Au début de l’année, nous avons lancé une campagne pour célébrer la passion et l’engagement des quelque 9 000 productrices et producteurs laitiers du Québec. On suivait Jeanne, une jeune fille qui grandit dans une ferme laitière, part pour la ville, puis revient prendre la relève.
Cette campagne a suscité de nombreux témoignages d’appui chez nos concitoyens. Ils ont été touchés par la dimension familiale et humaine de notre secteur. Ces valeurs humaines et de solidarité se répercutent dans nos communautés par les emplois et les investissements de nos fermes qui sont présentes dans 3 municipalités sur 5 et dans près de 9 MRC sur 10. Elles contribuent à notre sécurité alimentaire, à l’économie et à la vitalité de nos régions.
Cet attachement à nos fermes se traduit concrètement dans la façon dont nos produits sont choisis, consommés et valorisés. On en a parlé beaucoup dernièrement avec l’appétit grandissant pour les produits laitiers riches en protéines. C’est une excellente nouvelle pour la croissance de nos marchés et de nos revenus à la ferme.
Cela vient toutefois avec son lot de défis. Les avantages de la gestion de l’offre s’accompagnent de la responsabilité de répondre adéquatement aux demandes de nos consommateurs et aux besoins du marché. C’est un des piliers de notre modèle.
Notre collaboration à P5 nous a permis de modifier rapidement notre politique de paiement des composants pour favoriser la protéine. Ce travail doit se poursuivre, que ce soit pour orienter la production ou optimiser les déplacements de lait selon nos obligations. Des discussions doivent aussi avoir lieu à P10 pour le partage des marchés. Les chiffres le démontrent, le Québec a généré beaucoup de croissance qui bénéficie à l’ensemble des provinces.
Nous sommes le leader dans la production du yogourt (plus de 70 %) et des fromages canadiens (près de 50 %). Avec une hausse de la demande aussi forte que 19 % pour le yogourt grec ou 26 % pour le fromage cottage, on doit s’assurer d’avoir le lait requis pour y répondre. Notre capacité à écouter le marché, à nous ajuster rapidement et à parler d’une voix forte aux tables nationales est essentielle pour assurer la croissance durable de nos fermes et la reconnaissance du leadership du Québec.
Durant la dernière année, de nombreux appuis à notre modèle de mise en marché se sont exprimés. L’opinion publique est farouchement de notre côté dans les sondages pour protéger les producteurs et ne pas faire de concessions, même si ça implique une détérioration de la relation avec les Américains.
Cet appui clair des consommateurs doit être entendu par le gouvernement, particulièrement à l’approche de l’examen de l’ACEUM. Notre position est claire : cet examen vise à évaluer et assurer le bon fonctionnement de l’Accord et non à en renégocier les termes. Tout ajustement aux dispositions actuelles présente des risques de brèches et des coûts additionnels pour notre modèle de mise en marché, en plus d’être contraire à la lettre et l’esprit de la loi C-202. On ne peut d’ailleurs passer sous silence cette grande victoire en 2025 qui est venue inclure dans le cadre législatif l’engagement à ne pas faire de concession sur les secteurs sous gestion de l’offre.
Notre demande est conforme avec l’engagement très clair du premier ministre Carney : « la gestion de l’offre ne sera pas sur la table ». Nous le jugerons sur les résultats, mais pour nous, ça veut dire aucune ouverture du chapitre laitier de l’ACEUM et aucune concession sur les contingents tarifaires!
Notre position est plus que raisonnable. Malgré toutes les difficultés que cela posait, nous nous sommes conformés à tous les aspects de l’Accord. Nous avons maintenant besoin de stabilité. Il n’y a pas non plus de logique à concéder quoi que ce soit aux Américains alors que la balance commerciale pour les produits laitiers est à leur avantage.
Le processus d’examen de l’ACEUM progresse lentement et pourrait dépasser le délai de juillet. Il n’y a surtout pas d’urgence à s’entendre à tout prix et hâter des compromis qui ne calmeront jamais l’appétit du président américain. Nous ne devons pas baisser notre garde pour autant, car l’expérience nous a appris que les choses peuvent évoluer rapidement. Nous serons vigilants dans les prochaines étapes pour nous assurer que notre modèle demeure intact.
L’appui des provinces est aussi très déterminant dans cette bataille. Le premier ministre Legault, comme son collègue Doug Ford, a donné le ton en réitérant son appui à la gestion de l’offre. Notre nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, a aussi répété qu’elle allait maintenir la gestion de l’offre à l’intérieur d’une ligne rouge infranchissable, conformément à l’engagement du premier ministre Mark Carney.
Tous les partis politiques doivent réitérer la position actuelle du gouvernement sur la gestion de l’offre et les partis québécois doivent s’engager à défendre et protéger la mise en marché collective qui, elle, est entièrement de leur responsabilité. À l’heure actuelle, tous les partis représentés à l’Assemblée nationale appuient notre modèle. Il ne tient qu’à nous de conserver ce consensus au terme de l’élection d’octobre 2026.
Le gouvernement du Québec a présenté la Politique bioalimentaire 2025-2035 qui vise à stimuler les investissements pour rendre les entreprises agricoles compétitives, innovantes et durables. Les producteurs de lait travaillent depuis longtemps à innover et à assurer leur compétitivité; ils investissent en moyenne 650 millions $ par année pour moderniser leurs installations et adopter de meilleures pratiques.
Les gouvernements ont la responsabilité de nous accompagner dans l’atteinte de ces orientations. Le budget 2026-2027 du gouvernement du Québec maintient le statu quo pour les fonds accordés à l’agriculture, et ce, malgré les objectifs de la Politique bioalimentaire et les besoins du secteur agricole. Les crédits budgétaires du MAPAQ demeurent en deçà de 1 %, alors que les principales puissances agricoles de la planète y accordent le double. Ça fait un bon bout que l’UPA demande que ce budget soit minimalement porté à 2 % afin d’assurer un financement stable, prévisible et suffisant des programmes structurants du secteur agricole.
En ce qui concerne l’adaptation au code de pratiques, ça fait trois ans qu’on demande au gouvernement un programme de soutien aux investissements en agriculture de 110 M$ et l’accès au programme Investissement Croissance durable de la Financière. Cette demande va directement dans le sens de la Politique bioalimentaire et n’a surtout rien de démesuré pour un secteur qui génère près de 66 000 emplois directs, indirects et induits, 6,1 milliards $ au produit intérieur brut et plus de 1 milliard $ en retombées fiscales. Les producteurs ont financé déjà plusieurs fois leur demande, surtout qu’un tel programme générerait en soi des retombées additionnelles.
Le ministre Martel a reconnu le besoin de soutien et annoncé une subvention pour un programme d’accompagnement et d’adaptation aux normes de bien-être animal chez les bovins laitiers. Nous l’avons remercié pour cette annonce très positive. Par contre, elle ne règle en rien l’enjeu financier.
Les gouvernements successifs ont articulé certaines visions de la société quand ils ont mis en place un bon nombre de politiques et réglementations, comme le REA ou la taxe carbone. Mais les producteurs ne peuvent pas soutenir seuls cette vision qui nous rend moins compétitifs au Canada. Il faudra faire nos devoirs avant et pendant la campagne pour que le prochain gouvernement du Québec donne des moyens à cette politique.
Pour terminer, j’aimerais revenir à ce qui motive toutes nos actions : l’avenir de nos fermes. Malgré un contexte politique incertain, les signaux sont encourageants pour notre relève. Les consommateurs sont au rendez vous, la demande évolue, les attentes aussi. Pour y répondre, nous devons continuer d’innover et de répondre aux plus hauts standards, notamment en matière de bien-être animal et de pratiques responsables à la ferme.
Et soyons clairs : nous ne pouvons pas faire tout cela seuls. Nos gouvernements doivent nous accompagner, nous soutenir et nous donner les moyens de réussir, que ce soit par un cadre stratégique solide, un financement adéquat de la recherche ou des politiques cohérentes avec les objectifs que l’on nous fixe.
Pour 2026, notre responsabilité est claire : continuer de promouvoir fièrement notre modèle, de le défendre sans compromis et de travailler ensemble pour assurer la durabilité et la prospérité de nos fermes. Parce que chez nous, la production laitière, c’est bien plus qu’un métier. C’est un pilier de notre agriculture, de nos régions et de notre économie. Plus que jamais, l’avenir est ici : dans nos fermes, dans nos régions et au cœur de nos communautés.