L’influenza aviaire hautement pathogène chez les bovins laitiers

La propagation rapide de l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) chez les bovins laitiers aux États-Unis est suivie de près par les autorités de santé animale et de santé publique. La vigilance et la mobilisation de tous les producteurs et intervenants du secteur sont essentielles.

État de la situation

L’influenza aviaire hautement pathogène est une maladie virale sévère chez plusieurs espèces d’oiseaux. Elle peut aussi affecter les autres animaux d’élevage et l’humain. Pour le moment, elle ne cause pas une maladie aussi grave chez les bovins. Dans tous les cas, il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire auprès de l’ACIA et du MAPAQ.

Depuis le printemps 2024, aux États-Unis, le virus de l’IAHP H5N1 a été identifié dans plus de 300 élevages de bovins laitiers de 14 États, dont plus d’une centaine en octobre en Californie (voir graphique 1). Cette situation illustre bien que le virus peut se propager rapidement lorsqu’il est introduit dans un territoire. Parallèlement, les autorités sont préoccupées par l’augmentation des cas humains en contact avec des élevages de bovins laitiers infectés. En effet, la circulation accentuée du virus augmente le risque qu’il puisse devenir plus virulent pour les humains. Dans certains États américains, le nombre de cas identifié a augmenté très rapidement après la mise en place d’une surveillance ciblée suite à la détection d’un premier cas. Le virus pourrait circuler dans certaines régions sans avoir été détecté.

Au Canada, aucun cas d’IAHP H5N1 n’a encore été détecté chez les bovins, et ce, même après la mise en place d’une surveillance dans le lait commercial pasteurisé vendu au détail ainsi que dans le lait cru d’usines de transformation. Une collaboration étroite avec l’industrie et le gouvernement fédéral a permis au gouvernement du Québec d’élaborer et de mettre en œuvre la Stratégie québécoise de surveillance, de prévention, de contrôle et de protection de la santé publique contre l’influenza aviaire hautement pathogène chez les bovins laitiers.

 

Impacts à la ferme

À ce jour, il existe très peu de données publiées sur les impacts de l’IAHP chez les bovins laitiers. L’étude de cas 1 d’un élevage de bovins laitiers infecté par l’IAHP en mars 2024 et suivi pendant trois mois rapporte les constats suivants :

  • L’épisode clinique s’est étalé sur trois semaines;
  • 20 % des animaux ont présenté des signes cliniques;
  • La baisse de production de lait était de 33 % pendant l’épisode clinique et la production de lait des vaches rétablies n’est pas revenue à la normale et présentait une perte moyenne estimée à 680 kg par vache pour le reste de la lactation;
  • Le taux de mortalité des animaux ayant présenté des signes cliniques était 6 fois plus élevé que celui des animaux sans signe clinique alors que le taux de réforme était 4 fois plus élevé.

Des travaux de recherche suggèrent également que les dommages et cicatrices tissulaires consécutifs à une mammite causée par l’IAHP pourraient affecter les lactations subséquentes.

En résumé, bien que l’IAHP ne soit pas aussi dévastatrice chez les bovins laitiers que chez la volaille, les pertes économiques liées au remplacement des animaux morts ou réformés ainsi qu’à la diminution de la production laitière peuvent être importantes à plus long terme. On doit donc déployer tous les efforts possibles pour réduire au maximum le risque d’introduction de l’IAHP dans le cheptel québécois.

Prévenez l’introduction et protégez le cheptel

Actuellement, le principal risque de contamination d’un élevage laitier canadien est l’introduction d’un bovin laitier infecté après l’achat d’un animal ou la participation à un rassemblement. Vu ce risque, il est déconseillé d’acheter des vaches en lactation et des taures de remplacement en provenance des États-Unis et de participer à un rassemblement hors Québec où ces animaux sont présents.

Afin de limiter le risque d’introduction de l’IAHP après l’achat d’un bovin américain ou au retour d’un rassemblement, il est essentiel d’appliquer les mesures suivantes pour protéger son élevage et le cheptel2 :

  • Isoler l’animal pour une période minimale de 14 jours. Si l’isolement n’est pas possible, suspendre les sorties d’animaux.
  • Après la période de 14 jours, confirmer le statut de l’animal avec un test de dépistage IAHP négatif avant de l’introduire dans l’élevage. Confirmer aussi le statut de l’élevage avec un test de dépistage IAHP négatif avant de reprendre les sorties d’animaux. Rappelons que toutes les analyses de dépistage de l’IAHP sont sans frais pour les bovins laitiers, qu’ils présentent ou non des signes cliniques.

Soyez vigilants et signalez toute suspicion clinique

Le délai entre la détection de l’introduction du virus dans le cheptel québécois et la mise en place de mesures de contrôle est critique pour limiter la propagation du virus et les pertes économiques associées. Toutefois, il peut être difficile pour un producteur de reconnaître une suspicion d’IAHP, car le portrait clinique peut ressembler à plusieurs maladies communes.

À titre indicatif, voici des portraits cliniques à signaler à votre médecin vétérinaire s’ils surviennent chez plus d’une vache en lactation en moins de deux semaines :

  • Une diminution significative de la production laitière particulièrement en milieu et en fin de lactation, et ce, sans raison apparente;
  • Un lait de consistance anormale, soit d’apparence épaisse et crémeuse ou qui ressemble à du colostrum sans signes d’inflammation (rougeur, chaleur, enflure, douleur) de la glande mammaire;
  • Une diminution de l’appétit et de la rumination accompagnée ou non de fièvre et de signes respiratoires (jetage nasal, toux, respiration plus rapide ou laborieuse);
  • Toute autre manifestation clinique inhabituelle pour votre élevage, dont des chats d’étable gravement malades ou trouvés morts (les chats ont souvent accès à du lait cru et peuvent être sensibles au virus de la grippe aviaire hautement pathogène).

Pour toute suspicion ou en cas de doute, contactez votre médecin vétérinaire.

À quoi s’attendre après un signalement de suspicion?

À la suite du signalement d’une suspicion clinique, une collecte d’information est réalisée par le médecin vétérinaire de l’élevage et des échantillons sont envoyés pour analyse au laboratoire de santé animale du MAPAQ. Pendant l’attente des résultats, des mesures de contrôle sont appliquées (arrêt des sorties d’animaux et arrêt de l’utilisation du lait cru).

Si la présence de l’IAHP est confirmée dans un élevage de bovins laitiers, le contrôle des sorties d’animaux se poursuivra et les mesures de biosécurité seront rehaussées pour éviter la propagation du virus à d’autres élevages. Aucun dépeuplement n’est prévu. Des mesures de protection individuelle seront appliquées pour protéger la santé des travailleurs. Aussi, le lait des vaches présentant des signes cliniques sera éliminé et le lait de réservoir sera redirigé vers un circuit de pasteurisation afin de limiter les risques d’exposition chez les consommateurs. Une structure d’accompagnement du producteur pour la gestion de la situation est prévue avec la participation du médecin vétérinaire de l’élevage, du MAPAQ et de l’industrie.

Certains producteurs peuvent craindre les conséquences d’un signalement ou d’une détection pour leur élevage. Ces impacts sont minimes par rapport aux pertes économiques pour le secteur et aux répercussions pour la santé animale et la santé publique si l’infection se propage.

1 Présentation du Dr Daryl Nydam (Cornell University College of Veterinary Medicine) au congrès de l’American Association of Bovine Practitioners.
2 Correspond aux exigences de l’ACIA pour les animaux ayant séjourné aux États-Unis durant 60 jours ou moins.