Des données à l’action grâce au projet Méthane Québec

Grâce au projet Méthane Québec, les producteurs laitiers ont maintenant un nouvel indicateur permettant de suivre les émissions de méthane entérique de leurs vaches en lactation à partir d’un échantillon de lait de réservoir. Encore mieux, il leur est possible de simuler différentes stratégies de gestion et d’identifier celles qui réduisent les émissions… tout en améliorant la rentabilité.

Des données concrètes pour mesurer le méthane entérique

Depuis quelques années, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est au cœur des discussions entourant l’avenir de la production laitière. Parmi ces émissions, le méthane entérique représente une part importante (environ 50 %) de l’empreinte environnementale des fermes laitières. Mais jusqu’à récemment, il demeurait impossible pour un producteur de connaître les émissions réelles de ses animaux en continu sans avoir recours à des équipements de recherche spécialisés.

C’est précisément ce défi qu’a voulu relever l’équipe du projet Méthane Québec. L’idée était de rendre concrètes ses données non tangibles pour permettre au producteur de savoir d’où il part.

Le projet, réalisé grâce à une collaboration entre Les Producteurs de lait du Québec et Lactanet, permet aujourd’hui d’estimer les émissions de méthane entérique directement à partir d’un échantillon de lait de réservoir. Cette méthode est simple, peu coûteuse et applicable à grande échelle pour suivre l’évolution des émissions des troupeaux laitiers québécois.

Comment le modèle a-t-il été développé?

Le modèle utilisé dans le cadre du projet repose sur une importante base de données recueillies auprès de 14 fermes laitières québécoises de plusieurs régions sur une période de 2 ans. Les émissions de méthane ont d’abord été mesurées à l’aide d’équipements spécialisés (renifleurs), puis elles ont été mises en relation avec le spectre infrarouge du lait de réservoir qui est directement mesuré dans les laboratoires de Lactanet.

À partir de ces milliers de mesures, un modèle d’intelligence artificielle a été développé afin d’estimer les émissions de méthane entérique des vaches en lactation d’un troupeau uniquement à partir des échantillons de lait provenant du réservoir.

L’objectif n’est pas de mesurer de manière extrêmement précise le méthane, mais bien d’obtenir un indicateur fiable permettant de suivre les tendances des troupeaux dans le temps et de constater l’effet des changements dans l’étable sur les émissions.

Un suivi aux deux jours

L’un des grands avantages de cette approche est la fréquence des mesures.

En plus de n’exiger aucune action supplémentaire de la part des producteurs, les résultats sont estimés directement à partir des analyses du lait de réservoir réalisées tous les deux jours, en moyenne. Les producteurs obtiennent ainsi un portrait dynamique de l’évolution des émissions de méthane de leurs animaux en lactation et peuvent se comparer à la moyenne provinciale.

Contrairement à une mesure ponctuelle, cette fréquence permet de mieux suivre l’effet des changements alimentaires, des variations saisonnières ou d’événements particuliers à la ferme.

Comme pour plusieurs indicateurs biologiques qui sont aussi mesurés tous les deux jours à partir des échantillons du réservoir (gras, protéine, CCS…), une certaine variabilité est normale. C’est pourquoi l’interprétation doit toujours se faire en observant les tendances plutôt qu’en portant attention à une seule valeur.

Un nouvel outil disponible sur l’extranet des PLQ

Les producteurs de lait peuvent consulter leurs résultats directement sur leur extranet. Ils sont présentés en grammes de méthane par kilogramme de lait corrigé pour le gras et la protéine.

L’objectif est de permettre au producteur de comprendre où il se situe par rapport à la moyenne. Comme pour tous les indicateurs de gestion, ce sont les tendances à moyen terme qui permettent de prendre les meilleures décisions.

Passer de la mesure à l’action avec SimHerd

Mesurer constitue une première étape essentielle. Toutefois, la véritable valeur des données apparaît lorsqu’elles permettent d’orienter les décisions de gestion. C’est précisément le rôle de SimHerd.

Développé au Danemark et utilisé depuis plusieurs années dans d’autres pays, SimHerd est un modèle de simulation des troupeaux laitiers reconnu pour sa capacité à évaluer les impacts technico économiques de différentes stratégies de gestion.

Le modèle reproduit le fonctionnement complet d’une entreprise laitière en tenant compte notamment de :

  • la régie de reproduction
  • la qualité de l’élevage
  • l’efficience alimentaire
  • la santé

Chaque scénario est ensuite simulé sur un horizon de cinq ans afin d’estimer son impact sur la rentabilité globale de la ferme à moyen terme.

Grâce au projet Méthane Québec, Lactanet a adapté le modèle SimHerd au contexte québécois et canadien en plus d’intégrer les émissions de méthane, ce qui permet d’évaluer simultanément les effets économiques et environnementaux de différentes stratégies de gestion.

Autrement dit, il devient possible de répondre à cette question que plusieurs producteurs se posent : Est-il possible d’améliorer la rentabilité de son entreprise tout en diminuant le méthane? La réponse est oui! Mais comme chaque ferme est unique, les stratégies varient d’une à l’autre.

Comparer plusieurs stratégies avant de les mettre en place

L’un des grands avantages de SimHerd est de pouvoir simuler différentes stratégies, directement à partir des données recueillies, sans prendre de risques à la ferme.

Par exemple, une amélioration relativement modeste de l’efficience alimentaire, qui est une mesure de la capacité d’un animal à convertir les aliments en lait, peut avoir un effet important.

Dans un scénario simulé, une augmentation de 0,05 point de l’efficience alimentaire des vaches en lactation permet d’améliorer la marge opérationnelle d’environ 16 000 $, tout en réduisant les émissions de méthane d’environ 5,5 % pour l’ensemble du troupeau.

Cette amélioration provient essentiellement d’une meilleure conversion des aliments en lait. Une plus grande proportion de l’énergie consommée est dirigée vers la production de lait plutôt que vers les besoins d’entretien, ce qui réduit automatiquement les émissions de méthane par kilogramme de lait produit.

Un autre exemple concerne l’ajout d’une traite par jour. Dans ce scénario simulé, une augmentation d’environ 10 % de la production peut générer un gain économique d’environ 35 000 $, tout en diminuant les émissions de méthane de près de 3 %.

Cette stratégie repose sur un principe relativement simple : si moins de vaches sont nécessaires pour produire la même quantité de lait, les dépenses et les émissions sont réduites.

Ces exemples illustrent bien qu’il n’existe pas de solution universelle. Certaines entreprises obtiendront davantage de bénéfices en travaillant sur l’efficience alimentaire. D’autres auront plus à gagner en améliorant la reproduction, la santé ou la longévité du troupeau.

Les simulations personnalisées sont donc intéressantes parce qu’elles permettent d’identifier la meilleure stratégie pour maximiser la marge annuelle tout en réduisant les émissions de méthane entérique de la ferme.

L’objectif n’est donc pas uniquement de diminuer le méthane, mais bien d’identifier les stratégies qui améliorent l’efficacité globale du système de production par la mise en place d’un plan d’action.

Plus qu’un outil d’aide à la décision

Il est important de rappeler que SimHerd ne remplace pas l’expertise des conseillers. Le modèle fournit plutôt une estimation des conséquences probables de différentes stratégies à partir des données propres à l’entreprise.

Les résultats permettent ensuite d’alimenter les discussions entre le producteur, son conseiller en alimentation, son vétérinaire, son conseiller en gestion ou tout autre intervenant impliqué dans le succès de l’entreprise.

Cette approche favorise la prise de décisions mieux documentées et adaptées à la réalité de chaque ferme.

Et la suite?

Le méthane constitue une composante importante des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise laitière, mais il ne représente pas l’ensemble de l’empreinte carbone du lait.

Les travaux réalisés dans le cadre du projet Méthane Québec sont directement liés à une approche encore plus complète : les bilans carbone.

Contrairement au seul indicateur de méthane entérique, un bilan carbone tient compte de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise, incluant notamment les déjections, les cultures, les achats d’intrants et le stockage du carbone.

Cette vision globale permettra éventuellement d’identifier les leviers offrant les plus grands bénéfices environnementaux tout en tenant compte de la réalité économique et géographique des fermes québécoises.

En attendant, les nouveaux outils développés par Méthane Québec représentent déjà une avancée importante. Ils permettent aux producteurs de se mesurer pour passer à l’action et, surtout, d’évaluer les impacts économiques de différentes stratégies à moyen terme avant de les mettre en œuvre et d’encourager la collaboration multidisciplinaire.

Comme pour toute amélioration en production laitière, les meilleurs résultats reposent sur une bonne interprétation des données et un accompagnement adapté à la réalité de l’entreprise grâce à un plan d’action. N’hésitez donc pas à discuter de vos résultats avec vos conseillers afin d’identifier les stratégies les plus prometteuses pour votre troupeau. Même pour les troupeaux déjà performants, il y a toujours moyen de progresser.