La qualité et la quantité de colostrum sous la loupe

Des chercheurs s’intéressent aux facteurs pouvant influencer la qualité et la quantité de colostrum avant le vêlage. Voici leurs premiers constats.

Pourquoi le colostrum est-il si important?

À sa naissance, le veau passe d’un environnement stérile, l’utérus de sa mère, à un environnement peuplé de microorganismes potentiellement pathogènes. Pour faire face à cette menace, le veau possède déjà certains mécanismes de défense, mais ils sont immatures et non fonctionnels. Heureusement, un mécanisme est naturellement déclenché chez la mère pour pallier ce manque : la production d’un colostrum riche en anticorps, plus précisément en protéines pouvant protéger le veau contre les pathogènes. Les anticorps, aussi appelés immunoglobulines, sont transférés du système sanguin de la mère vers le pis durant la formation du colostrum dans les semaines précédant la mise-bas. Il en résulte un colostrum plus ou moins concentré en ces immunoglobulines, permettant une bonne ou moins bonne protection immunitaire du veau durant ses premières semaines de vie. Selon les recommandations actuelles, un veau devrait consommer au moins 200 grammes d’immunoglobuline G (IgG), un type d’immunoglobulines, à son premier repas dans ses 12 premières heures de vie pour obtenir une protection immunitaire suffisante. Deux principaux facteurs sont à considérer à l’administration du premier repas : la concentration en IgG du colostrum et la quantité produite par la mère.

L’équipe de chercheurs a voulu en apprendre plus sur les facteurs qui expliquent la variation dans la concentration en IgG du colostrum et dans la quantité de colostrum produit afin d’optimiser la santé du veau.

Qu’est-ce qui a une influence sur le colostrum avant le vêlage?

Dans le cadre de ce projet, l’équipe a sélectionné des fermes laitières dans plusieurs régions du Québec (voir la figure 1) afin d’évaluer les associations entre la nutrition en prévêlage et autres facteurs influençant la qualité du colostrum et la quantité produite à la première traite.

Quelques chiffres sur les fermes participantes

  • 62 fermes ont été sélectionnées
  • 494 vaches holsteins de 2e veau et plus ont participé
  • La proportion de fermes participantes dont l’étable est en stabulation libre s’élevait à 61 %
  • La taille des troupeaux observé variait de 40 à 560 vaches en lactation

Quelle méthodologie a été utilisée?

Récolte d’informations :

  • Rations en prévêlage (ingrédients servis et quantités)
  • Prises de sang chez la vache en prévêlage (environ 13 jours avant le vêlage)
  • Prise d’échantillon du colostrum suivant le vêlage
  • Renseignements sur le vêlage et la première traite fournis par les producteurs

Analyse en laboratoire :

  • Composition nutritionnelle des rations et pourcentage d’inclusion de chaque ingrédient
  • Deux indicateurs plasmatiques du métabolisme énergétique chez la vache : les acides gras libres et un corps cétonique
  • Valeur de Brix du colostrum avec un réfractomètre (corrélée avec la concentration en IgG)

 

Quels sont les résultats?

Les figures 2 et 3 montrent la grande variabilité de la valeur de Brix et de la quantité de colostrum produit à la première traite entre les vaches. Pourquoi?

Trois facteurs ont été associés à une augmentation de la valeur de Brix dans le colostrum : une hausse du nombre de lactations, une diminution du temps écoulé entre le vêlage et la première traite et une augmentation du supplément énergétique de la ration. D’un autre côté, l’augmentation du supplément protéique et minéral de la ration a été associée à une diminution de la valeur de Brix du colostrum. Selon les chercheurs, le supplément protéique n’était pas lié au pourcentage de protéines de la ration. En poussant l’analyse, ils ont vu que l’augmentation du supplément protéique était probablement associée à des fourrages de moins bonne qualité en termes de concentration en protéines. La recommandation serait donc de fournir un fourrage de bonne qualité aux vaches en prévêlage. Il a été souvent rapporté que les vaches plus âgées produisaient un colostrum de meilleure qualité, comme les résultats le suggèrent.

En ce qui concerne la quantité de colostrum produit, c’est plutôt une augmentation du temps écoulé entre le vêlage et la première traite ainsi qu’une concentration plasmatique plus élevée en acides gras libres, indicateur du métabolisme énergétique, qui ont été associées à une plus grande quantité produite. Cela suggère qu’une vache produisant plus de colostrum au vêlage utilise déjà ses réserves corporelles avant le vêlage, au moment où commence la production de colostrum dans le pis. Il a été observé que les vaches dont la période de tarissement a été de 52 jours et plus produisaient plus de colostrum à la première traite que celles dont la période de tarissement était plus courte. Une ration en prévêlage comprenant de plus hautes concentrations en amidon et énergie et de plus basses concentrations en fibres et en cendres était également associée à une plus grande production de colostrum.

Il est bon de spécifier que certains facteurs se contredisent entre la valeur de Brix et la quantité de colostrum produit à la première traite, comme le temps entre le vêlage et la première traite. Dans le cas de la quantité de colostrum produit à la première traite, l’objectif n’est pas de l’augmenter, mais bien de fournir une quantité adéquate pour le veau (environ 4 L) et peut-être même avoir la chance de conserver l’excédent pour une utilisation future. Le tout, en s’assurant que le colostrum est de bonne qualité avec un réfractomètre.

Qu’est-ce que ça veut dire tout ça?

À partir des données récoltées, il a été possible de bâtir plusieurs modèles statistiques. Ces modèles incluaient des facteurs relatifs à l’alimentation en prévêlage, à la vache et à la régie du colostrum dans les fermes participantes. Ils ont su expliquer 40 % de la variation de la valeur de Brix et 51 % de la variation de la quantité de colostrum produit. Puisque les résultats n’expliquent qu’une partie de la variation, il est évident que d’autres variables jouent elles aussi un rôle important. La génétique des individus ainsi que d’autres facteurs relatifs à l’animal ou encore à l’environnement de la ferme pourraient gagner à être évalués, selon l’équipe. Certaines stratégies décrites dans cette étude pourraient apporter des bénéfices pour la santé du veau lorsque la qualité ou la quantité de colostrum produit est insuffisante.

Les chercheurs croient que les résultats obtenus, bien que préliminaires, sont intéressants pour le milieu agricole. Il s’agit du premier projet au Québec sur le sujet, donc une première étape franchie. Ils souhaitent remercier chaleureusement les participants et participantes de l’étude et les personnes qui ont aidé, de près ou de loin, à la réalisation de ce projet. Leur participation permet de bonifier les connaissances.