Une microlaiterie pour faire une place à la relève

Pour intégrer leurs fils dans l’entreprise familiale, Chantale Riverin et Sylvain Gauthier ont pris une avenue qu’ils n’avaient jamais envisagée : ouvrir une microlaiterie.

Chantale et Sylvain n’ont jamais eu l’ambition de se lancer dans la transformation et la vente de produits laitiers. Ils se sont rencontrés à l’école d’agriculture et ont pris la relève, en 1999, de la Ferme Thierry Holstein qui appartenait aux parents de Sylvain.

Au fil des ans, ils ont modernisé l’entreprise et développé la génétique de leur troupeau. Aujourd’hui, ils ont une cinquantaine de vaches en lactation. Quand leurs fils Alexandre et Philippe ont manifesté leur intérêt à reprendre la ferme familiale, le couple s’est retrouvé devant un questionnement important : comment intégrer deux enfants dans une ferme de 60 kilos de quota et dans un secteur où les terres à vendre se font rares?

Ils ont choisi de créer la Microlaiterie Riverin du Lac, inaugurée en 2022 à Hébertville-Station, au Lac-Saint-Jean. « On n’a jamais vraiment cherché à avoir une plus grosse ferme, précise Chantale. On a voulu varier nos revenus autrement. C’est un autre type de croissance pour notre entreprise. »

L’innovation pour se démarquer

Le défi était grand. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les fromageries sont déjà nombreuses et bien établies. « On s’est dit : “On se part, mais on fait pas de fromage”, se souvient l’entrepreneure. À cinq minutes de chez nous, il y avait déjà trois fromageries. Il fallait proposer autre chose. On voulait être différents. »

Le couple a donc décidé de miser sur des produits moins courants, comme le gelato et le beurre de culture. « Je dirais que le beurre de culture est le produit qui se démarque le plus, explique Chantale. C’est un produit assez rare. On en vend beaucoup à la boutique, mais aussi à des restaurants à Québec. »

Les entrepreneurs ont aussi installé un bar à lait aromatisé en vrac. Les saveurs changent chaque semaine selon les saisons et les tendances du moment. « Il faut être créatifs. Cette semaine, on a du lait à la banane, aux bleuets et au chocolat Dubaï », énumère Sylvain.

« En fait, on a presque toujours le lait à la banane. On a voulu le changer, mais les gens en redemandaient », dit Chantale, encore surprise de cette popularité.

Des yogourts et du lait nature, au chocolat et au café moka complètent la gamme. Tous les produits sont fabriqués à partir du lait A2 de la ferme et sucrés avec du sirop d’érable, deux autres façons de se créer une signature.

« On a commencé à faire des croisements génétiques pour produire du lait A2 bien avant l’idée de la microlaiterie, précise Chantale. On avait lu un article dans une revue européenne sur le sujet. On s’était dit : “On le fait, on sait jamais, ça pourrait être utile”. » Aujourd’hui, le lait A2 attire plusieurs fidèles clients.

Deux ans après l’ouverture de la microlaiterie et, contre toute attente, les Riverin-Gauthier ont dû revenir sur leur décision de ne pas faire de fromage. « Les gens nous l’ont demandé. Je pensais qu’ils avaient déjà assez de fromage, mais non », lance Chantale en riant. Les entrepreneurs ont donc investi dans les équipements nécessaires à la fabrication de fromage frais en grains et en bloc. Ils ont opté pour un fromage moins salé, qui laisse davantage de place au goût du lait.

Plus récemment, ils se sont aussi lancés dans la production de cottage. « C’est très populaire en ce moment, on s’est dit qu’on allait essayer, dit Chantale. Il faut tout le temps innover. »

Au-delà des produits, les propriétaires souhaitaient offrir une expérience agréable autant aux touristes qu’aux habitués qui se rendent sur place. « Ils viennent ici pour passer du temps dans un bel endroit, souligne Sylvain. On a une aire de jeux pour les enfants et des tables à pique-nique. Ils peuvent relaxer en regardant les vaches dans le pâturage. »

« Il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir une famille s’installer à une table à pique-nique avec nos produits et qui nous dit : “Merci d’exister, c’est bon”. C’est notre paye au bout de la journée », ajoute Chantale.

 

 

Les entrepreneurs ont décidé de se démarquer avec des produits laitiers moins courants, comme le gelato, le beurre et le yogourt. Différents laits embouteillés dans des bouteilles en verre sont aussi offerts.

Un nouveau métier à apprendre

Produire du lait est une chose, mais le transformer et le vendre est une tout autre aventure. Chantale et Sylvain ont dû bâtir leur plan d’affaires, obtenir du financement, apprendre à fabriquer les produits selon des normes strictes et développer des habiletés en marketing.

« Le plus grand défi, c’est de se faire connaître, révèle Chantale. Tu as beau avoir un bon produit, les gens atterrissent pas dans ta cour par magie. Il faut être présents sur les médias sociaux, faire de la publicité et se bâtir une image de marque. »

Chantale et Sylvain insistent aussi sur l’importance d’être patient. « La rentabilité n’arrive pas du jour au lendemain. Après quatre ans, on a une belle croissance. Mais les deux premières années, on se demandait pourquoi on faisait ça. Il faut se laisser du temps, avoir les reins solides et être prêts à travailler fort », indique Chantale.

Le projet s’est aussi complexifié quand ils ont voulu vendre leurs produits dans les épiceries. Sylvain explique : « Sur les tablettes, il y a énormément de produits laitiers. Il faut être capables de se démarquer pour que les gens nous choisissent. C’est quelque chose qu’on avait sous-estimé.»

Quel conseil donneraient-ils à ceux et celles qui veulent démarrer un projet similaire? « Entourez-vous des bonnes personnes pour vous aider, dit Chantale sans hésiter. Il y a tellement de normes à respecter dans une fromagerie, il faut parler à des experts et ne pas faire confiance à n’importe qui. »

Le couple est d’ailleurs reconnaissant d’avoir pu profiter du savoir-faire des autres transformateurs de la région. « On a été chanceux de les avoir! On leur a posé beaucoup de questions. Ils sont venus nous visiter et ils nous ont donné des conseils. On se parle encore beaucoup, il y a une belle solidarité entre nous », mentionne Chantale.

« Depuis qu’on est ouverts, d’autres producteurs viennent nous voir à leur tour. On essaie de redonner ce qu’on a reçu », ajoute Sylvain.

Fiers du chemin parcouru

Chantale n’oubliera jamais le 18 mars 2022, jour de l’ouverture de la microlaiterie : « Il y avait plein de monde qui attendait. J’étais cachée en arrière de la porte et je me disais : “Qu’est-ce qu’on a fait? Est-ce que c’était le bon chemin à prendre?” »

Quatre ans plus tard, les doutes se sont dissipés. « On dirait que ça fait juste un an qu’on a démarré tellement le temps passe vite. On s’est adaptés à une nouvelle vie. Chaque jour, on apprend et on progresse en restant autant passionnés par ce qu’on fait », dit-elle.

Avec le recul, Chantale mesure aussi l’ampleur de ce qu’ils ont bâti depuis l’achat de la ferme, en 1999. « À l’époque, raconte-t-elle, c’était pas grand-chose comparé à aujourd’hui. C’est une belle fierté d’avoir réalisé notre projet en famille, d’avoir fait de la place aux jeunes et de voir grandir nos petits-enfants. »

Pour Sylvain, la plus grande satisfaction vient autant du chemin parcouru que de la reconnaissance des clients : « Je n’aurais jamais pensé être capable d’apprendre tout ça. Passer d’agriculteur à transformateur, c’est un autre métier complètement. Il faut accepter de sortir de sa zone de confort. Mais c’est beau de voir toutes les étapes de la fabrication des produits et d’être en contact avec les gens. Leurs commentaires valent de l’or. »

« On ne voulait pas transformer pour transformer, poursuit-il. On voulait fabriquer de bons produits. On voit que les clients sont reconnaissants de ce qu’on leur offre. On a presque juste des commentaires positifs, c’est merveilleux. »

 

La ferme et la microlaiterie sont situées à quelques mètres l’une de l’autre. Les clients ont la chance d’observer les vaches au pâturage en mangeant leur gelato ou en dégustant leur pique-nique.