Selon le Code révisé, les producteurs devront offrir plus de liberté de mouvement pour les vaches en stabulation entravée. Le Code mentionne qu’« à compter du 1er avril 2027, les vaches ne devront plus être attachées continuellement durant tout leur cycle de production (d’un vêlage à l’autre) – elles devront avoir des possibilités suffisamment fréquentes de se mouvoir librement pour favoriser leur bien-être. »
Les Producteurs de lait du Québec ont précisé, lors d’un webinaire en novembre dernier, les attentes minimales pour les vaches en lactation et taries. Les vaches doivent avoir la possibilité de se déplacer pendant au moins 15 % de l’année (55 jours), si la température et les conditions le permettent. La durée de la période d’exercice a été définie comme une période qui peut varier de 1 à 24 heures. Pour répondre à ces exigences, trois principales options sont proposées aux producteurs :
- Offrir une stabulation libre aux vaches taries, pourvu que la période de tarissement soit plus longue que 55 jours
- Offrir une cour d’exercice
- Offrir du pâturage
Ces trois options ont leurs avantages et leurs inconvénients. La stabulation libre pour vaches taries est très intéressante quand la période de tarissement est assez longue, cependant, elle représente des investissements élevés. La cour d’exercice est probablement moins coûteuse, mais plusieurs défis reliés au climat peuvent rendre cette option difficile d’application. Finalement, le pâturage est un grand défi pour plusieurs fermes qui ne sont pas familières avec cette pratique et qui demande une réorganisation des cultures et de l’alimentation du troupeau.
Beaucoup d’informations sont déjà disponibles pour la mise en place de la première option, c’est-à-dire la stabulation libre pour les vaches taries. Le présent article traitera donc plus particulièrement de la cour d’exercice et du pâturage, parce que ce sont des pratiques généralement moins connues. Des approches qui permettent de se familiariser avec ces pratiques de façon progressive seront présentées. L’objectif étant de minimiser autant que possible les changements à la régie du troupeau en place et de réduire les coûts.
La cour d’exercice
Une cour ou aire d’exercice est généralement un espace clos non couvert, sur le sol avec un accès à l’étable laitière. Ces cours d’exercice offrent aux vaches un accès à l’extérieur et de nombreuses possibilités de mouvement.
La superficie recommandée est de 6,5 m² (70 pieds carrés) par vache. Il est important que l’enclos soit bien drainé et que le sol contienne un matériau qui améliore la capacité de charge, par exemple du sable, du gravier fin ou de la chaux grossière. Ce matériau doit être suffisamment fin pour éviter aux vaches des blessures aux onglons.
L’aire d’exercice étant légèrement en pente, les eaux de ruissellement sont dirigées vers la bande filtrante végétale qui est un moyen efficace de protéger les eaux de surface et les eaux souterraines de la contamination par le fumier (voir la figure 1).
La bande végétative est une couverture végétale permanente située en aval du parc d’hivernage et destinée à capter la grande majorité des fertilisants contenus dans les eaux de ruissellement du parc. Cette bande filtrante doit être inclinée en une pente maximale de 5 % et comporter une surface d’au moins 20 m² par vache. Elle ne doit pas être fauchée ou broutée après le 15 aout afin de maintenir un couvert végétal dense durant l’hiver.
Note importante, l’aménagement d’une cour d’exercice doit respecter en tout temps la réglementation du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs sur les cours d’exercice.
L’approche simplifiée pour utiliser une cour d’exercice
L’utilisation la plus simple d’une cour d’exercice pour répondre aux nouvelles exigences consiste à sortir toutes les vaches du troupeau (en lactation et taries) pour une période d’une heure par jour pendant la belle saison dès que le climat le permet. Une fois que le sol est portant et que la température est clémente, le système fonctionne très bien. Puisque la durée de la sortie est courte, il n’est pas nécessaire d’alimenter les vaches à l’extérieur.
Cette façon de faire a l’avantage de diminuer considérablement l’accumulation de fumier. De plus, la sortie des vaches permet d’observer plus facilement les chaleurs et accélère l’entretien des stalles dans l’étable. Selon la gestion du troupeau, il pourra être utile de séparer les vaches en groupe pour leur sortie.
On le comprendra aisément, le fait d’éviter l’automne, l’hiver et le printemps simplifie énormément l’entretien de la cour d’exercice et permet un accès sécuritaire aux animaux. Pour plus de détails sur les cours d’exercice, consultez le guide Solutions pratiques pour offrir de l’exercice aux bovins laitiers biologiques pendant l’hiver sur le site de Lactanet.
Le pâturage
Comme le montre la figure 2, la gestion des pâturages pour les vaches laitières peut se faire selon trois grands modes : en continu, en rotation ou en bandes.
En continu – Dans le cas du pâturage en continu, le troupeau a un accès illimité à une vaste zone de pâturage pendant une période donnée (saison de pâturage). Le troupeau broute librement sans être déplacé vers d’autres sections du pâturage. Bien qu’il s’agisse d’une méthode simple, moins exigeante en main-d’œuvre et plus économique pour assurer l’accès aux pâturages, il est possible que les vaches soient sélectives dans certaines zones préférées, ce qui peut entraîner une utilisation inégale et inefficace des pâturages.
En rotation – Le pâturage en rotation consiste à diviser le pâturage en sections ou en parcelles plus petites. Le troupeau est systématiquement déplacé d’une section à l’autre dans le cadre d’une rotation planifiée, ce qui permet à chaque section de bénéficier d’une période de repos et de repousse. Avec une bonne gestion des fourrages, cette méthode favorise un pâturage régulier, une utilisation optimale des pâturages et une amélioration de la qualité des fourrages.
En bandes – Le pâturage en bandes consiste à diviser un pâturage en bandes étroites, en autorisant l’accès à une bande à la fois en fonction de la croissance et de l’utilisation du fourrage. En général, les vaches en lactation ont accès à une ou deux bandes par jour. Au fur et à mesure que le troupeau broute chaque section, il est systématiquement déplacé vers la bande suivante. Cette méthode présente des avantages certains par rapport au pâturage en continu et au pâturage en rotation.
L’approche simplifiée pour utiliser les pâturages
Il est donc possible d’offrir du pâturage aux vaches laitières de façon très simple en débutant par une offre de pâturage en continu. Comme la durée minimale actuellement suggérée par jour est d’une heure, les surfaces dédiées au pâturage seraient minimales et par conséquent, les installations le seraient aussi. Si la ferme décide d’améliorer son système de pâturage, elle pourra ajouter quelques parcelles pour permettre d’aller vers un système en rotation. Une autre étape pourrait être de sortir les vaches la nuit. Ainsi, elles peuvent profiter de l’herbe et faire de l’exercice, sans souffrir de la chaleur du jour. Au petit matin, elles peuvent revenir à l’étable et profiter de l’ombre et de la ventilation offerte par le bâtiment.
D’autres informations techniques sont nécessaires pour mettre en place un pâturage, mais elles sont minimales si les vaches n’y passent qu’une heure par jour. Par exemple, envisager de sortir les vaches le matin pour éviter le stress thermique durant les mois chauds. Si la portance des pâturages n’est pas adéquate parce que la pluviométrie a été trop importante, les vaches devraient rester à l’étable jusqu’au moment où la portance est rétablie. Bien sûr, il faudra installer de la clôture et un minimum d’abreuvement qui devront être adaptés au type de pâturage choisi. Pour toute information complémentaire sur la gestion des pâturages, consultez l’ouvrage Produire du lait au pâturage : guide pratique pour l’éleveur biologique sur le site de Lactanet.
Il existe, bien sûr, d’autres options qui doivent être évaluées afin de répondre le mieux possible au contexte de votre ferme laitière.