Impact sur la production
Les données utilisées dans l’article proviennent d’un échantillon de 248 troupeaux qui ont fait la transition et des résultats économiques de 2023 de plus de 500 troupeaux, dont 131 en traite robotisée.
Lors des 120 premiers jours, la mise en marche des robots est marquée d’une baisse moyenne de 0,71 kg lait/v/j, ou 0,34 kg mg/v/j. Le bilan du reste de la première année nous permet de revenir en moyenne au niveau initial (avant l’installation). Dans la deuxième année, on observe une hausse de 6 % (1,7 kg lait/v/j, ou + 0,060 kg mg/v/j) et pendant la troisième année, une hausse de 8 % par rapport au niveau initial. Toutefois, selon les statistiques comparatives de Lactanet, les troupeaux holsteins du Québec ont obtenu une hausse moyenne annuelle de 1,2 % en production de lait par vache, ou 1,8 % en production de gras par vache durant la même période, peu importe le type d’opération. Le gain net attribuable au robot est donc plutôt de l’ordre de 5,6 % la deuxième année et de 4,4 % la troisième.
La variabilité des gains de productivité observée pour la production de lait et de kg mg/v/j dans la deuxième année est liée entre autres au niveau de productivité prédémarrage. Alors que les troupeaux moins productifs ont pu, en moyenne, générer des gains de près de 3 kg de lait/v/jr, ou environ 0,1 kg mg/v/j, les troupeaux plus productifs avant le démarrage ont obtenu des gains moyens beaucoup plus modestes.
On observe beaucoup de variabilité autour de ces tendances. Lors du transfert, le type de logement, la régie de l’alimentation, la gestion de l’élevage et la capacité d’adaptation au nouveau mode de gestion expliquent en partie la variabilité observée d’une ferme à l’autre.
On a aussi remarqué un effet de saisonnalité. Une grande partie, soit 70 % des fermes, ont démarré pendant l’automne/ hiver et l’autre, au printemps/été. La productivité des deux groupes était semblable au départ avec une moyenne de 31 kg. Les troupeaux transférés pendant le printemps et l’été ont démontré une chute marquée de la production pendant les premiers mois, probablement corrélée au stress de chaleur et à la répartition du temps de travail entre le troupeau et les tâches saisonnières. Après la première année, les deux sous-groupes sont revenus à une productivité semblable.
Impact sur la qualité du lait
Les changements dans la méthode de traite et l’environnement des vaches affectent aussi la qualité du lait. Le graphique 3 indique que les troupeaux affichant des moyennes de CCS autour de 100 000 cellules/mL avant le démarrage ne présentent, généralement, aucune amélioration. Plus précisément, on note une légère détérioration. En revanche, les producteurs dont les troupeaux présentent une moyenne de départ de 200 000 peuvent s’attendre à une réduction moyenne de 45 000 et ceux dont la moyenne est plus près de 300 000 peuvent espérer une amélioration de 100 000. Ce ne sont là que des tendances, la variabilité des résultats indique que plusieurs autres facteurs viennent influer sur ce changement (ex. : type de litière, gestion des logettes, protocole de vaccination et seuil de tolérance pour intervenir).
Impact sur les frais d’exploitation
Toutes les sources de données de coût d’alimentation disponibles (qu’elles proviennent du service d’alimentation Lactanet ou des analyses faites par les groupes conseils) mènent aux mêmes conclusions. La traite robotisée entraine des coûts supplémentaires pour les concentrés par kilo de matière grasse et par vache. Mais, en moyenne, bien que le coût total d’alimentation par vache augmente, le coût par kilo de matière grasse est légèrement plus bas.
Quand on considère tous les coûts variables (alimentation, vétérinaire, reproduction, litière, etc.), les troupeaux robotisés se comparent avantageusement aux troupeaux attachés. En raison, entre autres, du gain de productivité par vache. Pour 2023, on parlait d’un avantage moyen de 0,60 $/kg mg1 associé à la robotisation (voir tableau 1).
Au final, est-ce rentable?
Évidemment, le coût d’investissement est un facteur clé pour déterminer la rentabilité des systèmes robotisés. On sait que le coût d’investissement par robot et par vache varie d’une entreprise à l’autre pour diverses raisons (ex. : planification et gestion chantier, équipement neuf vs usagé, espace par vache). Mais une fois en place, une grande part de son succès est liée à l’utilisation efficace des actifs.
Dans le cas de la traite robotisée, on parle entre autres de l’efficacité des robots, soit de la quantité de lait ou de matière grasse produite par robot. Lactanet génère périodiquement des références québécoises2 sur le sujet. Les dernières datent de l’automne 2024 et indiquent qu’en moyenne les robots de traite au Québec produisent 71,8 kg mg/jr alors qu’on calcule qu’une utilisation optimale3 génèrerait ≥ 91,1 kg mg/jr.
Si on suppose une marge opérationnelle de 10 $/kg mg livrée, une production additionnelle de 20 kg mg/j de plus pour le même robot représente environ 73 000 $ de plus en fait de marge opérationnelle (c’est-à-dire le revenu moins les dépenses variables).
Plusieurs défis se posent pour optimiser l’efficacité d’un robot, entre autres la disponibilité du quota. Cela étant dit, la robotisation peut amener une hausse de production et des économies substantielles. Pour optimiser les robots et assurer leur rentabilité, il faut miser sur leur efficacité, la sélection des vaches (kg lait/min dans le robot), le perfectionnement de la régie et du bâtiment, notamment.
Curieusement, les démarrages ayant eu lieu depuis 2018 ne montrent aucune amélioration significative pour les critères tels que la production, la réforme, la qualité du lait et l’Indice de transition. Reste-t-il de la place pour améliorer et adapter nos méthodes, comme les protocoles de préparation des vaches à la traite robotisée, la sélection des sujets, la méthode de transfert des vaches et la gestion de l’alimentation?
1. Données Agritel 2023.
2. Moyenne rapport robot par races, Lactanet,
novembre 2024.
3. Le calcul inclut 10 % de temps libre et 8 % de
temps de lavage.