Les vaches sont des herbivores très peu sélectifs dans leur mode de préhension des aliments. Il en résulte que tout ce qui est inclus dans les aliments est potentiellement ingéré avec les risques inhérents. On parle de réticulo-péritonite ou gastrite traumatique. L’ingestion du corps étranger, le plus souvent métallique et pointu, transperce le réseau (un des quatre estomacs des bovins) et cause une infection dans l’abdomen que l’on nomme « péritonite ».
Pourquoi les vaches ont-elles ce type de problème? Les aliments sont prélevés avec la langue plutôt qu’avec les lèvres. Les espèces qui utilisent les lèvres pour s’alimenter (chevaux, chèvres, etc.) sont plus sélectives et choisissent beaucoup plus leurs aliments. De plus, les manipulations humaines effectuées sur les aliments favorisent l’introduction de petits bouts métalliques. En effet, hacher les aliments peut transformer une longue broche en une multitude de petits morceaux. Les morceaux de plus de 3 ou 4 cm semblent plus susceptibles de causer un problème. Outre les morceaux de broche, tous les résidus de construction (clous, vis, etc.) peuvent se trouver un chemin jusqu’aux aliments après des travaux à la ferme. Les particules lourdes (métal) se retrouvent toujours dans l’estomac que l’on appelle le réseau. C’est aussi à cet endroit que l’aimant va se retrouver et y rester pour la vie de l’animal.
Le traitement d’une réticulite (perforation par un corps étranger pointu) vise deux grands objectifs : neutraliser le corps étranger perforant (accoler à un aimant ou enlever par une chirurgie) et contrôler l’infection. Le pronostic est généralement favorable, mais si le traitement est instauré trop tardivement, les séquelles de la réticulo-péritonite sont alors irréversibles. L’animal deviendra graduellement de moins en moins productif et devra éventuellement être euthanasié.
La prévention demeure donc l’élément clé :
- L’utilisation d’un aimant sur le chariot distributeur d’aliments diminue les risques en retirant les objets métalliques des aliments.
- L’administration d’un aimant à toutes les taures, en prévention, permet une meilleure protection. La présence de l’aimant dans le réseau de l’animal avant l’introduction du corps étranger préviendra la perforation. En effet, le bout de broche (clou, vis, etc.) étant relativement lourd en comparaison de la fibre alimentaire se retrouvera au même endroit que l’aimant et s’y accolera. De cette manière, il ne pourra pas s’insérer dans la muqueuse du réseau qui a une structure particulière propice à être piquée (voir photos). À noter que seuls les objets métalliques seront neutralisés ainsi. L’aimant sera inutile sur des morceaux d’aluminium. Heureusement, cela semble beaucoup moins fréquent. Un seul aimant devrait être administré. En raison des champs magnétiques qui s’opposeront en partie, deux aimants offrent moins de puissance qu’un seul. Donc, deux ce n’est pas mieux! Il est facile de vérifier si une vache a déjà un aimant en utilisant une boussole.
L’utilisation d’aimants en traitement quand on suspecte qu’une vache souffre en raison de la présence d’un corps étranger causant une réticulo-péritonite n’a rien à voir avec les pouvoirs de guérison conférés aux pierres naturellement magnétiques au Moyen Âge. À cette époque, la magnétothérapie était recommandée pour désinfecter les plaies et traiter plusieurs troubles de santé, dont l’arthrite, l’empoisonnement et la calvitie. Même aujourd’hui, les aimants sont encore utilisés en médecine non conventionnelle sous forme notamment de colliers, bracelets ou matelas pour traiter une variété de problèmes de santé. Leur efficacité ne convainc pas tout le monde…
Par contre, en médecine vétérinaire, et plus spécifiquement pour la santé des vaches, les aimants sont efficaces et leur propriété pour prévenir la réticulo-péritonite traumatique est incontestable. C’est dans les années 50 que les premières publications sur les vertus des aimants pour traiter et prévenir la réticulo-péritonite traumatique chez les bovins laitiers sont apparues et depuis, leur utilisation est chose courante en pratique bovine.
On estime chez des troupeaux avec une excellente régie que 2 à 3 % des vaches vont devoir être éventuellement traitées, reformées ou condamnées à cause d’un problème de réticulo-péritonite traumatique. Pour un troupeau de 100 vaches, 3 vaches par année seront alors affectées et une ne répondra possiblement pas au traitement et quittera le troupeau. La clé du succès passe donc par l’administration d’un aimant à toutes les vaches du troupeau par mesure de prévention. Cela peut facilement être fait en même temps que la vaccination précédant la première saillie (ou insémination) ou lors du diagnostic de gestation. La vache à qui l’on administre un aimant à cet âge (1 an à 1½) le gardera sa vie durant.
Parfois, on se complique la vie et les choses simples et efficaces sont oubliées. Les aimants en prévention sont efficaces et sauvent la vie de plusieurs vaches chaque année. Ainsi, nombre de vaches voient leur longévité et leur productivité améliorées pour la modique somme de quelques dollars! Parlez-en à votre médecin vétérinaire et faites un plan de match.