Devriez-vous augmenter ou diminuer la quantité d’ensilage de maïs dans la ration?

Les producteurs qui travaillent avec de l’ensilage de maïs se questionnent parfois sur la proportion optimale que cet aliment devrait prendre dans la ration. Répondre à cette question n’est pas une tâche facile, car les effets sur l’entreprise sont multiples et complexes. Regardons les faits pour orienter votre décision.

Impact à l’étable

Chaque type de fourrage a ses avantages dans la ration. L’ensilage de maïs permet d’apporter de l’énergie à faible coût et une stabilité dans le temps en ce qui a trait à la valeur nutritive. Chez les plantes fourragères pérennes, on va principalement chercher une source abordable de protéines dégradables ainsi que des fibres efficaces qui aident à optimiser la santé ruminale.

À quel point la proportion de ces différents fourrages peut-elle influencer la performance des vaches? Une étude de l’Institut Miner, dans l’État de New York, a tenté de répondre à la question. Les chercheurs ont comparé 5 rations contenant un foin de luzerne de haute qualité ainsi que de l’ensilage de maïs. La proportion d’ensilage de maïs variait de 10 à 90 % (voir le tableau 1).

La proportion d’ensilage de maïs n’a pas eu d’impact significatif sur la consommation, la production de lait corrigé pour l’énergie, le pourcentage des composantes ni sur les kg de gras produits. En revanche, la production de protéines vraies a été optimisée à un ratio de 70 %. Cela est possiblement expliqué par un meilleur synchronisme entre les protéines dégradables de la luzerne et l’amidon fermentescible du maïs, ce qui aurait permis d’optimiser la production de protéines microbiennes dans le rumen. C’est aussi à ce ratio que le niveau d’urée du lait le plus faible a été observé, ce qui appuie l’hypothèse d’une meilleure utilisation de l’azote dans le rumen. La proportion d’acides gras de novo était plus élevée pour un ratio se situant entre 50 et 70 % d’ensilage de maïs, ce qui indique que la santé ruminale était meilleure avec ces deux rations.

La conclusion de cette étude est que les vaches peuvent bien performer, peu importe le ratio d’ensilage de maïs. Cependant, la santé ruminale et la performance des animaux semblent optimisées lorsque le ratio d’ensilage de maïs se situe entre 50 et 70 %.

Plusieurs autres études ont aussi évalué cette question. Lorsqu’on combine les résultats de toutes ces recherches, on peut conclure qu’en général, la performance des animaux est souvent optimisée lorsqu’on évite les extrêmes et que l’on se situe autour du ratio 50 % (plus ou moins 25 %).

Bien entendu, le ratio choisi affectera le type de mélange fourrager désiré ainsi que l’importance de la qualité de la récolte. Un ratio d’ensilage de maïs plus élevé nécessite un fourrage plus riche en protéines, et donc à base de légumineuses. À l’inverse, quand le mélange fourrager occupe une plus grande place dans la ration, on préfère une proportion plus élevée de graminées, et la qualité du matériel récolté devient encore plus importante.

Il ne faut toutefois pas seulement s’arrêter aux impacts nutritionnels pour répondre à la question initiale. Une ferme laitière, ce n’est pas juste une étable, il y a aussi les champs!

Impact au champ

Dans le champ aussi, chaque type de fourrage a ses avantages pour la ferme. Pour l’ensilage de maïs, on bénéficie de rendements élevés et d’une plus grande simplicité pour la récolte. Pour ce qui est des plantes fourragères pérennes, on profite d’un impact positif sur la santé du sol et sur le rendement de la culture suivante, tout en diminuant la quantité de fertilisant azoté nécessaire.

Or pour pleinement tirer les bénéfices agronomiques associés aux prairies, il faut leur faire une place de choix dans la rotation. Ultimement, c’est la proportion d’ensilage de maïs dans la ration et les rendements qui vont déterminer la rotation utilisée à la ferme.

En utilisant les rendements et les hectares disponibles dans la ferme moyenne, on arrive vite à la conclusion qu’avec un ratio d’ensilage de maïs de 70 % et plus, il devient très difficile d’avoir une rotation optimale, c’est-à-dire une rotation qui ne comporte pas deux années ou plus de maïs de suite sur la même parcelle. N’oublions pas qu’un maïs de deuxième année coûte beaucoup plus cher à produire qu’un maïs suivant une prairie ou du soya. Ceci s’explique par l’impact sur le rendement et la quantité d’azote nécessaire (voir le tableau 2).

Dans cette étude réalisée au Wisconsin, les chercheurs ont évalué l’effet de 30 ans de rotation sur le rendement du maïs-grain recevant différents apports en azote. Pour le maïs de deuxième année dans la rotation comprenant 3 ans de prairies (rotation 2), une dose d’azote de 224 kg/ha a été nécessaire pour atteindre un rendement d’environ 10 t/ha. Pour le maïs suivant le soya dans une rotation comprenant 2 ans de prairies (rotation 3), même si la dose d’azote ajoutée a été coupée de moitié, le rendement était proche de 10 t/ha. Et pour le maïs, sur un retour de 3 ans de prairies, même s’il n’y avait aucun apport d’azote ajouté, un rendement de 10 t/ha a été obtenu. Une dose de 112 kg/ha a même permis d’aller chercher 1 t/ha supplémentaire de rendement. On peut facilement se douter que le résultat serait similaire pour les rendements d’ensilage de maïs. À l’échelle d’une ferme, imaginez l’effet que cela peut avoir sur la rentabilité.

Sans parler de l’impact sur les maladies! C’est bien connu que la culture successive du maïs est l’un des principaux facteurs expliquant la présence de fusariose, la maladie majoritairement responsable des problèmes de mycotoxines. Celles-ci peuvent en effet avoir une incidence majeure sur la performance des animaux ainsi que sur les coûts d’alimentation. En pratiquant une rotation optimale, on diminue drastiquement le risque de connaître ces problèmes.

Quelle proportion choisir?

En considérant les éléments précédents, quel est le ratio optimal? La réalité, c’est que la réponse varie d’une entreprise à une autre selon plusieurs facteurs, comme le coût des aliments dans la ration, le coût de production des fourrages, etc. À vous d’analyser les avantages et les inconvénients dans votre situation.

Vos conseillers sont des alliés précieux. Pensez à examiner vos données avec eux à leur prochaine visite afin d’identifier un ratio optimal. Une fois que vous avez déterminé ce ratio, l’étape suivante consiste à ajuster vos rotations de cultures en conséquence. Bonnes réflexions!