Vos vaches souffrent-elles secrètement d’hypocalcémie subclinique?

Quels sont les impacts de l’hypocalcémie subclinique sur les performances et la santé des vaches et comment détecter cette maladie?

Les « fièvres de lait » ou hypocalcémies cliniques sont bien connues aujourd’hui. On peut les reconnaitre par des signes, comme une diminution de la vigilance, de la rumination, des oreilles froides, voire l’incapacité pour une vache de se lever, d’éructer et devenir ainsi ballonnée. Cependant, certaines vaches présentent un taux de calcium dans le sang inférieur aux valeurs normales en ne montrant pourtant aucun signe clinique. C’est la définition d’« hypocalcémie subclinique ». Ces vaches sont quand même à risque pour de futurs problèmes dont nous allons parler dans l’article qui suit.

Description et impacts

L’hypocalcémie subclinique provoque plusieurs problèmes tels que des difficultés au vêlage, des rétentions placentaires, des métrites, des mammites, des déplacements de caillette et, potentiellement, une réforme précoce. La production laitière au pic de lactation et les performances en reproduction semblent être également affectées. Il est toutefois difficile de chiffrer précisément ces incidences avec les données actuelles. Ces problèmes touchent surtout les vaches multipares (2e lactation et plus).

Dans une étude récente, plusieurs dosages sériques de calcium des vaches entre 15 jours avant le vêlage et 10 jours après le vêlage ont été effectués. Les résultats ont permis de distinguer plusieurs groupes d’hypocalcémie subclinique. On peut d’abord séparer les vaches multipares en 2 grandes catégories en fonction de leur calcium sanguin à 1 et 4 jours en lait (JEL). Ces deux catégories sont les vaches eucalcémiques (normales à 4 JEL) et les vaches dyscalcémiques (problématiques à 4 JEL). On retrouve ensuite 4 sous-catégories.

Les eucalcémiques (non problématiques) sont :

  1. Les vaches normales en calcium à 1 et 4 JEL appelées « normocalcémiques ».
  2. Les vaches basses en calcium à 1 JEL mais normales à 4 JEL, c’est-à-dire en hypocalcémie « transitoire ».

Les dyscalcémiques (problématiques) sont :

  1. Les vaches basses en calcium à 1 et 4 JEL, elles sont en hypocalcémie subclinique « persistante ».
  2. Les vaches normales à 1 JEL, puis basses à 4 JEL, dites en hypocalcémie subclinique « retardée ».

De manière surprenante, les vaches en hypocalcémie transitoire (basses en calcium, puis normales) étaient les meilleures productrices. On pense qu’elles utilisent correctement leur calcium pour amorcer la lactation. En effet, dans l’étude citée plus haut, ce groupe de vaches a produit plus de lait que les autres, de 0,3 à 9,7 kg de lait/jour en plus dans les 70 premiers jours en lait comparé aux autres groupes de vaches. La calcémie des vaches en hypocalcémie transitoire est redevenue normale rapidement, elles n’ont donc pas eu plus de problèmes par la suite, tout comme les vaches qui n’ont pas subi de diminution de calcium (normocalcémie).

Au contraire, les vaches problématiques (hypocalcémie subclinique persistante ou retardée) présentaient presque deux fois plus de risque de développer une maladie ou d’offrir de moins bonnes performances (production de lait ou reproduction) que les vaches en normocalcémie.

Finalement, les vaches problématiques à repérer dans les troupeaux sont les dyscalcémiques (hypocalcémie persistante et retardée). Le point qui distingue les vaches à problème ou normales est la calcémie au 4e JEL. Les vaches problématiques sont faibles en calcium le 4e jour tandis que les vaches dites normales ont une calcémie normale. Voyons plus précisément comment les identifier à la prochaine section.

Si depuis quelques mois vous remarquez plus de métrites, de déplacements de caillette, une production plus faible dans les 15 premiers jours en lait, ou encore que votre taux de conception à la première saillie a diminué, sans que vous puissiez en identifier la cause, vos vaches sont peut-être en hypocalcémie, ce qui, discrètement, a un impact sur la rentabilité de votre entreprise.

Diagnostic

Comme suggéré dans les paragraphes précédents, le moyen de détecter les vaches problématiques est de prélever du sang le 4e jour après vêlage pour toutes les vaches de 2e lactation et plus. On utilise un tube sec (souvent les tubes au bouchon rouge). Les tubes de sang peuvent être conservés au réfrigérateur à 4 °C, au maximum 14 jours (ce qui permet de garder les tubes jusqu’à la prochaine visite vétérinaire, si les visites ont lieu toutes les deux semaines).

L’hypocalcémie subclinique semble affecter principalement les 2es lactations et plus. On prélève alors uniquement les multipares, même si elles ont des maladies, et peu importe si elles ont reçu des bolus de calcium récemment. Pour avoir une idée fiable de la proportion d’hypocalcémie subclinique dans un troupeau, il faut au moins 12 sujets prélevés.

Le dosage du calcium sera fait au laboratoire, et si la valeur est inférieure à 2,2 mmol/L, la vache sera considérée comme étant en hypocalcémie subclinique. Pour connaître le pourcentage d’hypocalcémie subclinique dans un troupeau, on divisera alors le nombre de vaches en hypocalcémie subclinique par le nombre de prélèvements total (donc au moins 12).

L’hypocalcémie subclinique est discrète et a des impacts importants à l’échelle du troupeau, ça vaut donc la peine d’y penser lorsque les performances diminuent ou que les maladies en début de lactation augmentent. En plus, l’hypocalcémie subclinique est facile à diagnostiquer à l’aide d’un prélèvement de sang. Alors, n’hésitez pas à en discuter avec votre médecin vétérinaire qui pourra vous aider à établir un protocole de détection.

Pour savoir si vous avez trop d’hypocalcémie subclinique dans un troupeau, un autre article sera publié prochainement avec les résultats d’une étude sur la proportion moyenne dans quelques fermes du Québec.

Référence

McArt, Jessica A.A. et Garrett R. Oetzel (2023). Considerations in the Diagnosis and Treatment of Early Lactation Calcium Disturbances. Veterinary Clinics of North America: Food Animal Practice, 39(2), p. 241-59. https://doi.org/10.1016/j. cvfa.2023.02.009