Une profession pour elle
« Ç’a toujours été une évidence pour moi », affirme Kelly quand on lui demande depuis quand elle veut devenir productrice de lait. Déjà, enfant, elle appréciait le contact avec les animaux et passer du temps dans l’étable en compagnie de sa famille.
« J’ai toujours aimé le climat de travail et la grande diversité des tâches, explique-t-elle. C’est le fun aussi de savoir qu’on fait un travail important pour la population. Toutes ces choses font que j’ai envie de me lever le matin pour travailler en production laitière. »
Kelly a donc fait le choix d’étudier à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ), campus de Saint-Hyacinthe, en gestion d’entreprises agricoles. Sa troisième session vient de commencer. Elle en parle avec enthousiasme : « Mes études se passent vraiment bien. C’est plaisant d’être avec des personnes qui ont les mêmes intérêts que moi et je sens que les professeurs sont passionnés. »
Ses cours contribuent à faire grandir son intérêt pour l’agriculture. « Étudier à l’ITAQ, dit-elle, nourrit ma créativité et je découvre que l’agriculture, c’est beaucoup plus profond que ce que je pensais quand j’étais jeune. » Kelly précise que durant la première année dans le programme, les étudiants se penchent sur plusieurs productions animales, et non uniquement sur la production laitière. « Ça nous ouvre les yeux sur l’agriculture en général », souligne-t-elle.
Durant ses journées de congé, elle revient dans l’entreprise familiale pour donner un coup de main. « Je peux faire un lien avec ce que j’apprends à l’école. J’arrive à la fin de la semaine et je regarde les choses sous un angle différent », raconte l’étudiante. Il lui arrive même de proposer des changements dans les méthodes de travail.
Une place à bâtir
« Depuis que je suis jeune, dit Kelly, il y a une grande ouverture de mes parents à m’intégrer à la ferme. Je ne suis donc pas stressée avec ça. » Par contre, elle veut prendre le temps d’explorer différentes possibilités, notamment à travers ses études, avant de faire un choix définitif sur les responsabilités qu’elle aimerait assumer dans l’entreprise. « Aujourd’hui, travailler dans une ferme, c’est plus que faire la traite et conduire des tracteurs. Je suis ouverte à toute sorte de choses. J’aime m’occuper des animaux, faire de la gestion, travailler dans les champs, donne-t-elle en exemple. On verra dans le futur où sera ma place. »
Elle poursuit : « J’aimerais aussi avoir un projet à moi dans l’étable. Je ne sais pas encore exactement ce que ça pourrait être, mais je voudrais bâtir un projet envers lequel j’aurais un attachement. »
Être une femme représente-t-il un défi quand on veut devenir agricultrice? « Vraiment pas, répond Kelly. Ça m’a quasiment surprise de voir à quel point il y a beaucoup de filles à l’ITAQ. Il n’y a aucun jugement de la part des enseignants ni des étudiants, c’est très accueillant. ». Elle affirme également se sentir toujours la bienvenue quand elle rencontre les différents représentants qui se présentent dans l’entreprise. « Et depuis que je suis jeune, ajoute-t-elle, mon père ne m’a jamais considérée comme différente de mes frères, il m’a toujours autant incluse. »
Elle côtoie d’ailleurs plusieurs femmes qui sont des sources d’inspiration, à commencer par sa mère. « Elle est partie de la ville sans crainte même si elle n’avait pas d’études dans le monde agricole. Elle a foncé, c’est quelque chose que je trouve inspirant », dit Kelly. Ses enseignantes sont aussi des modèles pour elle, de même que les différentes représentantes et conseillères qui soutiennent les activités de la ferme. Elle ajoute : « Il y a de plus en plus de femmes dans le milieu, je les trouve vraiment bonnes et intelligentes. Elles apportent de belles idées. »
Le point de vue des parents
C’est sous le regard fier et attentif des parents de Kelly, Dominic Drapeau et Célia Neault, que l’entrevue s’est déroulée. Ces derniers sont copropriétaires de la Ferme Drapeau et Bélanger avec les parents de Dominic. L’entreprise, située à Sainte-Françoise-de-Lotbinière dans la région du Centre-du-Québec, possède un troupeau de 1650 têtes et 5000 acres de culture.
Ils sont très heureux à l’idée d’accueillir leur fille dans l’entreprise. « Toute ma vie, j’ai évolué en agriculture. Ma conjointe a fait le choix de venir s’établir avec moi sur la ferme, on a eu une famille ensemble et on dirait que notre fille veut faire la même chose. C’est la plus belle récompense qu’on peut avoir! On est super contents », affirme Dominic. Le couple a quatre enfants et, pour le moment, Kelly est la seule à vouloir activement intégrer l’entreprise. « On nous demande souvent si on a des enfants qui veulent prendre la relève. C’est quelque chose qu’on espère. Mais on a toujours essayé de ne pas mettre de pression, pour que ce soit leur choix », explique Célia.
Elle poursuit : « On s’assure d’avoir un bon climat de travail à la ferme et l’ambiance familiale est excellente. Je pense que pour Kelly, c’est encourageant de venir s’impliquer avec nous. On va s’assurer de lui faire une belle place dans l’entreprise. »
Verra-t-on un jour trois générations copropriétaires de l’entreprise? Tout porte à croire que oui. « On aura la fougue de la jeunesse et la sagesse des plus vieux », conclut Dominic.