Mycoplasma bovis chez les génisses laitières : un vieux problème toujours d’actualité

La bactérie M. bovis passe souvent inaperçue, mais elle peut compromettre la santé et les performances des génisses. La prévention reste la meilleure arme, en misant sur la biosécurité, l’hygiène et les bonnes pratiques d’élevage.

Une bactérie connue depuis longtemps

Au Québec, rares sont les éleveurs et les médecins vétérinaires qui ne connaissent pas Mycoplasma bovis, le fameux mycoplasme. C’est au début des années 2000 que nous avons commencé à parler davantage de cette bactérie alors que des éclosions ont attiré l’attention dans les troupeaux laitiers où il y avait présence d’otites, arthrites et pneumonies chez les génisses laitières avec ou sans mammite contagieuse chez les vaches adultes. Malgré tout, cette bactérie continue de poser problème dans plusieurs troupeaux.

Alors, pourquoi en reparler aujourd’hui? Parce que cette bactérie vient de changer de nom (elle se nomme maintenant Mycoplasmopsis bovis), et que les recherches récentes confirment le rôle clé des mesures de biosécurité et de l’optimisation de la santé et des capacités de défense du veau dans son contrôle. Retenez ceci : M. bovis passe souvent inaperçu… et la prévention reste votre meilleure arme.

Une bactérie différente des autres

M. bovis se distingue des autres bactéries par son absence de paroi cellulaire et son petit matériel génétique. Ces particularités expliquent à la fois sa résistance naturelle à plusieurs antibiotiques, comme la pénicilline et le ceftiofur, et compliquent sa culture en laboratoire. Elle est capable de persister longtemps dans l’environnement et possède un arsenal pathogénique complet.

Cette bactérie peut, à elle seule, causer des signes cliniques, mais elle se montre encore plus problématique lorsqu’elle agit en combinaison avec d’autres microbes comme Mannheimia haemolytica ou le virus de la diarrhée virale bovine (BVDV). De plus, c’est une bactérie que l’on peut retrouver dans les cavités nasales, sur les muqueuses oculaires, vulvaires ou dans l’oreille de veaux en santé : on parle alors de porteurs sains. La présence de M. bovis dans un troupeau ne provoque pas toujours de flambée clinique immédiate : elle peut rester « en veille » et se manifester plus tard, lorsque des facteurs de stress ou une co-infection créent les conditions favorables.

Dernier fait important à rappeler, M. bovis n’est pas une zoonose, et donc ne comporte aucun risque pour les humains.

Des signes d’infection parfois visibles, parfois non

Les manifestations cliniques de M. bovis sont variées, car différents organes peuvent être affectés. Chez les génisses de remplacement, on observe des bronchopneumonies aiguës qui peuvent devenir chroniques et des animaux qui ne répondent pas bien aux traitements antibiotiques habituels. Certaines génisses présenteront des otites moyennes ou internes : les veaux ont la tête penchée, ont une oreille tombante, sont fiévreux et souvent lents à boire. Enfin, des arthrites septiques peuvent apparaître, souvent dans plus d’une articulation. Il est aussi possible de voir une combinaison de ces présentations cliniques sur un même animal ou en même temps dans un élevage.

Comment la bactérie s’installe-t-elle dans un troupeau?

La dynamique d’infection chez les génisses laitières suit souvent le même scénario. Un troupeau est sain jusqu’au jour où l’on introduit un animal porteur. Le principal mode de transmission est le contact direct, par exemple le contact nez à nez. D’autres voies de transmission existent : lait cru contaminé par des vaches excrétant dans la glande mammaire, matériel d’alimentation mal nettoyé ou encore équipements partagés entre lots.

Au départ, l’infection se propage rapidement : le nombre d’animaux porteurs et séropositifs augmente, accompagné de cas cliniques. Puis, avec le temps, une certaine immunité de troupeau s’installe. Les signes deviennent plus discrets et l’isolement de la bactérie plus rare. Mais M. bovis ne disparaît pas pour autant : il reste en arrière-plan, prêt à ressurgir lors de stress, de regroupements, de transport ou de co-infections.

Quand les conditions de régie font la différence

Certains facteurs de gestion favorisent l’implantation et la diffusion de la bactérie. La surpopulation, une mauvaise ventilation et le manque d’hygiène fragilisent les veaux et facilitent sa transmission. Le lait non pasteurisé est aussi un vecteur direct lorsqu’il provient de vaches excrétrices. Les achats d’animaux représentent un risque d’introduction de la bactérie ou d’un autre agent pathogène qui peut contribuer à relancer l’infection. Les données montrent aussi que les plus grands troupeaux sont généralement plus à risque.

L’hygiène dans l’élevage des veaux joue également un rôle majeur : du matériel d’alimentation mal nettoyé (seaux, tétines, stations automatiques) devient vite un vecteur. À ce sujet, les systèmes automatiques d’alimentation ont été identifiés comme un facteur de risque dans certaines études. Une étude récente en Ontario n’a toutefois pas mis en évidence ce lien, possiblement grâce aux bonnes pratiques de régie adoptées dans les fermes participant à l’étude : hygiène stricte des équipements, âge du regroupement et isolement rapide des malades.

Un diagnostic jamais simple

Diagnostiquer une infection à M. bovis n’est pas toujours facile. Les pneumonies se ressemblent toutes! Les arthrites également! Mais lorsqu’on retrouve dans un même élevage ou sur un même animal une combinaison de problèmes respiratoires, d’otites et d’arthrites, le responsable le plus probable est M. bovis.

Pour confirmer le diagnostic chez les génisses, plusieurs outils existent : culture, PCR, sérologie, parfois nécropsie. Sur un seul animal malade, la PCR est le test le plus utilisé à partir de prélèvements de l’organe affecté, car elle est rapide et sensible. Pour un troupeau, la sérologie permet d’évaluer l’exposition passée, mais les anticorps persistent longtemps et ne reflètent pas forcément une infection active. À noter : on ne peut pas réaliser d’antibiogramme de routine pour guider les traitements, ce qui complique les options thérapeutiques.

Pourquoi la prévention prime-t-elle sur les traitements?

Une fois les signes cliniques installés, traiter une génisse atteinte de M. bovis est difficile. Les antibiotiques doivent être administrés tôt pour avoir une chance d’être efficaces, mais les résultats sont souvent décevants. Les anti-inflammatoires peuvent réduire l’inflammation et la fièvre et améliorer les signes cliniques et le confort des animaux, sans toutefois s’attaquer à la bactérie.

Depuis un peu plus de deux ans, deux vaccins commerciaux sont disponibles au Québec. Le premier est un vaccin tué à base de bactérine, développé au début des années 2000. Le second est un vaccin vivant modifié, plus récent, approuvé au début des années 2020. À cela s’ajoute la possibilité d’utiliser des autovaccins, c’est-à-dire des vaccins tués préparés à partir de souches bactériennes isolées directement dans un troupeau.

Les données actuelles indiquent que l’efficacité des vaccins tués ou des autovaccins reste variable, alors que les vaccins vivants semblent offrir une protection plus marquée, du moins dans les essais expérimentaux. Dans tous les cas, les vaccins doivent être considérés comme un outil complémentaire à la biosécurité et aux bonnes pratiques, et non comme une solution unique.

La meilleure stratégie reste donc la prévention :

  • Maintenir une biosécurité externe stricte pour prévenir l’introduction de la bactérie dans votre troupeau
  • Utiliser du lait pasteurisé ou en poudre plutôt que du lait cru
  • Assurer une bonne gestion du colostrum
  • Maintenir une hygiène stricte du matériel d’alimentation
  • Séparer les animaux malades ou suspects des animaux sains
  • Éviter le mélange des âges et limiter les regroupements
  • Offrir des bâtiments bien aérés et non surpeuplés

Par une vigilance constante, il est possible de limiter l’impact de cette bactérie et d’offrir aux veaux un départ solide, gage de succès pour tout le troupeau. Demandez conseil à votre médecin vétérinaire au sujet des tests diagnostiques, des choix de vaccins et des autres mesures préventives.