Comment la durée du tarissement affecte-t-elle votre troupeau?

Deux mois de congé. Pas de stress. Juste se reposer? Ça ressemble à de belles vacances, et c’est ce qu’on veut pour les vaches pendant la période de tarissement. Elles ont plus de chances d’obtenir de meilleures performances durant la prochaine lactation quand le tarissement est bien géré.

Quelle est la durée idéale de la période de tarissement?

Il n’existe pas de chiffre unique qui convient à toutes les fermes. La durée de la période de tarissement dépend du nombre de stalles disponibles, de la production laitière, des performances reproductives, de la main-d’œuvre, des quotas et des journées additionnelles de production. En raison de ces multiples facteurs, les producteurs adoptent des stratégies très variées.

En général, les périodes de tarissement très courtes ou très longues ont été associées à des effets négatifs sur la production de la lactation suivante1,2.

Quand la période de tarissement est inférieure à 25 ou 30 jours, le pis n’a pas assez de temps pour récupérer complètement et se préparer pour la prochaine lactation, ce qui réduit la production de lait. Souvent, les périodes de tarissement courtes sont liées à des gestations plus courtes causées par des jumeaux, des avortements, des dystocies ou d’autres facteurs de stress. Des études récentes ont montré que les facteurs qui conduisent à des gestations courtes sont les principaux responsables des mauvaises performances associées à une période de tarissement courte3,4.

Les longues périodes de tarissement entraînent, quant à elles, souvent une prise de poids excessive avant le vêlage. Le risque de problèmes métaboliques et de maladies augmente donc. Les vaches qui ont une conception tardive et/ou une faible production en fin de lactation sont souvent taries plus tôt, ce qui contribue à une longue période de tarissement.

Ces associations sont basées sur des vaches spécifiques présentant une période de tarissement en dehors de l’objectif. Cependant, un petit nombre de vaches est peu susceptible d’avoir un impact significatif sur les performances globales du troupeau. Afin de mieux refléter la réalité des fermes, la durée moyenne de la période de tarissement à l’échelle du troupeau a été évaluée.

Que font réellement les producteurs canadiens?

Les données de 5 316 troupeaux répartis partout au Canada ont été analysées. En 2025, la période de tarissement moyenne était de 65 jours. Cependant, la distribution était large. La plupart des troupeaux (76 %) affichaient une période de tarissement de 40 à 70 jours, moins de 1 % des troupeaux, une période inférieure à 40 jours, et 23 % des troupeaux, une période supérieure à 70 jours.

Cette grande variation a incité les chercheurs à vérifier si la durée du tarissement est liée aux performances du troupeau et à la réussite de la période de transition.

Les performances des troupeaux ont été comparées selon trois groupes : les 10 % présentant la période de tarissement la plus courte (48 jours), les 80 % intermédiaires où la période de tarissement est moyenne (63 jours) et les 10 % présentant la période de tarissement la plus longue (97 jours).

Les deux premiers groupes comptaient en moyenne 92 vaches. Les troupeaux présentant une durée de tarissement longue étaient plus petits, comptant 73 vaches en lactation en moyenne.

À noter : même si les données examinées proviennent du contrôle laitier, les erreurs d’entrée de données ne peuvent être identifiées rétrospectivement. De plus, les entreprises où des protocoles de collecte d’embryons ou de FIV sont appliqués peuvent afficher une période de tarissement plus longue en raison de leur stratégie de reproduction, ce qui n’a pas été pris en compte dans l’analyse.

 

Comment les troupeaux performent-ils?

Les troupeaux ayant une longue durée de tarissement obtiennent les performances les plus faibles (Figure 1). Ils ont produit en moyenne 1 437 litres de lait, 66 kg de gras et 52 kg de protéines de moins par an que les troupeaux ayant une période de tarissement moyenne.

Les performances des troupeaux présentant une période de tarissement courte sont légèrement inférieures à celles des troupeaux où la période de tarissement est moyenne. Bien que la production de gras et protéines est similaire, les troupeaux présentant une période de tarissement courte ont produit en moyenne 217 kg de lait en moins par an. Ils ont également compté un nombre de jours de lactation plus élevé, ce qui correspond probablement à un choix de gestion consistant à traiter les vaches plus longtemps avant le tarissement plutôt qu’avoir un nombre élevé de vaches vêlant tôt.

 

Que se passe-t-il pendant la transition?

La période de transition est la période la plus difficile pour les vaches, et la gestion des vaches taries a un impact important sur la façon de traverser cette période. L’impact de la durée de la période de tarissement sur les indicateurs clés de transition a aussi été examiné (Tableau 1).

Les troupeaux présentant des périodes de tarissement courtes ou longues affichaient des indices de transition moyens plus faibles et une proportion plus élevée de vaches à l’indice négatif. Ces troupeaux affichaient également une production laitière plus faible à leur pic.

La proportion de vaches présentant un taux élevé de BHB dans le lait, ce qui indique une acétonémie subclinique, a été similaire dans tous les groupes. Par contre, les troupeaux présentant des périodes de tarissement plus longues affichaient le pourcentage le plus élevé de vaches réformées avant 60 jours de lactation. Comme mentionné précédemment, une période de tarissement plus longue pourrait entraîner une prise de poids à la fin de la gestation, ce qui augmenterait les problèmes métaboliques et le risque de maladies et, par conséquent, les risques que ces animaux soient réformés tôt dans la lactation.

Le type de logement change-t-il la situation?

Les mêmes tendances générales ont été observées chez les troupeaux, qu’ils soient en stabulation libre ou entravée. Les deux systèmes de logement présentaient des moyennes similaires dans le groupe à période de tarissement courte. Dans le groupe à période de tarissement longue, les troupeaux attachés présentaient des moyennes encore plus longues (104 jours) et une variation beaucoup plus importante d’un troupeau à l’autre.

Malgré ces différences, l’impact négatif des longues périodes de tarissement sur les performances et la réussite de la transition était constant, quel que soit le type de logement.

Qu’est-ce que ça signifie pour les fermes?

La durée cible de la période de tarissement varie d’un troupeau à l’autre. Les résultats ont montré qu’une période de tarissement modérément courte peut toujours favoriser une bonne production. Les troupeaux dont la période était dite courte présentaient un tarissement de plus de 35 jours, ce qui donnait aux vaches suffisamment de temps pour récupérer et se préparer à la prochaine lactation. Ce constat pourrait expliquer pourquoi leurs performances étaient similaires à celles des troupeaux au tarissement de moyenne durée.

Le risque le plus élevé est lié à une période de tarissement trop longue, qui a été associée à une baisse de la production de lait et de ses composants ainsi qu’à une augmentation des réformes précoces. De nombreux facteurs peuvent expliquer une période de tarissement longue, notamment une mauvaise reproduction, une faible production en fin de lactation et le manque d’espace disponible. L’amélioration de ces indicateurs, associée à la prévention d’une augmentation excessive de poids en fin de lactation et au renforcement de la gestion des vaches en transition, peut contribuer à accroître les performances à long terme du troupeau. Pour que la période de tarissement soit optimale, il faut assurer l’uniformité au sein du troupeau et préparer les vaches à une prochaine lactation productive.

RÉFÉRENCES
1 Cermakova, J., V. Kudrna, M. Simeckova, A. Vyborna, P. Dolezal et J. Illek (2014). Comparison of shortened and conventional dry period
management strategies. J. Dairy Sci., 97 : 5623-5636.
2 Kuhn, M. T., J. L. Hutchison et H. D. Norman (2006). Dry Period Length to Maximize Production Across Adjacent Lactations and Lifetime
Production. J. Dairy Sci., 89 : 1713-1722.
3 Santschi, D. E. et D. M. Lefebvre (2014). Review : Practical concepts on short dry period management. Can. J. Anim. Sci., 94 : 381-390.
4 Olagaray, K. E., M. W. Overton et B. J. Bradford (2020). Do biological and management reasons for a short or long dry period induce the same
effects on dairy cattle productivity? J. Dairy Sci., 103 : 11857-11875.