cœur et compétence, tous les jours.