Tarissement des vaches hautes productrices : des stratégies efficaces

Le tarissement des vaches hautes productrices peut représenter un défi. Voici des stratégies concrètes pour y arriver. Cet article est inspiré de la conférence du Dr Stirling Dorrance présentée lors du Dairy Dynamics de Holstein Canada.

Étape 1 : Réduire la production laitière à 15 kg ou moins par vache par jour

Le Conseil national de la mammite (National Mastitis Council – NMC) recommande de réduire la production laitière à 15 kg/j ou moins avant de procéder au tarissement. Le tarissement des vaches qui produisent encore beaucoup de lait augmente le risque d’infections intramammaires et de mammites pendant la période de tarissement et au cours de la lactation suivante. Une production élevée avant le tarissement peut également nuire au confort et au bien-être. Des études montrent des changements métaboliques plus importants et une inflammation persistant plus longtemps chez les vaches produisant plus de 15 l/j au tarissement. De plus, les vaches produisant plus de 14 l/j au tarissement présentent davantage de stress et de vocalisations ainsi qu’une involution mammaire retardée.

La réduction de la production laitière avant le tarissement contribue à protéger la vache pendant cette période de vulnérabilité de multiples façons. Elle limite les écoulements de lait et l’entrée de bactéries en permettant une bonne fermeture de l’extrémité du trayon et en renforçant les défenses immunitaires tant locales (trayons et pis) que systémiques. Cependant, il est de plus en plus difficile d’obtenir une production laitière réduite conforme aux recommandations au moment du tarissement dans les exploitations laitières modernes. La sélection génétique et les améliorations apportées à l’alimentation, aux pratiques d’élevage et à la régie ont entraîné une augmentation de la production laitière moyenne au moment du tarissement au fil du temps. Cette production accrue par lactation représente un défi réel pour l’obtention de résultats optimaux pendant la période de tarissement. La gestion du tarissement reste un sujet important aujourd’hui et des stratégies supplémentaires ou alternatives pour le tarissement des vaches hautes productrices sont nécessaires et en cours d’élaboration.

Il est possible de réduire la production laitière en recourant à différentes stratégies :

  1. Modifier la ration : réduire la quantité de concentrés donnés aux vaches ou passer de fourrages riches en protéines et en énergie à des fourrages moins énergétiques, sans pour autant réduire la quantité de fourrage disponible, peut contribuer à diminuer la production laitière. Consultez votre conseiller en alimentation pour vous assurer que les besoins alimentaires sont bien couverts.
  2. Ajuster la fréquence de traite : une réduction progressive de la fréquence de traite avant le tarissement permet de diminuer efficacement la production laitière. Différents protocoles peuvent être utilisés, comme la traite intermittente, dans le cadre de laquelle les vaches doivent tout de même être traites au moins une fois par jour. Cette stratégie s’avère particulièrement efficace pour réduire la production laitière lorsqu’elle est associée à des changements alimentaires. La figure 1 présente les baisses de production laitière observées dans le cadre d’études évaluant des changements alimentaires, une modification de la fréquence de traite ou une combinaison de ces approches.
  3. Administrer des bolus oraux pour vaches taries : composés de minéraux anioniques, ils entraînent une diminution de la consommation de matière sèche pendant une courte période, ce qui se traduit par une baisse de la production laitière.
  4. Changer la vache d’environnement : le fait de déplacer la vache dans un autre enclos peut contribuer à réduire la production et faciliter l’adaptation au nouveau régime alimentaire.
  5. Considérer la vaccination : une étude récente a montré que l’administration d’un vaccin 11 jours avant le tarissement contribuait à réduire la production laitière avant le tarissement, à diminuer l’inflammation et à améliorer les performances lors de la lactation suivante.

Étape 2 : Bien « boucher » les trayons

Les vaches disposent d’un mécanisme naturel de protection pendant la période de tarissement. L’intérieur du bout des trayons est tapissé d’un épithélium kératinisé qui produit de la kératine et une substance de type mucine formant un bouchon dans le canal du trayon après le tarissement. Il s’agit d’une barrière antibactérienne à la fois physique et chimique. Cependant, de nombreuses vaches ne parviennent pas à former un bouchon efficace. Il peut s’agir de vaches présentant des trayons qui fuient ou des bouts de trayons endommagés, de vaches taries trop brusquement ou encore de vaches ayant eu plusieurs lactations. C’est pourquoi les produits commerciaux de scellant interne à trayon peuvent s’avérer utiles. Lorsqu’ils sont appliqués avec de bonnes mesures d’hygiène et selon une technique correcte, ces produits peuvent aider à protéger les vaches contre de nouvelles infections mammaires pendant la période de tarissement. Il est essentiel de bien respecter les procédures d’application et de retrait.

 

Bonnes pratiques pour l’utilisation d’un scellant interne à trayon

  • Travailler dans un environnement propre, veiller à ce que la vache soit immobilisée sécuritairement et l’identifier clairement comme étant tarie.
  • Porter des gants propres et vider complètement les quartiers.
  • Bien nettoyer et désinfecter les trayons et leurs extrémités à l’aide de tampons d’alcool (un par trayon).
  • Si cela est nécessaire ou prescrit, administrer d’abord les antibiotiques intramammaires pour le traitement au tarissement (en suivant les instructions figurant sur l’étiquette du produit ou celles du médecin vétérinaire).
  • Utiliser une seringue de scellant pleine par trayon, injecter lentement et pincer doucement la base du trayon pendant l’injection pour éviter que le scellant ne monte vers le pis. Ne pas masser le trayon après l’application du scellant; appliquer un désinfectant post-traite après l’insertion du scellant.
  • Après le vêlage, retirer le produit par traite manuelle et jeter le lait contenant des résidus.

Étape 3 : Évaluer l’efficacité de votre approche au tarissement

Les indicateurs de santé et le comptage de cellules somatiques (CCS) des vaches en début de lactation doivent faire l’objet d’un suivi minutieux grâce à une tenue détaillée des registres et une révision des données. Le rapport Suivi des vaches taries et fraîches de Lactanet constitue un outil utile pour évaluer à la fois l’efficacité du tarissement et l’impact global des pratiques de gestion entourant cette période sur la santé mammaire. Ce rapport facilite l’évaluation de la santé mammaire à l’échelle du troupeau en comparant le CCS du dernier test effectué avant le tarissement et celui du premier test de la lactation suivante. Des indicateurs similaires peuvent également être générés par les logiciels de gestion de troupeau qui importent les données de CCS issues du contrôle laitier, si c’est la méthode choisie pour examiner et utiliser ces données. Cette approche permet de suivre l’état de santé mammaire et de répondre à des questions importantes, telles que :

  • Les vaches débutent-elles leur lactation en bonne santé ou infectées?
    Objectif général : moins de 15 % de nouvelles infections chez les vaches matures et moins de 10 % chez celles de première lactation.
  • Les taux de guérison attendus sont-ils atteints pendant la période de tarissement?
    Objectif général : moins de 5 % d’infections chroniques (absence de guérison).
  • De nouvelles infections surviennent-elles entre le tarissement et le vêlage?
    Objectif général : moins de 10 % de nouvelles infections pendant la période tarie-fraîche.

Ces objectifs s’appuient sur les références des troupeaux canadiens et sur les performances généralement atteintes par les troupeaux les plus performants (20 à 30 %). Le suivi de ces indicateurs est particulièrement important pour les producteurs qui envisagent d’adopter (ou qui ont déjà adopté) une approche de traitement sélectif au tarissement. Il est essentiel de surveiller de près les aspects dynamiques de la mammite subclinique en période de transition et les cas de mammite clinique en début de lactation pour comprendre l’impact de toute modification apportée aux protocoles de traitement de tarissement.

Enfin, il est essentiel de collaborer avec votre médecin vétérinaire pour établir un protocole de tarissement adapté à votre troupeau; il pourra vous aider à vous doter des outils appropriés, s’assurer que vous collectez des données fiables pour prendre des décisions éclairées et bien évaluer l’efficacité de ce protocole.

Quels sont les avantages liés au respect des bonnes pratiques pendant la période de tarissement?

  1. Moins de stress pour les vaches qui entrent dans cette période critique (amélioration de leur santé et leur bien-être)
  2. Contribution au succès du traitement des vaches taries et à un meilleur succès en termes de guérison
  3. Réduction du CCS, des nouvelles infections et de l’utilisation d’antimicrobiens
  4. Meilleure qualité du lait
  5. Réduction des taux de réforme involontaire
  6. Amélioration de la production, de la reproduction, de la longévité et de la rentabilité

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