Salle de traite, robot de traite ou un mélange des deux?

Même si les forces et les limites de chaque système de traite sont connues, choisir la solution la mieux adaptée à son entreprise n’est pas toujours simple. Les défis liés à la main-d'œuvre peuvent être un facteur déterminant dans la prise de décision.

Dans la revue de mars 2025, nous avons documenté les défis et les impacts de la transition vers la traite robotisée pour les entreprises laitières. En moyenne, cette transition génère des gains de productivité, mais les résultats dépendent de la situation de départ. Ce gain n’est généralement pas un facteur décisif dans le choix entre la traite robotisée et la salle de traite, car la productivité des troupeaux est comparable dans ces deux modèles.

Les investissements additionnels nécessaires pour la robotisation sont aussi un sujet bien documenté. En 2024, l’investissement supplémentaire des étables robotisées par rapport à celles équipées d’une salle de traite était estimé à un montant de 2 000 $ à 3 000 $/vache. Lorsqu’ils sont bien utilisés, ces investissements peuvent se justifier. Dans l’article paru dans cette revue en mars 2025, nous prônions donc l’optimisation de l’utilisation de ces actifs supplémentaires et des données qu’ils génèrent en mettant de l’avant l’efficacité des robots comme indicateur de performance.

Souvent, la décision se prend en fonction de la main-d’œuvre et des enjeux humains. Plusieurs aspects sont concernés : les conditions de travail et la qualité de vie, l’économie de temps et de salaire ainsi que la gestion d’employés.

Impact sur les conditions de travail et la qualité de vie

La traite est une tâche routinière et répétitive, c’est pourquoi elle peut causer des troubles musculosquelettiques (TMS)1, surtout si elle est la principale tâche de l’employé. Bien que certaines mesures puissent être prises pour réduire les risques de blessures, cette réalité soulève des questions de santé et de sécurité au travail et devient un problème majeur pour les producteurs, tant pour le recrutement que pour la rétention de la main-d’œuvre affectée à cette tâche.

Cette répétitivité est aussi l’une des raisons pour laquelle la traite se prête bien à l’automatisation. C’est donc sans trop de surprise que plusieurs associent la robotisation à une amélioration de la qualité des conditions de travail et de la qualité de vie. Mais en traite robotisée, les bris et les problèmes peuvent survenir à toute heure du jour ou de la nuit. C’est un désavantage, surtout pour les plus petites entreprises qui peuvent difficilement se permettre d’avoir plusieurs membres de leur personnel qualifiés pour entretenir et réparer les robots en tout temps.

La valeur des économies de temps et de main-d’oeuvre

Les études de Lactanet réalisées en 2011 suggéraient une réduction du temps consacré à la traite de 75 à 80 % et une économie totale de temps de 2 min/v/jr à 3,8 min/v/jr pour la traite robotisée par rapport aux salles de traite. L’étude de 2024 menée par Progressive Dairy Operators (PDO)2 vient confirmer l’économie de temps de traite et suggère un temps de travail pour les étables robotisées de 9,3 min/vache/jr, comparativement à 11,5 min/vache/jr pour celles ayant accès à un salon de traite (excluant les salons rotatifs). C’est donc en moyenne 2,2 minutes par vache/jr de moins pour toute la charge de travail reliée à la production de lait. Selon l’estimation, cela représente de 800 à 1 100 heures d’économie par an par tranche de 60 vaches.

Mais est-ce que ça en vaut la peine, puisqu’on pourrait engager des travailleurs étrangers? Dans son rapport de 2024, PDO rapporte des salaires variant de 16,71 $/h à 23,50 $/h pour des employés attitrés à la traite des vaches. Vu les heures de travail économisées, on pourrait calculer des économies variant de 13 000 $/60 vaches/an à 26 000 $/60 vaches/an.

Au Québec, le salaire minimum des travailleurs étrangers (TET) est de 16,60 $/h. Mais lorsqu’on inclut les autres frais, on arrive le plus souvent à un coût total pouvant atteindre 25 $/h. Les frais de logement, qui doivent être couverts par l’employeur, peuvent représenter de 2 $/h à 5 $/h, selon le montant payé et le nombre d’heures travaillées par mois. Ce coût de logement représente les frais mensuels pour une location ou un investissement immobilier. Si l’on opte pour l’acquisition d’un bien immobilier, en plus du loyer, il faut considérer les avantages (possibilité de gains de capitaux et assurance d’avoir les places requises) et les inconvénients (temps d’entretien, emprunts et impacts sur les liquidités de l’entreprise).

Finalement, il faut aussi compter les frais de communications (wifi) et de transport de base qui doivent être offerts aux TET. Il faut également être conscient des délais (5 à 6 mois ou plus) reliés à l’embauche de TET, ce qui peut représenter des contraintes importantes si les besoins changent ou évoluent rapidement. Des programmes de maillage sont toutefois en développement et pourraient offrir des options supplémentaires et répondre plus rapidement au besoin de main-d’œuvre au cours des prochains mois.

La capacité de gestion des employés

Si l’on dit que pour rentabiliser l’investissement dans la traite robotisée, il faut pouvoir assurer l’utilisation efficace de nos robots, le même principe s’applique à la main-d’œuvre. Pour tirer le meilleur de nos employés, il faut avoir la capacité de les soutenir et de les encadrer de la bonne façon. Cela repose souvent sur une communication efficace, ce qui peut représenter un défi imposant pour plusieurs producteurs. Pourtant, il faut le considérer dans nos choix stratégiques, surtout si l’on pense choisir un modèle d’affaires qui requiert plus de main-d’œuvre. Quelle sera la disponibilité de la main-d’œuvre, notre capacité à les soutenir, les former et les retenir? La bonne nouvelle, c’est que la gestion de personnel, ça s’apprend. Il faut juste savoir si on est prêt à investir temps et énergie dans notre capacité à gérer le personnel, ou engager les ressources internes ou externes pour le faire.

Le meilleur des deux mondes

Depuis maintenant quelques années, on entend parler du principe de batch milking qui promet des économies sur les équipements de robotique et combine les avantages de la robotique tout en laissant la possibilité de gérer l’alimentation et les heures de traite par groupe d’animaux. Malheureusement, ça ne semble pas encore bien adapté à la réalité des troupeaux du Québec, entre autres, puisque le principe de batch milking s’applique principalement à des troupeaux de grande taille, avec des exemples basés sur des installations comptant de 10 à 15 robots.

1 Douphrate, David I., Matthew W. Nonnenmann, Robert Hagevoort et David Gimeno Ruiz de Porras. Work-related musculoskeletal symptoms and job factors among large-herd dairy milkers. Journal of agromedicine, 21, no 3 (2016) : 224-233. Cockburn, M., P. Savary, M. Kauke, M. Schick, U. Hoehne-Hückstädt, I. Hermanns et R. Ellegast. Improving ergonomics in milking parlors: empirical findings for optimal working heights in five milking parlor types. Journal of dairy science, 98, no 2 (2015) : 966-974.
2 Progressive Dairy Operators : https://www.pdo-ontario.ca/2024-triennial-symposium